PHOTOGRAPHIE // Camille Millerand, un studio photo ambulant dans un caddie de supermarché

Créer son studio ambulant à partir d’un caddie de supermarché et s’imprégner de récits de travailleurs de la zone import-export à Aubervilliers ? C’est le quotidien de plus d’un mois du photographe Camille Millerand qui expose pour la première fois ses travaux au CRR 93 / EMBARCADÈRE pour le Mois de la Photo du Grand Paris. En tout, 24 portraits de vies sont mis en lumière dans cette zone commerciale oubliée, certains en taille surhumaine exposés en grand format dans la rue. Impossible de passer devant sans croiser le regard de ces visages.

 

 

Photographier dans un caddie de supermarché

Arrivé à Aubervilliers il y a 10 ans, Camille Millerand est un photographe indépendant qui raconte l’histoire du quotidien de la vie réelle. Il collabore régulièrement avec la presse française (Le Monde, Jeune Afrique, Télérama…) et développe ses projets personnels qui s’inscrivent dans une démarche documentaire au long cours entre l’Algérie, les Vosges et la Côte d’Ivoire. C’est dans le cadre d’une commande pour Télérama qu’il fait connaissance du quartier secret de l’import-export, « un endroit rigide, difficile d’accès, où règne le commerce de la vente en masse ». Une sorte de no-man’s land ; « personne ne s’y intéresse à part dans les journaux quand ça chauffe » ; un simple lieu de passage mais également une seconde maison pour les travailleurs qui y passent plus de huit heures par jour.

La bonne idée de ce projet remonte à l’été dernier quand Camille Millerand construit un studio photo ambulant à partir d’un caddie de supermarché. Pendant plus d’un mois, il sillonne les rues de ce quartier invisible et essaie de se fondre dans la masse des vendeurs. “L’idée avec ce projet était de ressortir d’un reportage classique, d’exister dans ce quartier comme le vendeur de marron ou le vendeur de fruits et légumes » expose Camille.

 

 

Un carrefour du monde

Tel un fin commerçant culotté de sa franchise, Camille propose à ses sujets de faire un tirage sur place et leur remettre directement leurs portraits. Un parti pris pour montrer la “débrouille” de ces travailleurs sous le prisme de la banalité de leur quotidien. “Les gens étaient un peu surpris du caddie, et beaucoup n’ont pas souhaité être photographié” nous explique-il.

Les tirages mettent en lumière ces profils venant des pays différents, unis seulement par leur objectif de vendre et d’acheter des produits de tout genre. Les portraits sont pris de face entre deux camionnettes de livraison, sans aucune excuse. Les visages sont affirmés et sereins, occupés par leur activité. “Souvent on m’a dit que c’est pas photogénique ici”, explique Camille qui se donne comme mission de raconter ce carrefour du monde sans prétention ni message revendicateur. Ses prochaines explorations ? Faire un film algérien sur la question de l’immigration et continuer à documenter la France d’aujourd’hui.

 

Juliette Colin

L’exposition Le monde en 3 rues s’inscrit dans le programme du Mois de la Photo du Grand Paris et est à voir à l’EMBARCADERE (Aubervilliers) jusqu’au 28 avril 2017.

 

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