MUSIQUE // Avec « Modeling Clay », Praa façonne son avenir musical

En un seul titre, « Modeling Clay », Praa est parvenue à nous emporter dans son univers, oscillant entre une RnB « smooth » et une électro-pop rythmée. Habituée des concerts et des salles d’enregistrement, la jeune artiste rennaise n’en est pas à son premier coup d’essai. À l’origine tournée vers la folk, elle oriente aujourd’hui sa musique vers des terrains plus soul pouvant rappeler celle de l’artiste californien Anderson .Paak.

Praa © Ousseynou Cissé

 

Chanteuse, compositrice et productrice, cette mélomane multi-casquette prouve avec ce morceau sa maîtrise et son professionnalisme, tant cette première proposition surprend par son équilibre et sa subtilité. À l’occasion de la sortie de son dernier clip, Tafmag a rencontré l’artiste pour une interview exclusive, la toute première de l’artiste.

 

Pourquoi Praa ? Nom de scène, nom de ville ?

Nom de rue même ! C’est celle où j’ai grandi. C’était la rue de Prague, ‘Praa’ en tchèque. Je trouvais la sonorité jolie.

 

Peux-tu revenir sur ton parcours ? As-tu toujours fait du son ?

Quasiment. Mais j’ai fait également quelques années d’études. Sans doute pour ne pas m’avouer que je voulais faire exclusivement de la musique. Puis c’est devenu plus possible de concilier les deux. Mes parents m’ont pas mal poussé ; j’ai commencé à m’y mettre à fond avec un premier projet plus folk qui m’a pas mal fait tourner en France. Là, je travaille depuis un an sur mon dernier projet avec un producteur et son label, Elephant and Castle basé à Rennes.

 

Tu as baigné dans un environnement musical ? 

Mon père joue un peu de guitare. C’est lui qui m’a appris quand j’avais 6 ans en simplifiant des riffs d’Eric Clapton ou des Doors. Mes parents sont de grands mélomanes. Il y a toujours eu de la musique à la maison, aussi bien de la folk que de la soul, Stevie Wonder, Michael Jackson. Plutôt des choses allant des années 1960 aux années 1980-90. Pour ce qui est plus moderne, ça vient de mon frère. J’ai pu lui piquer ses CDs jusqu’à ce que je commence à m’en acheter (rires).

 

Je vais justement rebondir sur tes influences. Il y a un côté très soul, très RnB dans ton titre « Modeling Clay ». Qui t’a influencé ?

À la fois Stevie Wonder, Ray Charles mais aussi des artistes plus récents comme Anderson .Paak. J’ai dévoré son dernier album. Il m’a influencé notamment pour sa rythmique. C’est un batteur hors pair. C’est quelque chose que je voulais vraiment développer. On le sent peut être moins sur « Modeling Clay » qui est assez épuré mais vous verrez au fil des morceaux. Le travail sur le rythme est très présent sur le projet. Sur scène on est deux, un batteur et moi. La voix est mise en avant et la rythmique aussi, c’est pour ça qu’Anderson .Paak m’a inspiré mais aussi des artistes comme Kaytranada ou Rejjie Snow.

 

 

J’ai retrouvé un peu de Solange dans ta voix et de Frank Ocean dans ton univers, dans son côté suave et très doux.

Oui bien sûr et les frères et sœurs Jackson aussi. La période 90 de Janet (Jackson ndlr) m’a beaucoup inspirée. Ce sont aussi de grosses références pour moi.

 

Parlons de « Modeling Clay » et du projet en lui même. Comment tout cela s’est construit ?

J’étais dans une période de transition. Je quittais mon premier projet où je tournais seulement en guitare voix et j’avais envie de sonorités nouvelles. J’ai donc composé « Modeling Clay ». C’était encore une ballade folk à l’époque. Je ne savais pas encore dans quelle direction j’allais aller, folk ou anti-folk. J’étais dans un entre deux. Par la suite, j’ai commencé à produire mes chansons. J’ai fais une démo, juste en guitare voix puis j’ai viré la guitare, gardé la mélodie avec les cœurs et j’ai commencé à produire quelque chose de plus moderne. J’ai ensuite présenté le projet à Julien Vignon, mon producteur, plus connu sous le nom de Timsters. Ça l’a tout de suite inspiré. On en est venu au morceau actuel mais on est passé par plusieurs styles et enveloppes différentes pour en arriver là. C’est aussi le chemin que j’ai adopté cette année. J’ai appris à capter l’esthétique que je voulais développer.

 

Dans la scène musicale francophone actuelle, y a-t’il des artistes, des « moods » qui t’inspirent ?

