EXTRAIT // « Phi Prob » de Johann Zarca

Voici le deuxième extrait de Phi Probdeuxième roman de Johann Zarca, publié le 20 août dernier aux éditions Don Quichotte.

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Je monte l’escalier et m’introduis dans la baraque sans ôter mes pompes. Une vieille femme coiffée d’un chignon m’invite à m’asseoir sur une chaise en bois et m’apporte une tasse de thé glacé.
Du sang !
Nerveux et tremblant, j’allume une clope. Marco sirote un liquide transparent, sans doute un whisky régional. Je me demande pourquoi, moi, je n’ai pas le droit à un verre d’alcool. Je rêve d’éventrer ce Belge de merde, de sodomiser la vieille avant de la bouffer. Une porte s’ouvre, une femme à la gueule à moitié brûlée entre dans le petit salon, suivie d’une dizaine de jeunes adolescentes. La cramée se tourne vers moi, joint ses deux paumes et se penche légèrement en avant.
« Sawatdee kha ! »

D’un geste de la main, elle aligne les gamines le long du mur.

Je déguste l’intestin et ronge les côtes.
Je sens de la résine s’écouler le long de ma joue, j’arrête de me gratter. Un goût de sang enveloppe ma bouche. Je serre les poings, ferme les yeux et respire doucement pour contrôler une éventuelle crise de nerfs. Ma queue bande comme celle d’un taureau, des fantasmes macabres me traversent la caboche. Je dois me calmer ! J’ouvre les yeux, mate les gosses. Jolies, fraîches et déjà sexy.

« Thaïlandaises, Vietnamiennes et Cambodgiennes ! » m’explique Marco, le plus sérieusement du monde.

Je me tourne vers lui.

« Tu n’as pas plus jeune ?

_ Nan ! Je vends de la virginité, pas de l’innocence. Elles ont toutes eu leurs règles. »

Certaines gamines, les pus salopes, affichent un sourire forcé. D’autres demeurent impassibles ou m’observent l’air contrarié. Une seule, pétrifiée par la peur, garde la tête baissée, yeux rivés sur le plancher. La face cramée s’adresse alors à elle sur un ton autoritaire. La petite relève la tronche en évitant de croiser mon regard.

Une pute à démembrer !

Elle est superbe, excitante à mort. Son regard apeuré, sa posture crispée… c’est dingue ce qu’elle me fait bander ! Lorsque je la désigne de l’index, la gosse pousse un petit cri strident. Gueule brûlée la pousse doucement vers moi, tout en me précisant que son nom est Noy, qu’elle est thaïe et qu’elle a douze ans. Magnifique petite Noy !

Je sors de ma poche une plaquette de Cialis et, aux yeux de l’assemblée, m’envoie un comprimé dans l’œsophage, suivi d’une gorgée de thé froid.

Je vais la bousiller !

« Elle te plait ? me demande Marco, le sourire aux lèvres.

__ Ouais, assez ! Pour 80 000 bahts, j’en fais c’que je veux ?

__ Tant qu’elle ressort vivante… »

Morte !

Vivante ?

80 000 bahts et je ne peux même pas aller jusqu’au bout ? Une serpillère vivante, voilà comment vous la retrouverez ! Souillée et percée par tous les trous.

Je suis furax !

« Alors ? reprend Marco. Tu la prends ?

__ Ouais, j’la prends ! Tu parles thaï ? Explique-lui que je vais bien m’occuper d’elle ! »

 

J’essuie ma queue ensanglantée, remonte mon bermuda et quitte la piaule. Je descends l’escalier de cette chambre montée sur pilotis et pose mon cul sur la dernière marche. J’allume une cibiche et crache un énorme mollard rouge.

Alors ? Rassasié ?

Nan, rassasié, je ne le suis jamais !

Je dévore la cervelle…

Noy, cette gamine… ce n’est pas normal ! Je l’ai choisie à cause de la terreur que j’ai lue sur son visage mais elle ne s’est pas comportée comme elle aurait dû. Noy a aimé. Elle a aimé malgré le sang, malgré les larmes et malgré les hurlements. Je le sais, je l’ai senti, je l’ai vu. Je lui ai volé sa virginité et elle est tombée raide dingue de moi.

Pute thaïe !

Prob me rend pourtant repoussant. C’est impossible, quelque chose ne tourne pas rond !

Cette gamine… je la sens. Elle me réclame. J’arrive, ma chérie !

Une silhouette s’avance vers moi dans la nuit. Marco, beurré, à en juger par la bouteille de gnôle qu’il tient dans une main et à sa démarche chaloupeuse. Un expat de merde, un pédophile que j’admirerais volontiers pendu à une potence. Je me lève.

« Alors, on profite bien d’sa nuit de noces ? » il me demande, fier de sa connerie.

Pauvre con ! Je ne lui réponds pas. Les mecs comme lui me dégoûtent. Il me taxe une cigarette, puis monte les marches de l’escalier qui mène à la piaule. Qu’est-ce qu’il branle, ce con ? J’ai raquée 80 000 bahts pour être tranquille, le contrat n’inclut pas le droit de regard du patron. Je l’accompagne à l’étage.

Bute-le !

Nan ! Prob me pousse à l’anéantir. Marco s’arrête sur le pas de la porte et mate le tableau. Il se tourne vers moi :

« Toi, tu es un malade mental ! »

 

Phi Prob, éditions Don Quichotte, 204 pages, 16,90€

Premier extrait, ici.

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