MUSIQUE // Entre Casa et Paris, le coeur de Malca balance

Lunettes teintées orange, bonnet vissé sur la tête : un look qui en dit long sur la riche personnalité de Malca, jeune artiste franco-marocain né en 1988 à Casablanca. Sa vie, il l’a construit entre Casa et la capitale française qu’il a finalement rejoint une fois son bac en poche à l’âge de 18 ans.


D’année en année, l’artiste s’est forgé un univers musical solide, puisant dans ses racines arabes tout en y alliant les références de sa jeunesse : condensé de pop ‘noisy’, de musiques indé et de tubes 80’s. En 2015, il sort son premier EP, « She Gets So High », très remarqué par la critique. Pour la sortie de son dernier projet, « Casablanca Jungle », le chanteur se prête au jeu des interviews et ce même le jour de son anniversaire, quitte à se répéter un peu. Mélange de pop, de sonorités rai et chaabi et d’une pointe d’électro, cet EP reflète parfaitement l’identité de Malca ; authentique et cosmopolite.

 

 

On va commencer par des présentations. Tu as l’air d’avoir une personnalité plurielle. Qui se cache derrière Malca?

 

Je suis né au Maroc à Casablanca qui est une ville nouvelle et cosmopolite du monde arabe. Et je vis à Paris maintenant depuis 10 ans. J’ai grandi dans l’amour et j’ai côtoyé des gens de confessions différentes. C’est ce qui fait ce que je suis aujourd’hui.

 

Tu as une musique hybride, décloisonnée, qu’est-ce que tu essayes de retranscrire?

 

J’ai envie de raconter qui je suis, d’où je viens et surtout de parler de ma génération. Je parle de la culture arabe en abordant différentes problématiques, comme le sexe, l’homosexualité ou encore la place de la femme et des jeunes dans la société.

Dans une ville comme Casablanca, il y a d’un côté des quartiers riches et de l’autre des bidonvilles. Tout le monde trouve ça normal. On a grandi dans cette situation mais c’est difficile de se situer lorsqu’on devient adulte. J’ai envie de donner une autre image de ces gens dont on ignore tout à travers la musique.

 

Tu as donc envie de toucher le plus grand nombre ?

 

J’ai pas honte de le dire. J’ai une culture musicale très indé, très underground à la base. Je suis un geek de synthé, de machines. Mais je me suis interdit de faire une musique élitiste. J’ai envie de faire une musique qui touche les gens du quotidien. Quel intérêt de porter un propos auprès de gens qui sont déjà d’accord avec moi ? Ce qui m’intéresse, c’est de confronter mes idées à des personnes qui ne sont pas d’accord tout en embarquant avec moi les autres (rires).

 

Comment s’est construit ton dernier projet, « Casablanca Jungle »?

J’ai toujours fait de la musique. J’ai sorti un premier EP en auto-prod il y a deux ans, « She gets to high ». C’est assez différent de ce que je propose aujourd’hui. Pour mon dernier EP, il a fallu que j’étudie ma propre culture, ma génération. Je me suis donc beaucoup rendu à Casablanca ; j’ai vécu la jeunesse que je n’ai pas eu car je suis parti juste après le bac. Ma vie de jeune adulte, je me la suis faite à Paris. Ça a été difficile de construire musicalement cette effusion et je voulais quelque chose de subtil. Je me suis intéressé à plusieurs courants de musiques arabes, la musique Chaabi marocaine ou encore le Rai algérien. En découvrant et en expérimentant tout ça, j’ai réalisé à quel point ces artistes étaient des précurseurs. Ce sont les premiers à avoir bossé dans des home studios, à travailler avec de l’auto-tune. C’est le rap avant le rap. Le rap game ou plutôt le rai game comme j’ai tendance à le dire !

 

 

C’était important pour toi de te réapproprier cet héritage culturel ?

 

Oui car c’est l’histoire de ma famille. Adolescent, j’étais dans le déni et j’essayais de me rapprocher de la culture occidentale. J’avais vraiment envie de venir à Paris. C’est une fois que je suis arrivé ici que je me suis intéressé à ma propre culture et que j’ai commencé à l’intellectualiser. La musique arabe m’a toujours accompagné. Mais comme j’étudiais la musique occidentale, le jazz, le rock, la pop et la musique électronique, je n’avais jamais essayé de l’intégrer dans mes compositions. Un jour, j’ai cherché des clés pour réunir le tout et construire mon identité d’artiste.

  

Tu n’as donc pas fait de choix, Paris ou Casa ?

