Matthieu Raffard, la photographie du voyage

Il a habité un moment à New York parce qu’il est  tombé amoureux d’une fille. La photo ne marchait pas tellement pour Mathieu Raffard à Paris. Il était prêt à arrêter, retourner au graphisme, sa formation originelle. « Je me suis dit que la ville allait choisir pour moi » Et New York a tranché : « C’est grâce aux américains, dit-il, ils ont le chic pour voir ton potentiel. »

 

pauline guillauneau mathieu  photographe

Ce voyage au pays du self-made man relance sa photographie. En rentrant en France en 2010, il publie un reportage pour Courrier International sur un groupe de jeunes dont le style vestimentaire se propage dans tout New York et rapidement dans le monde entier. Ceux que l’on appelle aujourd’hui, les hipsters.

Matthieu avait déjà observé quelques années auparavant « un truc bizarre dans leur style » au festival Kazentijp, en Ukraine. « Je sentais une micro tendance », se rappelle-t-il. Résidant alors à Brooklyn, il montre ses clichés à sa copine : « Tiens c’est marrant, il y a des gens habillés bizarrement ». C’est le mouvement hipster en total épanouissement dans le quartier de Williamsburg. « C’était la première fois que je documentais une nouvelle tendance de mes contemporains. »

 

 

Mais sa passion pour la photographie date depuis plus longtemps que celle du hipster pour son pignon-fixe. Adolescent, il part faire un voyage à vélo en Ireland. « Il y a un truc très important qui s’est passé pour moi ».

C’est le début de la photographie comme illustration de ses voyages. Plus tard, après son hypokhâgne à Paris, Matthieu part avec son ami Albéric faire un carnet de voyage en Turquie, Syrie et Jordanie. De retour en France, ils estiment qu’ils ont suffisamment appris à lire et écrire avec leur prépa littéraire et qu’il est temps d’apprendre à dessiner.

Matthieu se lance alors dans la voie artistique de la photographie qui lui permet aujourd’hui de partir en reportage avec Albéric, notamment pour le magazine A/R.

Au début, le voyage était en effet nécessaire pour Matthieu. C’est un réservoir d’informations ; il y a tout à voir, à regarder, à photographier. En vieillissant, le déplacement n’est plus obligatoire, explique le photographe. On s’intéresse aux microphénomènes en bas de chez soi.

Matthieu est particulièrement intéressé par les sujets innés, les mises en scène naturelles. En fait, il s’agit de mises en scène que la réalité offre, quelque part au détour d’une rue. Un photographe sait qu’en se promenant en bas de chez lui, il trouvera forcément une scène à la croisée du réel et de l’imaginaire.

La photographie, c’est donc un dialogue avec ce qu’il se passe autour de soi. Il faut faire confiance en la chance de l’évènement, être persuadé qu’il va forcément se passer quelque chose. Il faut avouer que c’est fascinant d’écouter Matthieu parler de ses photos et surtout des bizarreries qui les constituent.

« Bizarre », un mot qui revient souvent chez Matthieu. Pas étrange, intéressant ou inquiétant, mais bizarre. On pense aisément à l’aura de Walter Benjamin. Cette petite chose qui nous prend au coeur lorsqu’on regarde une photo. On est happé par un souvenir, un rappel du passé.

 

 

Plus que bizarre, il y a une certaine douceur dans les photos de Matthieu. Probablement parce qu’il fait le choix de ne pas être trop dur dans ses couleurs, dans ses sujets, dans ses compositions. Il y a aussi une certaine pudeur, même si Matthieu s’étonne de ce mot. Beaucoup le disent.

Son explication c’est qu’en tant que photographe, il faut demander à son sujet la permission de soutenir son regard à travers l’appareil. C’est une chose que l’on s’autorise avec sa famille, ses amis ou les personnes dont nous sommes amoureuses. Pas avec des inconnus. Rentrer dans l’intimité d’un étranger aussi rapidement et aussi succinctement, c’est une émotion très forte. « Je pourrais passer ma vie à regarder les autres », dit Matthieu.

Pourtant il raconte qu’il ne faut pas se laisser submerger par cette émotion et au contraire prendre du recul pour ne pas rater ses clichés. Il ne peut s’empêcher de donner pleins de conseils sur la photographie. On sent là le professeur qu’est Matthieu (il est d’ailleurs entre autre le professeur de notre ami Toctoc – voir notre article par ici).

En plus de la photographie, Matthieu a toujours dessiné. Il a récemment décidé d’explorer la notion de dessin en la rapprochant au maximum de celle de la photographie. « J’arrive pas encore à trouver le lien entre les deux », s’impatiente-t-il. Pourtant il n’en est pas loin et continue pour l’instant de trouver la passerelle entre les deux formes d’art. A terme, il veut montrer que la photographie est aussi forte que la peinture. Toujours avec autant de douceur.

 

 

 

Pauline Guillonneau
Crédit photo : Aurore Lucas

Matthieu Raffard, le site

 

About The Author: TAFMAG

Matthieu Raffard, traveling photography

He used to live in New York because he   » fell in love with a girl who moved there.  » The photographic work wasn’t working much in Paris for Mathieu Raffard. He was ready to stop and go back to graphic work.  » I was convinced that the city would choose for me « . New York did chose. « It is thanks to the Americans  » he says,  » they know how to see your potential. » This journey in the country of the self-made man revived his photography. When he went back to France in 2010, he published a series of photos in the french newspaper Courrier international on a group of young people with a different clothing style that spread around New York when he was there. Those whom we now call hipsters.

Matthieu Raffard hipster TAFMAG photographie

Matthieu Raffard hipster TAFMAG photographie 4

Matthieu Raffard hipster TAFMAG photographie 3

Matthieu Raffard hipster TAFMAG photographie 2

Matthieu Raffard hipster TAFMAG photographie 6

 

Pauline Guillonneau & Aurore Lucas
Photographer : Matthieu Raffard at M&C Saatchi

 

About The Author: TAFMAG