EXTRAIT // « Le Boss de Boulogne » de Johann Zarca

Voici le deuxième extrait du Boss de Boulogne, premier roman de Johann Zarca, 30 ans, ex habitué du bois, écrivain et auteur du blog Le mec de l’underground.

Boss-de-Boulogne Johann Zarca

Rue des branleurs. Une pige que je bizgote au Bois sans jamais avoir foutu les pieds dans ces allées adjacentes de la porte Dauphine. La rue des branleurs, en réalité, ce sont plusieurs rues planquées derrière le bâtiment de l’ambassade de Russie. Archi-glauque, mais stylé ! C’est Vamp qui m’a engrainé pour qu’on s’y rende. Il m’a alléché : « Tu vas voir, là-bas, le truc de ouf, trop underground le delbor ! ». Quel kiffe de bouger un peu, ça me change de cette putain de Reine-Marguerite, de ses trans bariolés, de ses tox béchtars et de ses stups oppressants qui me tournent autour à l’instar des mouches à merde. Ça commence à me crever d’avoir à me tenir sur mes gardes en permanence. Là au moins, je suis pénard, loin de toute cette ménagerie.

Vamp gare la gova boulevard Suchet. Un mix de sky en main, tradition oblige, on rejoint le spot des palucheurs. Vu que l’endroit paraît tranquille, je me suis même autorisé à embarquer du shit avec moi et un demi-gramme de cé. On va s’enquiller !

On arrive à peine que déjà, une dizaine de mecs se sont éparpillés sur le trottoir et attendent. Attendent quoi ? Je l’ignore. J’éclate le pilon que j’ai roulé dans la turvoi. Le spectacle, lui, ne se fait pas attendre. Une première gova passe, les mecs se penchent dans un bel ensemble pour reluquer le pèlerin à l’intérieur. Un vieux keum. Ça ne les intéresse pas, un vieux keum ; ils se redressent en position d’attente. On marche un peu, puis on emprunte une rue perpendiculaire. Là, on croise un mec qui poireaute, le zob à l’air. Il a juste ouvert sa braguette et sorti son braquemart. Vamp lui fait une réflexion :

« Bien mon pote ? Il fait chaud, hein ? »

Le mec ne répond pas, baisse la tête par honte ou par flippe qu’on l’embrouille. Je tire une taffe sur mon joint et le passe à Vamp. J’enchaîne direct sur trois grosses gorgées du mix. Putain, il arrache grave ! On trace notre route. Trois keums discutent, pépères. Si je comprends bien, les branleurs galèrent souvent en solo mais certains traînent aussi en petits groupes. T’imagines, je t’appelle pour te filer rencard : « Allô ma gueule, rendez- vous ce soir, on va se branler ! » Y a quand même des chlagues par ici !

Une caisse déboule, je ne distingue pas le conducteur mais le passager est une femme. Ça suffit pour que les trois gadjos se ruent fissa sur la gova, la bite en main.

« Téma ces varcreux ! » me fait Vamp. Il a raison, ce sont vraiment des varcreux. Le conducteur en panique accélère. Je ne te raconte pas quand tu es une meuf seule et que tu passes par ici la nuit. On traverse un jardin public où un vieux Renoi se promène la main dans le fute. J’arrête de marcher.

« Excusez- moi ! Vous faites quoi, là ? je lui demande, curieux.

— Je ne fais rien, j’attends ! »

 

Johann Zarca, Le Boss du Boulogne
Ed. Don Quichotte, Paris, 2014

Retrouvez le troisième extrait du Boss du Boulogne vendredi 31 octobre.
Premier extrait ici.

Photo Delphine Goldsztejn.

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