MUSIQUE // Pépite, mélange pop sucré-salé

L’un aime Michel Berger, l’autre préfère Phoenix. L’un est un chevelu aux allures de poète romantique, l’autre un grand blond aux mèches peroxydées. Prenez Thomas et Edouard, mélangez-les bien fort, ajoutez-y du synthé et une touche d’air iodé, vous obtiendrez Pépite, un cocktail aux saveurs multiples et aux sonorités aventurières.

© Julie Oona

L’histoire de Pépite ressemble à une romance amoureuse. Thomas et Edouard ont chacun leur projet de leur côté lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois sur une plage bretonne. L’admiration mutuelle est immédiate. Et pour cause, les deux musiciens viennent d’univers différents. Thomas, plutôt guitare-voix, vénère Charles Trenet tandis qu’Edouard, plus expérimental, voue un culte aux Beatles. Les opposés s’attirent, se complètent et donnent naissance quelques mois plus tard à Pépite. « On a choisi ce nom parce que c’est un mot qu’on utilise 100 fois par jour » explique Edouard. « Mais pour tout t’avouer, l’idée nous est venue en pleine soirée alors qu’on était légèrement éméchés », ajoute Thomas.

Assis dans le bar qui jouxte leur label météo-éclectique Microqlima, les deux garçons émeuvent par leur affection réciproque. « En fait, c’est Thomas l’essence de Pépite » dit l’un. « Mais sans les expérimentations d’Eddie, Pépite ne serait pas Pépite » répond l’autre.

 

Où tout se croise et s’entrecroise

Le mot d’ordre de Pépite pourrait être « hybridité ». Hybridité tout d’abord dans leur façon de travailler. Thomas commence avec des paroles et une base au synthé, puis Edouard pose les instruments et fait les arrangements. Hybridité également dans leurs influences. Si la variété française des années 1970-1980, le pop rock anglo-saxon et la musique psychédélique sont les inspirations les plus évidentes, Pépite n’hésite pas à piocher des idées dans le hip hop, la dub ou le reggae.

De ce mélange savamment dosé est sorti leur premier EP en 2016, Les Bateaux. À l’époque, la thématique principale était la rupture et le chagrin amoureux. Entre l’âme de marin de Thomas et les considérations célestes d’Edouard, quiconque écoute Les Bateaux s’embarque dans un voyage mélancolique entre ciel et mer. Un univers onirique mis en couleurs par Baptiste Imbert, frère d’Edouard et directeur artistique de Pépite.

 

Ambiance Renaissance

Pour leur second EP, Renaissance, l’ambiance change. Les musiciens nomades cessent de parcourir les océans et posent enfin le pied à terre. Ils évoluent dans une jungle urbaine, un Paris tropical, un univers moins lancinant mais toujours mélancolique. L’amour est encore le sujet central puisque « dans la chanson française, il faut toujours parler d’amour », explique Thomas. Mais cette fois-ci, le prisme choisi n’est plus la rupture amoureuse.

Le titre Sensations parle d’un homme perdu dans la ville à la recherche d’une femme mystérieuse qu’il n’a jamais rencontrée : « J’en ai vu des nuages passer, j’en ai bu des liquides enflammés. Je me suis tant approché mais je n’ai jamais pu vraiment t’oublier ». Au niveau musical, l’apprentissage et les découvertes du duo façonnent une identité toujours plus éclectique. « Nous avons beaucoup appris ces derniers mois et nous voulons continuer pour aller encore plus loin dans le métissage des influences », confie Edouard, en vrai boulimique des sonorités.

La Femme a ouvert la voie

Pépite s’inscrit indéniablement dans la nouvelle vague de la musique française, qui remet la voix et les paroles en français au goût du jour. Selon Thomas, « c’est La Femme qui a véritablement ouvert la voie ». Plus encore, une dynamique créative est à l’oeuvre, incarnée par une génération biberonnée à la multiplicité des genres musicaux.

L’Impératrice, Fishbach, Corine, Polo & Pan ou Paradis sont quelques exemples parmi la déferlante de cette nouvelle scène musicale. Si Pépite ne considère pas y avoir une place particulière, Thomas et Edouard saluent le talent des uns et des autres : « Ce qui est génial, c’est que chaque groupe a vraiment son propre style, personne ne se ressemble ». Parmi les artistes avec qui ils aimeraient travailler, le tandem cite volontiers Juliette Armanet ou Lewis OfMan [sélectionnés respectivement dans nos art-books Banana Split et Bubble Gum, ndlr].

Après un concert le 1er juillet au Biches Festival, Pépite s’enfermera en studio pendant tout l’été pour concocter un premier album, fruit de recherches intenses des deux côtés du duo. « L’idée sera de trouver la bonne résonance entre les accords et les mots » explique Thomas, « et aussi de continuer dans le psychédélique, mais désormais plus dans les notes que dans les sons » ajoute Edouard. Un projet alléchant pour lequel il faudra encore attendre. Pour patienter, leur EP Renaissance qui sortira en septembre fera office de parfait amuse-bouche.

 

Diane Micouleau

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