LITTÉRATURE // ‘Demande à la nuit’ d’Anne Laure Jaeglé : récit berlinois d’une sortie de route à la kéta

Ce vendredi 1er avril sort le premier roman d’Anne Laure Jaeglé, Demande à la nuit. Intense témoignage d’une génération perdue dans la fête, ses substances et sa nuit. Comment mieux se cacher dans l’obscurité quand on supporte à peine la lumière du jour ?

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Anne Laure Jaeglé est passionnée de musique, plutôt techno. Elle est organisatrice de soirées et de raves clandestines, également dealeuse et propriétaire d’un bar, une sorte de nouveau Renate, paraît-il. On est nulle part ailleurs qu’à Berlin, capitale des vices underground.

Plus qu’un témoignage, Demande la nuit est un journal musical. Une épopée lyrique qui démarre au Berghain. Expatriée à Berlin, celle qui ne savait plus vivre en France à part en se déplaçant comme un zombie a choisi de découvrir un autre univers. Là-bas, elle ne comprend rien et n’a plus qu’à tout apprendre. Voilà un challenge de plus qu’à Paris. Jusqu’à cette soirée au Watergate où l’amertume de sa première trace emplit sa gorge mais où « tout est bientôt légèrement plus excitant ».

Danser, c’est aimer au hasard. Surtout après un lo mejor, ou cocktail espagnol, mélange de kéta et MDMA. Danser, baiser, se démonter, oublier. Anne Laure rythme son phrasé, speed et intense. Onirique aussi, avec des apartés musicaux dont le refrain brutal se répète à la lecture. Une soixantaine de morceaux sont choisis à travers le récit. On repense à Berlin Calling, le film du DJ Paul Kalkrenner qui raconte sa descente aux enfers.

Ici aussi, la narratrice raconte son plongeon, au présent. Un plongeon provoqué certes, par la consommation excessive de drogues mais amorcé par une société vieillissante, qui ne laisse pas la place aux plus jeunes. Alors il devient nécessaire, ce paradis artificiel. Parce que c’est à la nuit qu’il faut demander des réponses. « Ici au moins, personne ne me demande ce que je deviens ». Un cahier des doléances de notre génération de presque trentenaires.

« Nous sommes la génération en stand by », dit la narratrice. Celle qui plonge avec Rej d’Âme, The Factory d’Ultrasone, Point In Time de Lake People ou encore The Man With The Red Face de Laurent Garnier et consomme aux rythmes des basses. Une épopée qui finira par l’emmener en hôpital psychiatrique : « Ce qui compte, c’est pas la manière dont l’histoire se termine, mais celle dont elle commence. »

Demande à la nuit, d’Anne Laure Jaeglé, paru chez La ville brûle. 224 p., 14€

 

 

About The Author: Pauline Guillonneau

Après avoir travaillé en télé, en radio et en presse écrite à Paris, Londres et Sydney, j'ai finalement opté pour la presse web dans cette bonne vieille capitale française en créant TAFMAG.

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