PORTRAIT// « Les Oiseaux-tonnerre » de Léa Mysius : partie de chasse aux alouettes entre frère et soeur

TAFMAG s’est rendu pour la première fois au Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand. La semaine dernière nous vous présentions le film Essaie de mourir jeune, de Morgan Simon. Cette semaine, voici Les Oiseaux-tonnerre, de Léa Mysius.

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Antonin et Léonor sont frère et sœur. Ils vivent à la campagne et chassent l’alouette ensemble. Ils sont tous deux adolescents, surtout lui. La sœur est impitoyable, son frère est soumis. Au fur et à mesure du film, les comportements et les caractères s’estompent et se compliquent. Lui découvre sa sexualité, elle a de moins en moins d’emprise sur son frère. Dans les Oiseaux-tonnerre Léa Mysius explore la relation frère-sœur en proie à un changement bizarre et terrifiant : la fin de l’enfance. Antonin et Léonor s’aiment farouchement. L’étape de rupture qu’ils traversent dans leur vie respective met leur fratrie à l’épreuve.

Le court métrage de Léa Mysius traite avec délicatesse un sujet universel. Tourné à la campagne, l’histoire aurait tout aussi bien pu se dérouler il y a 20 ans. « C’était le but, confirme Léa Mysius. J’ai voulu réaliser un court métrage intemporel car le sujet qu’il traite, l’est. » Le tournage a eu lieu dans le Médoc, d’où est originaire la réalisatrice de 25 ans. Le film n’a pour autant rien d’autobiographique. « J’ai écrit le scénario à partir du décor. Quand je ne connais pas le lieu, je n’arrive pas à écrire. Pour les Oiseaux-tonnerre, j’ai commencé à écrire quand j’ai découvert la chasse aux alouettes, qui se pratique toujours au filet. C’est assez hallucinant et très visuel. »

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Léa Mysius parle également de sexualité. Aucune dimension incestueuse dans ce film, mais la sexualité est omniprésente. Antonin, adolescent, ne voit plus le corps de sa sœur comme avant. Une réalisation habile, toute en subjectivité, permet de mettre le spectateur mal à l’aise sans jamais le choquer. La limite n’est jamais dépassée. « Je ne voulais pas que l’inceste soit consommé. Antonin a 14 ou 15 ans, il vit dans une campagne profonde et la seule femme qu’il côtoie, c’est sa sœur. Je n’ai pas cherché à faire passer un message ou à réaliser un film choc. J’ai voulu raconter l’histoire d’un frère et d’une sœur qui grandissent et qui fatalement, s’éloignent. »

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Léa Mysius a réalisé un film de sensation : « Je voulais que l’on ressente des émotions un peu primitives. Comme le désir et l’angoisse. »

La réalisatrice et scénariste a étudié à La Fémis, section scénario. « Je souhaitais apprendre à écrire des histoires, avant de les mettre en images. » Son premier court métrage, Cadavre Exquis, réalisé en 2013 et tourné lui aussi dans le Médoc, raconte l’histoire d’une petite fille qui monte à cheval et découvre un cadavre. « J’ai voulu montrer un enfant sur un cheval sans tomber dans le cul-cul. Le rapport au corps était également un sujet proéminent. » Les Oiseaux-tonnerre est un film de fin d’études, présenté au Festival de Cannes en 2014. Léa Mysius aime parler des corps et de l’adolescence, période de la vie où tout bascule.

Elle prépare actuellement un long métrage : AVA, qui raconte l’histoire d’une jeune fille de 13 ans qui va perdre la vue mais qui ne dit rien à personne.

 

Julie Maury

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