PHOTOGRAPHIE // LEE CHANG MING, ÉCLAIREUR DE LA JEUNESSE SINGAPOURIENNE

Après deux balades dans différentes villes d’Asie, nous plongeons aujourd’hui véritablement dans le vif du sujet, avec Lee Chang Ming, photographe singapourien. Le départ se rapproche pour Tafmag, qui mixera le 21 avril au « MBS ». Avant de partir, nous voulions par le travail de Lee, tenter de mieux comprendre la jeunesse Singapourienne et la vie dans cette cité-État.


 

  • SOUS L’OBJECTIF, LA LIBERTÉ

Les thèmes de prédilection de Lee Chang Ming sont l’intimité et le rapport à l’identité et au genre. Lee est né en 1990 à Singapour ; il connaît donc bien la ville et, surtout, sait ce que c’est d’y grandir et d’y évoluer. Il a par ailleurs fondé la plateforme « Nope Fun » qui interviewe et présente des photographes et artistes du monde entier.

Sa série « Until Then » nous a particulièrement touchée par son propos. À travers cette série, Lee montre ce que c’est d’être jeune et « queer » (altersexuel ou allosexuel) dans une ville conservatrice, où les gens ne sont pas libres de manifester leurs désirs. Les clichés témoignent de ce que le photographe vit au quotidien, étant lui-même « queer ».

Lee a réalisé cette série en s’appuyant sur ses propres expériences personnelles et les rencontres qu’il a pu faire, notamment en prenant des amis comme modèles. À Singapour, l’homosexualité reste illégale et les relations entre deux hommes sont même vues comme criminelles. Le jeune artiste raconte que de nombreuses personnes vont préférer complètement dissimuler cet aspect de leur personnalité auprès de leurs proches et collègues. Mais il précise qu’il existe aussi des espaces, à la fois sur le net et physiques, où cette jeunesse parvient enfin à s’exprimer.

Le photographe a dû lui-même surmonter certains obstacles pour réaliser cette série à Singapour. Par exemple, certains de ses modèles n’ont pas voulu montrer leur visage sur les photos et il a donc dû les représenter autrement : à travers leurs objets, leurs espaces de vie. Il joue ainsi sur les associations d’images pour exprimer leurs sentiments et leur identité. Portraits et natures mortes alternent pour dessiner un panorama du quotidien de cette jeunesse. Les cadrages en disent long : les sujets sont pris de dos, derrière des portes, entre ombre et lumière, les visages un peu flous. Cette ambivalence entre qui ils sont vraiment et ce qu’ils laissent voir d’eux en public est ainsi représentée par le cadre contraint de chaque cliché. Les lumières sont apaisantes et les couleurs sont douces, tendres, comme le regard que Lee porte sur ces différentes personnalités qui lui ressemblent. Pouvant enfin être elles-mêmes sous son objectif.

 

 

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About The Author: Juliette Mantelet