PHOTOGRAPHIE // BILLIE THOMASSIN : LA LÉGÈRETÉ RETROUVÉE

Billie Thomassin est une jeune photographe que nous avions repérée au Festival Circulation(s). Elle y présentait une série de photos de couples s’enlaçant sur des fonds rétro et surtout une vidéo ultra colorée de jeunes gens se trémoussant sur des musiques des années 80 intitulée « Nostalgie quand tu nous tiens ». Son esthétique pop et déjantée nous a donné le sourire et nous a séduites. Un univers léger et funky à l’image de la Billie que l’on rencontre chez elle, quelques semaines plus tard, dans son salon 100 % vintage. Un plongeon tout en fraîcheur dans le grand bain du passé.


Billie est une femme très dynamique, une passionnée qui parle de son travail avec une joie sincère et surtout, toujours avec le sourire. Dans ses photos, pourtant très construites, elle veut avant tout « s’éclater », comme elle dit, et transmettre de la fraîcheur.

Quand on arrive chez elle, on ne sait pas trop à quoi s’attendre et finalement son appartement est exactement comme on l’imaginait, totalement à son image. On se croirait dans un décor de film. Une scène de La Boum, dont le poster trône d’ailleurs dans le salon, pourrait tout d’un coup y prendre vie. Canap bleu, murs peints en bleu flash, fauteuil en vinyle, cousin rouge à poils composent ce décor qui agit comme une machine à remonter le temps.

Billie fume une cigarette dans son pantalon taille haute et on commence à discuter avec en fond sonore une playlist des années 80 un peu jazzy, qui accompagnera toute notre interview.

 


 

UNE HISTOIRE DE CONSTRUCTION

Billie a commencé la photographie très jeune, dès le collège, et raconte des souvenirs de shooting avec sa meilleure amie déguisée en Marianne. Ses parents sont tous les deux artistes. « Maman est peintre plasticienne, Papa était sculpteur et il est devenu photographe il y a une dizaine d’années » raconte-t-elle. L’art était donc une évidence. Et notamment la photographie qui pour elle, a un vrai pouvoir « d’emmener les gens » et est un des arts les plus pluridisciplinaires quand il est associé à la vidéo.

Si elle n’avait pas choisi la photo, Billie aurait adoré faire de la danse, être chorégraphe. Un univers qu’elle ne connaît pas du tout mais qui l’attire particulièrement. Elle évoque aussi son premier « choc photographique », devant le travail de Guy Bourdin. Avec lui, elle a compris que la photo ne consistait pas seulement à capturer l’instant, mais qu’elle pouvait aussi être une construction totale, une invention pure. C’est sur cette idée qu’elle a forgé son style.

« Capturer l’instant et la spontanéité ça n’est pas du tout mon approche ». Billie préfère tout construire, tout imaginer. Elle trouve fascinant d’avoir une idée en soi et de la sortir, de s’en libérer en la réalisant.

 

 

LÉGÈRETÉ QUAND TU NOUS TIENS 

L’univers photographique de Billie est donc très construit. Elle ne capture pas des photos sur l’instant mais réalise de vrais tableaux photographiques dont elle imagine les objets, les fonds, les couleurs. Ses images sont avant tout très colorées et pop, « c’est une des choses les plus importantes pour moi » décrit-elle. Car avant tout dans son métier, Billie veut s’amuser, faire des choses légères. Un mot qui revient en effet souvent dans notre interview. Et surtout, surtout, elle ne veut pas « se prendre au sérieux ». Elle joue avec les retouches, efface ce qu’elle n’aime pas et prend la liberté de retirer, d’ajouter ou de recadrer.

Elle assume ne rien revendiquer dans ses clichés et ne pas avoir d’autre message que l’amusement. « Je n’ai rien à défendre donc tant qu’à faire autant prendre des images que je m’amuse à faire et qui amuseront les gens qui les verront ». Rien à défendre à part l’humour et l’envie de faire du bien… ça n’est pas rien !