Toute cette semaine, j’ai pas mal écouté les tracks de LOMEPAL. On n’a pas du tout le même univers mais je trouve qu’il dégage quelque chose. Pareil pour Roméo Elvis que j’aime beaucoup et qui me fait bien rire aussi. Ils ont tous les deux quelque chose de frais, de moderne et en même temps un véritable propos. Ils incarnent des personnages forts, charismatiques, ce qui pouvait un peu manquer depuis quelques années. Mais c’est vrai que j’ai toujours eu plus tendance à écouter ce qui se faisait outre-Atlantique ou dans le monde anglo-saxon.

 

 

Tu te vois plonger dans des sonorités plus rap ?

Tout ce qui est rap, hip hop, j’y suis venue assez tardivement. Il y a peut-être cet effet de tendance aussi. Je découvre de plus en plus d’artistes comme l’anglais Loyle Carner. C’est un rap qui me parle parce que les instrus sont très soul, douces, enveloppantes. Tout son album est un espèce de cocon et son « flow », son accent anglais sont caressants. Je ne connaissais pas cette branche-là du hip hop mais ça m’a donné des idées et l’envie de poursuivre davantage dans cette voie.

 

Tu parles beaucoup d’instrument, d’esthétique. Accordes-tu plus d’importance à l’instru qu’à la voix ?

C’est comme ça que je compose. Je pars soit de ma guitare, soit d’un synthé ou d’un rythme, d’un sample de batterie. Les instrus. et les accords sont ce qui m’inspirent le plus. Ensuite, je pose les mélodies. Par la suite, j’ai tendance à réduire un peu la part instrumental pour laisser plus de place à la voix. Pour moi l’instrument c’est vraiment l’essence d’une chanson. J’aime bien l’atténuer, l’oublier un peu même si elle reste la base de la composition. J’aime beaucoup cette phrase qui dit : « In every good song, there is a folk song». Dans une chanson, même si elle est produite de n’importe quelle manière, elle doit pouvoir se tenir avec un piano et une voix.

 

Est-ce que tu écris en français ?

Je l’ai fait dans le passé. Il y a eu une période où j’ai essayé mais j’ai tellement été bercée par l’americana et le « songwriting ». J’ai toujours chanté en anglais même petite. Ma mère me disait : « Si tu veux avoir un bon accent anglais écoute les Beatles ». Du coup, elle m’a filé le bouquin des paroles et je m’y suis mise à fond. Chanter en français, ce n’était plus ma voix, ce n’était plus mon identité.

 

On va en venir au clip de « Modeling Clay ». J’ai cru comprendre qu’il avait été tourné dans une serre tropicale nantaise ?

C’est ça exactement. Il a fait très chaud (rires).

 

As-tu contribué à son élaboration ?

Vu que c’était le premier morceau, il y a eu une réelle réflexion. C’est la première image que l’on donne au projet. J’avais donc envie d’un cadre intimiste, d’une proximité entre la caméra et moi. Je voulais donner l’impression de m’adresser directement aux gens et ainsi les faire rentrer dans mon univers. Je cherchais quelques chose de chaud comme le morceau peut l’être, qui empoigne. Je trouvais que la serre et les plantes reflétaient tout ça, en plus j’ai une passion pour les palmiers depuis que je voyage sur la côte Ouest des Etats-Unis !

 

Est-ce qu’il y a un clip qui t’a marqué quand tu étais petite ?

Les clips qui m’ont bercé sont ceux de Michael Jackson. Avec mon frère on passait notre journée à les regarder le week-end. Il y a le clip de «Leave Me Alone » qui m’a marqué ou «In the Closet» avec Naomi Campbell.

 

 

Venons-en à tes futurs projets.

Il y a l’élaboration de cet album et un « featuring » avec un artiste du même label, Maximilien. Il va sortir en janvier. Le prochain morceau lui sortira en février. Je tourne le clip cette semaine et on va lancer plusieurs morceaux tout au long de l’année pour commencer à présenter le projet à la rentrée 2018, en espérant trouver un tourneur d’ici là. En attendant, il y a une prochaine date à Rennes dans le cadre des « Inouïs du Printemps de Bourges »

 

 

Tu appréhendes ?

Non j’ai hâte ! Ça fait six mois que l’on bosse le live. J’ai juste hâte de plus le faire face à un mur mais face à des gens. D’avoir le ressenti direct. J’ai juste trop hâte (rires).

 

Un mot de la fin ?

Merci d’avoir pensé à moi. C’était ma première ITW et je suis contente que ça soit avec TAFMAG !

 

 

Retrouvez Praa aux «Inouïs du Printemps de Bourges » le 19 janvier.
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About The Author: Aphélandra Siassia