Thibault Lévêque, de l’autodérision à Larry Clark

Avec leur look des années 70 – cheveux longs, bandanas et vestes en cuir – Thibault Lévêque et sa bande jouent des rôles. « C’est de l’autodérision, du théâtre », explique-t-il. C’est aussi la nostalgie des années qu’ils n’ont pas connues. Ils se font ainsi une idée parfaite de cette époque folle, qu’ils vivent comme dans un rêve. « Les années 70-80, ça alimente nos rêves », précise d’ailleurs Thibault. Et pourtant, il s’en amuse : « Je paye un loyer, j’ai une carte bleue, on est loin du côté rebelle ».

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« Je fais de tout mais je me spécialise dans rien »

Ce genre qu’ils se donnent, ça alimente surtout leur côté créatif. Pour certains c’est la musique ou la photographie, pour Thibault, c’est un peu de tout.  « Je fais de tout mais je me spécialise dans rien », dit-il. Musique, théâtre, écriture et puis bien sûr de la photographie.

Thibault a grandi au Havre et estime que jusqu’à ses dix neuf ans, il ne faisait « que des trucs nuls. » Par nuls, comprendre la picole et la teuf. En école d’art, il ne trouve pas la synergie qu’il recherche. « Je passais mon temps à essayer de donner un sens à ma vie », dit-il en se rapprochant dangereusement de la réplique d’un certain d’Edouard Baer dans un quelconque film  d’Astérix et Obélix en Egypte.

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Théo Gosselin et l’impulsion photographique

Puis est venu un déclic. « J’ai rencontré une nana et surtout mon pote Théo [Gosselin] ». A l’époque, Thibault ne s’est pas encore lancé dans la photographie. « J’ai attendu de voir celles de Théo pour commencer », se rappelle-t-il. Doucement, il s’attelle à faire des photos souvenirs, de bons souvenirs entre copains. Il les développait de son côté, sans jamais les montrer à personne.

Après le soutien de ses copains enthousiasmés par sa photographie, Thibault se lance un peu plus. Ce sont les autres photographes de la bande, Théo Gosselin et Yougo Jeberg qui le poussent à montrer ses photos. Côté musique,  c’est son ami François Crimon qui l’entraîne à monter une chaine Youtube. « J’ai toujours eu besoin qu’on me stimule », admet Thibault.

À travers ses photographies, Thibault veut témoigner de ce qu’il se passe aujourd’hui dans leur bande de copains mais aussi chez les jeunes de leur âge. Une référence évidente à Larry Clark et sa série Tulsa sur ces jeunes américains des années 60, perdus entre le sexe, la drogue et la violence de leurs propres vies.

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Le système D contemporain

Thibault fait parti de ce groupe de jeunes où chaque membre cherche l’amour fraternel, un cocon artistique où le « nous » prévaut sur le « je ». « Nous, on est tous paumés », admet Thibault.

« On fait parti de ce pays où on peut tout être mais surtout rien. » Alors ils rêvent d’être américains, « un aigle tatoué sur l’épaule », fantasme déjà Thibault qui s’imagine dans le désert, parti à l’aventure, vivre la vie de biker. À défaut de prendre la 66 en moto, Thibault vadrouille sur les routes françaises en mobylette. « On croit trop qu’on est des durs. »

Ne surtout pas s’insérer dans la société, c’est leur crédo à tous. La hantise de Thibault c’est que les membres de la bande se séparent pour faire carrière chacun de leur côté. « On fait ce qu’on fait pour voyager et boire du bon vin, pas pour faire des investissements ou des placements. »

En attendant de vieillir trop vite, Thibault continue la photo et les expos avec deux copains. Et cet été, la bande s’envole pour les Etats-Unis. Ça sera la première fois pour Thibault. Ils vont faire un carnet de voyage, « rien de prétentieux, une simple maquette de notre voyage entre amis ». Une simple maquette de la vie qu’ils mènent et qu’ils éditeront eux-mêmes dès leur retour. De la débrouillardise, du DIY. Le système D bien de notre génération, étonnamment bien éloigné des années 70.

 

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Pauline Guillonneau
Photo de Thibault : Eva Penner

Thibault, son site et sa page Facebook

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