TAFMAG aux Rencontres d’Arles #5 : Santiago Torres répond à Antoine d’Agata

Pour la deuxième année consécutive à l’occasion des Rencontres d’Arles, Olympus a confié un projet à trois jeunes diplômés de l’Ecole nationale supérieure de la photographie d’Arles (ENSP). Une conversation photographique entre eux et trois grands noms de la photographie contemporaine : Françoise Huguier, Antoine d’Agata et Denis Rouvre.
L’enjeu : S’approprier les photos des « aînés » pour les réinterpréter, les détourner, les transposer. Santiago Torres a « dialogué » avec les photos des migrants d’Antoine d’Agata.

© Antoine d'Agata
© Antoine d’Agata

Dans le cadre du projet Olympus, les étudiants de troisième et dernière année de l’ENSP d’Arles on été invités à choisir une série de photos de l’un des photographes invités avec lequel ils souhaitent travailler, avant de postuler. « J’ai choisi les photos des migrants d’Antoine d’Agata. Il a accepté de travailler avec moi. » Photographe colombien de 29 ans, Santiago Torres est arrivé en France en 2010 à l’âge de 25 ans. Le travail d’Antoine d’Agata sur ce thème l’a directement touché.

« J’ai découvert le travail d’Antoine en arrivant à l’école à Arles, raconte Santiago. Je fais de la photo depuis tout petit et la puissance qui se dégage de ses œuvres m’a profondément marqué. » Photographe pour Magnum Photos depuis 2004, Antoine d’Agata a fait ses classes à New York auprès de Larry Clark et Nan Goldin. Il photographie la nuit, le sexe, l’errance. Pour « répondre » aux photos des migrants d’Agata, Santiago Torres est parti en Pologne. « J’aime errer, me perdre et travailler en fonction des hasards et des rencontres. » Les villages soviétiques et reculés polonais correspondaient à sa démarche.

« Je me suis fait traiter de sale nègre, on m’a insulté, on m’a coursé dans la rue. Dans ces petits villages, j’étais regardé comme une bête de cirque. » Santiago est rentré à Arles après une semaine de voyage. L’attention d’Antoine d’Agata s’est portée sur ses photos volontairement surexposées. « Ce qui m’est arrivé en Pologne m’arrive régulièrement en France où l’on me prend pour un arabe, déclare Santiago. Je ne suis ni noir ni arabe, je n’ai aucun problème avec le fait qu’on puisse le penser mais face à des inconnus, je perds mes origines et mon histoire, ma réalité est effacée. » Le photographe a brûlé ses images afin d’illustrer cet anonymat dérangeant, cet écrasement de soi. La dernière photo est un autoportrait. « Elle illustre mon ressenti quant à tout ce qui s’est passé durant mon travail pour cette commande. » L’ex-étudiant ne dévoilera pas les circonstances dans lesquelles cette photo a été prise.

© Santiago Torres
© Santiago Torres
© Santiago Torres
© Santiago Torres

Dans son travail en général, Santiago Torres s’efforce de faire ressortir le caractère violent de l’instant qu’il photographie, anodin ou pas. Sa série la plus ancienne, Flesh, a été entamée il y a huit ans, avant son arrivée en France. « Je ne m’intéresse pas uniquement à la violence physique. Il y a de la violence dans tout. L’acte photographique lui-même est violent. Le photographe fixe subjectivement un instant. C’est intrusif et brutal. » La rencontre entre Torres et d’Agata a été évidente. Leurs images ne sont jamais pensées à l’avance, leur esthétique naît à la dernière seconde, due au hasard des mouvements des gens et de la lumière.

Suite de la série photos de Santiago Torres pour Olympus :

© Santiago Torres
© Santiago Torres
© Santiago Torres
© Santiago Torres
© Santiago Torres
© Santiago Torres

Julie Maury

Santiago Torres, le site.

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