« Ton coeur au hasard » d’Aude-Léa Rapin : la quête de l’amour est longue et difficile

Ton cœur au hasard, Grand Prix du Festival du court métrage de Clermont-Ferrand 2015, sera projeté ce soir au MK2 Quai de Seine à Paris. L’occasion de revoir un film touchant et universel : il raconte l’histoire d’un mec paumé qui cherche l’amour.

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Une aire d’autoroute, la nuit. Freddy, routier, rencontre Claire, employée de la station service. Il est bègue et bourré, elle est belle et mariée. Il s’ennuie et veut juste discuter. Méfiante au début, elle finit par accepter une bière. Puis deux. Puis trois. Ils rient, compatissent, s’embrassent. La caméra saisit en gros plan la tristesse de ces deux écorchés de la vie qui vivent une soirée sans magie. Ils couchent ensemble. C’est brut, sans âme, sans intérêt. Claire quitte le camion de Freddy en pleurant. Freddy reprend la route : il a rendez-vous avec la femme dont il est amoureux, une espagnole rencontrée sur Internet.

Aude-Léa Rapin, 30 ans, a co-écrit le scénario avec Jonathan Couzinié (Freddy, dans le film). « L’idée nous est venue en discutant, un soir un peu maussade, de la misère affective que l’ont peut ressentir à une époque aussi connectée. On buvait des bières. Freddy était né », raconte la réalisatrice. Le tournage a eu lieu en août 2014. Ils sont partis tous les deux sur leurs fonds propres, avec Virgile, ingé son, et Francis, régisseur, dans un camion qu’on leur a prêté. « On n’a pas voulu s’embarquer dans la recherche de financements. On est donc partis tourner quand on a voulu. On était libres. »

Les 40 minutes du film tourné en une semaine et monté en 25 jours, ont fait l’unanimité dans le jury (compétition nationale) présidé par Abd al Malik à Clermont. « Ce fut un choix rapide, confie Aude-Léa Rapin. Ce qui est très très très touchant. Et stressant. C’est d’ailleurs cet ensemble d’émotions que l’on a voulu retranscrire dans le film. On a voulu raconter une fiction en prise directe avec le réel, sans caricature, sans gnangnan. » Pari réussi : le film est d’une désarmante justesse.

Avant d’être réalisatrice, Aude-Léa Rapin est photographe et vidéaste. « J’ai arrêté l’école après le bac. Je suis dyslexique, j’ai toujours eu besoin de l’image pour communiquer », admet-elle. Elle a commencé à travailler dans les Balkans, pour des magazines et des associations humanitaires et féministes. Entre 2002 et 2008, elle a réalisé deux films documentaires en Bosnie et au Kosovo. Elle a ensuite travaillé en Ethiopie. Son job consistait à filmer des situations difficiles pour lever des fonds. Après dix années passées à filmer l’horreur et la misère, Aude-Léa Rapin a eu envie de faire du cinéma. Elle est entrée à la Femis, atelier scénario, il y a deux ans.

Son goût pour « l’humain » ne s’est pas estompé : avant Ton cœur au hasard, elle a sorti La météo des plages en 2013, court métrage de 22 minutes réalisé en réaction aux manifestations anti mariage gay. « Je veux faire des films qui touchent les gens. Les ruraux, les urbains, les ouvriers, les hommes d’affaires, les étudiants, les parents… Mon cinéma ira vers ça : l’humain. »

 

Julie Maury

Projection de Ton coeur au hasard au MK2 Quai de Seine à Paris, dans le cadre de la soirée Prendre le large organisée par Bref Magazine.
Mardi 14 avril, 20h.

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