JEUDIG’ #7 // ‘Midi, Maxi & Efti’ (Sunrise Records, 1991)

Aujourd’hui, je dig Midi, Maxi & Efti  (Sunrise Records, 1991)

Vous vous demandez sûrement ce que signifient ces trois mots aux consonances mystérieuses ? Midi, Maxi et Efti, ce sont les prénoms des trois ados qui forment, au début des années 90, dans la banlieue de Stockholm, ce groupe unique en son genre. Du reggae boite-à-rythmé suédois, pour un unique album bien moins insouciant qu’il n’y paraît.

Reggae made in Stockholm

Midi et Maxi Berhanu, à gauche et au centre sur la pochette de l’album, mêmes yeux rieurs, sont deux sœurs jumelles d’origine éthiopienne dont les parents émigrent dans la capitale suédoise en 1985. Efti, c’est le surnom de leur amie Freweyni Teclehaimanot, réfugiée Erythréenne, arrivée à Stockholm la même année.

Peu de temps après le début de cette nouvelle vie nordique, les trois ados alors âgées de 15 ans rencontrent Alexander Bard. Cet homme, dont le nom ne vous dira rien – à moins que vous ne soyez très pointus en dance suédoise de la fin des années 80 ? –, est à l’origine du groupe Army Of Lovers. [Ça ne vous dit toujours rien ? On vous laisse découvrir l’univers du groupe de Bard dans le clip décadent de leur tube au titre évocateur, Crucified]

Bard, assisté par Anders Wollbeck et Per Adebratt, compose la majorité des titres de ce debut album éponyme des filles. Camilla Thulin d’Army of Lovers s’occupe de leur image et leur concocte un look à la fois afro et cool, bien marqué nineties. Coup marketing ? Les filles, encore adolescentes – elles n’ont que 16 ans –, en écrivent les paroles.

Des histoires d’amour et de politique

Sur un rythme la plupart du temps parlé, presque rappé, elles se racontent. Leur pays d’origine, leur amour pour la danse (« You know I’m feeling very high – Where? – On the dancefloor! »), la musique, leurs rêves, leurs amours déçues…

Dans la veine du reggae jamaïcain engagé, elles prennent parfois position et leurs textes prennent alors une profondeur inattendue : « I was born in Eritrea, the land with the big mountains / I remember every morning when I woke up I had to hide down to the underground (…) the war was going on (…) You, you my beautiful country I left you with memories », racontent-elles dans Sisterhood of Africa (B5).

Des paroles entêtantes, de délicieux accents et des rythmes qui rappellent ceux de leurs pays d’origine : reggae (Poppadink Tribe, You Can Make It), ska, rocksteady, instruments africains (comme l’intro à la flûte de I Got Riddim). Le tout mélangé à des sonorités du début de ces années 90 : boîtes à rythmes et sons synthétiques, notamment sur Basement Boyfriend.

Le tube de l’été ?

« Bad Bad Boys come with me, come with me / My name is Efti and I want you to see than positive people live longer / Don’t be negative / Just be positive / Yeah »

Leur tube, Bad Bad Boys (2B) synthétise ces deux influences : africaines et typiquement fin des eighties. C’est, à l’époque, le tube de l’été en Suède. Leur clip, imaginé par la team d’Army Of Lovers est kitschissime. Tourné avec des effets spéciaux dignes d’un Méliès, on retrouve le trio, tout de marinières vêtu, tour à tour au volant d’un bateau à moteur sur une mer déchaînée, évitant les paquebots, puis dans une calèche en plein western, et enfin… à bord d’une décapotable sous la Tour Eiffel. Normal.

Mes tracks préférées ? Face A : Ragga steady, Poppadink Tribe, Basement boyfriend. Face B : Bad Bad Boys bien sûr (je prépare par ailleurs mon premier edit sur ce track), Sisterhood of Africa et You can make it.

Après une carrière bien furtive, les filles se séparent. Qu’importe. Vingt-cinq ans plus tard, on ferait bien de Bad Bad Boys notre tube de l’été 2016.

Paloma Colombe

 

 

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