 

 

FEMME DES ANNÉES 80

 Impossible dans ce portrait de ne pas évoquer l’amour de Billie pour les années 80. Cela serait passer à côté d’un grand pan de sa personnalité qui lui colle à la peau. Ces années la fascinent, mais pas seulement pour leur esthétique unique et colorée. Avant tout ce qui l’inspire, c’est le vent de liberté qui a soufflé pendant ces années-là. Billie pose un regard très affuté sur cette époque de création, « où tu as l’impression pendant dix ans que personne ne s’est pris au sérieux et que tout le monde a fait n’importe quoi ». Une période surtout, où contrairement à aujourd’hui, personne n’était jugé.

« Si tu es entouré de couleurs avec des choses amusantes, tu as plus de raisons d’être heureux »

Et c’est surtout quand elle compare cette époque à la nôtre que Billie devient nostalgique, notamment des couleurs et de cette légèreté. Elle affirme catégorique : « Je me suis vraiment trompée d’époque ». Pour la jeune artiste, le présent est trop sérieux et manque de liberté, de folie. « Tu regardes un micro-trottoir des années 90, les gens interviewés dans la rue sont tous en couleur. Tu regardes aujourd’hui le JT tout le monde porte du gris ou du noir ».

Billie a aussi beaucoup de mal avec les réseaux sociaux, qui créent une confusion entre la vie personnelle et le travail et accentuent ce besoin de « voyeurisme » qu’on a tous. « Tu vois moi j’aurai kiffé aller dans une cabine téléphonique pour appeler mes copains ». Elle reproche aussi à notre époque d’être toujours dans la comparaison, les références. Et d’ainsi plomber la création en l’alourdissant. « Des années 50 à 90 on pouvait vraiment créer, innover. Alors qu’aujourd’hui les gens ont l’impression que tout a déjà été fait et demandent pour chaque travail 10 pages de références hyper précises ».

Pour son projet de fin d’études, Billie a monté un film intitulé « Nostalgie quand tu nous tiens ». Un projet « super cool et home made », pour transformer la nostalgie en une énergie positive et créatrice. Un film où elle a rendu hommage à cet esthétique rétro en y mettant tout ce qu’elle avait en tête et surtout, en se lâchant, comme dans ces années-là.

 

 

FUTUR IS COMING

« Je crois que je suis un peu en train de me libérer de cette esthétique ‘80 » nous précise quand même Billie au fil de la discussion. Elle reconnaît qu’il faut qu’elle « se calme » avec cette thématique pour ne pas être affiliée continuellement à ça. En ce moment, elle a par exemple très envie de se lancer dans les photos de mode et de faire aussi plus de clips musicaux. Elle aimerait également sortir un peu du studio et commencer des séries de photo à l’extérieur.

Et puis Billie est aussi moderne à sa façon. Contrairement à ce qu’on pourrait penser en voyant son univers, elle n’est pas une fana d’argentique comme tant de jeunes photographes. Au contraire Billie essaie sur cet aspect-là de vivre (enfin) dans son époque et privilégie le numérique, beaucoup moins cher.

« À un moment je me suis dit : Ok je suis dans la nostalgie mais il faut vivre dans son temps un minimum ».

SHE’S A MANIAQUE

Dans son travail photographique, Billie est un peu maniaque, ou en tout cas très méthodique, prévoyant tous les détails de ses shootings à l’avance. Elle a sa propre technique de travail, assez originale d’ailleurs, la jeune photographe dessine en effet en amont toutes les images qu’elle compte réaliser.

Amusée de notre étonnement, elle nous montre ses carnets, enfin « son carnet du moment », où dans des petites cases tous les éléments de ses futures photos sont représentés à l’aide de quelques traits efficaces et rapides. Elle préfère tout organiser à l’avance pour éviter de s’angoisser. « Faire les choses bien », c’est finalement ce qui l’amuse le plus aujourd’hui, réfléchir chaque image dans les moindres détails.

Le monde de Billie c’est donc ce cocktail subtil et délicieux entre sérieux et légèreté, nostalgie et fraîcheur, construction et spontanéité.

 

 

                       BILLIE THOMASSIN                → Site

About The Author: Juliette Mantelet