 

Comme plein de gens, je suis binational et j’ai l’impression que c’est quelque chose qui dérange beaucoup. J’assume totalement le fait d’avoir une double identité. J’aime autant mes deux pays : ma famille est là bas et mes amis sont ici même s’il en reste à Casa.

 

Comment fais-tu le pont mis à part musicalement ?

Je ne me suis jamais posé la question. Je parle l’arabe marocain quand je suis là bas, je parle le français et l’arabe quand je suis ici car j’ai plein de potes marocains sur Paris. Tout est lié : ma double culture, elle m’accompagne partout où je suis. C’est aussi pour ça que j’ai envie de voyager. J’ai envie de diffuser ma musique dans d’autres pays.

 

Tu fais partie de la scène musicale émergente, y a t-il des liens qui se font entre les scènes marocaines et françaises ?

 

Pour ma part, j’ai pas encore fait de collaboration. Je suis un loup solitaire, je n’aime pas bosser avec les gens (rires). La musique c’est très intime et j’ai beaucoup de mal à la partager pour l’instant. Je me sens proche de la scène hip-hop marocaine. Elle commence un peu à se faire connaître en France, d’ailleurs. Il y a des artistes que je soutiens comme Shayfeen un groupe marocain que j’adore, ou 7liwa (Aliwa, ndlr). Ce sont des artistes qui sont en train de monter ici. Je ne sais pas si je collaborerai avec eux un jour mais j’aime bien l’idée. J’ai envie de m’impliquer socialement dans la musique au Maroc. Je m’identifie à la culture urbaine pour ça, pour le message qu’elle porte.

 

Dans tes sons il y a aussi des petites sonorités 80’s, il y a des artistes qui t’ont influencé ?

 

Mes influences de gamins sont un peu kitchs à dire vrai ! Je suis hyper fan de Madonna, j’adore George Michael. Mais aussi j’ai des références très pointues. Je suis d’une génération qui s’est construit à travers Internet. Toute ma culture pop indé, je ne me la suis pas faite dans la rue à Casablanca. Du coup cet esprit un peu vapeur wave est quelque chose que je connais. La 3D très années 1990, à vrai dire je suis un peu un geek. Un geek qui fait la pop star et qui parle du monde arabe ! C’est ma manière d’exprimer les choses. Je n’ai pas peur de faire des morceaux hyper pop mais avec des outils hyper complexes.

 

En effet, ta musique est recherchée.

 

Je m’interdis de faire des musiques à la mode. Je dis pas que je fais de la musique rétro. J’ai plutôt envie de faire une musique intemporelle. Si je faisais une musique à la mode, je mettrai des synthés à la Major Lazer, des voix découpées, de l’auto-tune dans toutes mes chansons. Je ne m’interdis pas de faire tout ça mais ce n’est pas ce que j’aime.

 

 

Il y a un peu une part de Metronomy et d’Omar Souleyman dans tes chansons, est-ce que ces deux références te parlent?

 

Omar Souleyman me fait beaucoup rire, j’adore son délire mais c’est un peu la musique arabe pour les nuls (rires). Il y a une part de second degré que j’aime bien chez lui. Et Metronomy, oui grave. C’est hyper pop, c’est que ce j’écoute. J’assume totalement ces deux références.

 

Peux-tu nous parler de tes futurs projets ?

Je serai en concert au Point Ephémère le 14 décembre. Et évidemment comme j’ai pu le dire, l’idée c’est de voyager, de faire des tournée. Il y a un album à venir qui sortira fin 2018 et puis je prépare une collection capsule. J’adore la mode, je suis en train de dessiner quelques vêtements. Ça fait partie de mes passions. Je ne sais pas encore quand ça va sortir, peut-être l’année prochaine. J’ai adoré produire mes clips aussi. C’est pas impossible que je me mette à tenir une caméra.

 

Tu appréhendes un peu cette tournée parisienne ?

 

Il n’y a plus rien que j’appréhende. J’ai 29 ans aujourd’hui, c’est mon anniversaire. C’est pas comme si  tout ça m’arrivait à 20 ans. J’ai dix ans de galère derrière moi du coup tout ce qui m’arrive je le prends plutôt assez bien ! Je suis prêt et c’est ça qui change tout.

 

Le mot de la fin ?

 

Vive le futur, j’ai envie de croire au futur, je suis quelqu’un de super optimiste. J’ai envie de raconter des histoires qui donnent de l’espoir. J’ai envie de faire avancer les choses, j’ai envie de donner de l’amour aux gens. Allez vive le futur !

 

Retrouvez Malca en concert au Point Ephémère le 14 décembre 2017  à 20h.
Et pour suivre l’artiste → Le Facebook 

 

 

About The Author: Aphélandra Siassia