EXTRAIT // « Le Boss de Boulogne » de Johann Zarca

Voici le troisième et dernier extrait du Boss de Boulogne, premier roman de Johann Zarca, 30 ans, ex habitué du bois, écrivain et auteur du blog Le mec de l’underground.

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Gladys se défonce à la blanche par intraveineuse, alors que la mode est plutôt à la fumette et à l’inhalation. Elle est accro et me rapporte pas mal de lovés. Gladys est une des stars du bois de Boulogne. C’est un peu la grande sœur de beaucoup de ses collègues. Déjà parce que c’est une ancienne, ensuite parce qu’elle a un don, il paraît. Elle se proclame voyante et un paquet de tapins prend ses augures au sérieux. Elle ne lit ni les lignes de la main ni les cartes, non, Gladys exerce son art dans la fumée de cigares. La vie de ma mère ! Elle t’allume un Cohiba et dessine des formes chelous avec le nuage, tout en scandant des blazes brésiliens. Je lui demande de me faire une démo.

« Non, yé dois me faile belle, ça va plendle dou temps ! Tou vas encole té selvil oun petit vele y tou vas foumer oun joint en m’attendant, y aplès on va paltil.

— Vas- y, fais pas ta rapia ! Dis- moi mon avenir !

— Mais ça sel’ a lien, ton avenil, il est pas bon.

— Pourquoi tu parles comme ça, narvalette ? Tu portes la poisse !

— Et lé mien, il est pas bon non plous et alols ? »

Je me vénère :

« Putain, mais fais pas ta bouffonne ! T’es une bouffonne ou quoi ? Prends un putain de cigare et fais ton délire là !

— Tou as oun cigale ?

— Nan !

— Yé n’ai pas dé cigale non plous. Alète de t’énelver, tou mé commandes pas, moi ! »

Je me calme :

« De toute façon, c’est du gros mytho ton truc. C’est pour les teubés. Vas- y, vas t’préparer, je squatte ta télé. »

Elle calte dans la salle de bain. Ça gagne pas mal, une timpe, en réalité. Elle habite un appart stylé, Gladys. Je crois qu’elle fait pas mal de plans à domicile, genre escort, et qu’elle tourne aussi dans des pornos pour des chbèbs.

J’allume la télé. Les intox. Je zappe. Ils n’ont jamais parlé des meurtres du bois de Boulogne, ces journaleux à la « bouffe-moi le chibre ». MTV Base. Je laisse. Le clip claque sa mère, des meufs de Miami guénavent comme des bitches sur un gros son cainri. Je me tape une ligne puis éclate un petit splif d’afghan. Je me lève du canap et pécho une autre binouze dans le frigo. J’espère qu’elle ne va pas s’éterniser pendant trois plombes.

Une pute trans passe plus de temps qu’une meuf pour se préparer. Déjà, elle doit se badigeonner de crème sur le corps pour avoir la peau flashante. Ça attire le micheton. Après, c’est l’étape du maquillage et je ne t’explique pas le boulot pour dissimuler une face de bonhomme. Enfin, pour se saper, c’est encore tout un bordel. J’éclate le cône et fous un coup de sionpré à Gladys pour la speeder :

« Cousine ! Mets pas quarante piges ! »

Elle ne répond pas. Je me dirige vers la salle de bain et frappe à la porte :

« Cousine ! T’as entendu c’que j’t’ai dit ou bien ? »

Silence. Putain, ce n’est pas vrai, qu’est- ce qu’elle branle ? Elle se fait un fix, ma parole ! Bat les couilles, j’ouvre brutalement la porte. Ce n’est pas la première fois que je la verrai à oilpé.

« Wesh, tu fous qu… ».

Hardcore ! Gladys baigne dans une mare de sang, la gorge béante et le crâne en miettes. Trash ! Je sors mon gun. Il n’y a personne d’autre que le macchabée dans la salle de bain. Je vomis toutes mes tripes. Je pénètre prudemment dans chaque pièce. Personne. C’est quoi ce délire ? Je bad-tripe vénère, plus fortement encore sous les effets de la cé. Je suis en panique totale. Je ne dois pas rester là. Je m’arrache.

Johann Zarca, Le Boss du Boulogne
Ed. Don Quichotte, Paris, 2014

Premier extrait.
Deuxième extrait.

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