MELTING POTES // « Guayabo Colectivo », gueule de bois collective ?

Créer des ponts artistiques entre l’Europe et l’Amérique latine, c’est le vaste projet de Guayabo Colectivo, un collectif franco-colombien qui organise de nombreux évènements culturels partout en France. Parmi eux, le festival itinérant Latino Graff investira Toulouse, Clermont-Ferrand et Paris avec des artistes urbains venus du Chili, de l’Uruguay ou du Brésil. Pendant un mois, le street art à la française élargira sa palette de quelques nuances. L’objectif de ces rencontres intercontinentales est surtout, pour le collectif, de questionner les artistes sur leur relation à leur propre culture.

 

Un collectif équivoque

Guayabo Colectivo peut se traduire de deux façons. La première, littérale et politiquement correcte, est « goyavier collectif ». Daniel Virgüez, l’un de ses fondateurs, emploie une jolie métaphore pour l’expliquer: « Nous sommes comme l’arbre. Nous puisons nos forces de nos racines culturelles, l’Amérique latine. Le tronc, c’est la France et la structure administrative qui nous a permis de grandir. Les branches, ce sont les différentes formes d’art que nous soutenons et les fruits, ce sont les projets comme Latino Graff ». L’autre traduction, légèrement moins classe, est tout simplement « gueule de bois collective ». Un double sens parfaitement maîtrisé puisque les membres de Goyabo Colectivo sont aussi des gens sympas.

Depuis 2013, ce collectif vitaminé organise et soutient des projets promouvant la culture latino-américaine autour de la danse, la musique, la vidéo, la technologie ou encore la littérature. Si aujourd’hui le collectif est basé en France, c’est l’Europe dans son ensemble qu’ils aimeraient coloniser, comme les Européens l’ont fait par le passé. Mais voir de la vengeance, de la haine ou de la rivalité derrière cette idée serait se tromper. Au contraire, les membres de Goyabo Colectivo ont le désir d’enrichir la création par les rencontres et le métissage des arts.

 

« Certes, la Colombie c’est la nature, les papayes et les perroquets » 

Le collectif voit même encore plus loin : « Nous sommes un groupe de personnes qui s’unit dans la recherche du bien-être général » déclare Daniel. Si le terme « politique » lui est désagréable, le but y ressemble pourtant. Et cela passe par faire prendre conscience aux artistes de la valeur de leurs racines. Le festival Latino Graff, organisé avec des partenaires de France et de Colombie, en est un exemple probant quand on s’attarde sur les thématiques définies pour ses deux éditions. L’année dernière, le sujet était « Identité ». « En Colombie par exemple il y a une forte culture hip hop, mais personne ne comprend réellement la culture traditionnelle », explique Daniel. « Alors certes, la Colombie c’est la nature, les papayes et les perroquets, mais notre but est surtout de faire redécouvrir nos racines d’une façon cool, en l’intégrant dans la plastique urbaine ».

Ledania, Latino Graff 2016

 

Festival de la Paz

Cette année, le thème est « Paix partout ». Un clin d’oeil évident à l’actualité colombienne, mais aussi aux tensions du monde entier. « On a voulu éviter l’icône occidentale de la colombe blanche en demandant aux artistes d’imaginer la paix à leur façon. Et le chemin sémiotique qu’on retrouve à chaque fois, c’est le lien à la terre ».

Le résultat, ce sont 50 artistes dont les sérigraphies seront présentées au cours du festival, et 4 d’entre eux qui peindront des murs en collaboration avec des graffeurs français. Ce sera l’occasion de découvrir les univers colorés de l’uruguayenne Ceci Ro et du chilien Matias Noguera Matu, mais aussi la faune sauvage du brésilien Dinho Bento et les corps sensuels du colombien Empty Boy. Leurs fresques et expositions seront visibles dans le centre ville de Toulouse, à Clermont-Ferrand, et au 6B à Paris. Le choix de multiplier les supports invite à s’interroger sur la position du collectif vis à vis de la polémique autour de l’institutionnalisation de l’art urbain. « Comme tous les arts, le street art tend à s’ouvrir », répond simplement Daniel. « Considérer qu’on ne peut faire de l’art urbain que dans la rue, c’est standardiser, classifier ça et donc enfermer ».

Stinkfish & Empty Boy, Medellin

 

Une question reste en suspens : pourquoi l’Europe, pourquoi la France ? « La France a cherché la culture extérieure. Tu vas au Louvre, tu trouves des statues précolombiennes. Le problème, c’est que nous, Latino-Américains, avons pris l’habitude de regarder notre propre culture à travers le filtre de l’étranger ». Cette absurdité pousse Guayabo Colectivo à favoriser le partage dans une reconquête positive de l’identité. Une tendance à l’oeuvre dans l’ensemble du continent latino-américain, mue par une jeunesse avide de réinventer les codes de la société.

Festival Latino Graff du 15 juin au 15 juillet 2017
Plus d’informations sur la page facebook du festival et le site internet de Guayabo Colectivo

Diane Micouleau

About The Author: Diane Micouleau