JEUDIG’ #6 // Billy Paul, « When Love Is New »

Aujourdhui, je dig When Love Is New de Billy Paul

Vous avez sûrement appris la triste nouvelle : le chanteur soul Billy Paul s’est éteint le 24 avril dernier, à l’âge de 81 ans. Partout, on a pu lire : « L’interprète de Mr et Mrs Jones est mort ». Billy était, certes, l’interprète talentueux de cet immense tube, mais il était bien, bien plus, comme le montre son album When Love Is New.

Philly Boy

Billy Paul est né à Philadelphia en 1935 et est élevé par une mère amatrice de jazz. A travers elle, il découvre Nat King Cole, Ella Fitzgerald, Billie Holiday et Nina Simone. Il se dit particulièrement influencé par ces voix féminines qui correspondent mieux à sa tessiture aigüe plutôt que celle des interprètes masculins de l’époque.

Après une carrière de chanteur jazz à sillonner les clubs, Billy a une révélation quand il entend les Beatles pour la première fois. « Je peux faire du jazz avec du Rhythm & Blues », réalise-t-il. Il enregistre un premier album encore très jazz toutefois, Feeling Good at the Cadillac Club en 1968. C’est la toute première collaboration d’une longue série avec le producteur Kenneth Gamble. Gamble s’associe quant à lui à un certain Leon Huff sur un nouveau label à l’ambition internationale : Philadelphia International Records (P.I.R).

 

Philly Sound

Avec P.I.R, les producteurs Gamble et Huff sont les inventeurs de ce qu’on appelle la « Philadelphia Soul », ou « Philly Sound ». A cette époque, la ville de Pennsylvanie est un vivier de talents musicaux, réunis, entre autre, par Gamble et Huff sur le label. C’est une soul mâtinée de funk, et en général, pleine de cordes, de cuivres et de chœurs. Parmi les grands noms de ce courant, on peut citer Les Trammps, le Salsoul Orchestra, les O’Jays (ne loupez pas ce petit déhanché du clip Forever Mine), ou encore Patti LaBelle (mais si, l’auteure de Lady Marmelade (1975)…

De Philly, Billy Paul dira :  « You know how they say everyone marches to their own beat? Well I think Philly has its own beat as well, and it’s distinctive. It sounds easy, but it’s hard to play. »

 

People Power d’un Billy-hippie

Le morceau d’ouverture de When Love Is New, People Power, est le deuxième single à paraître, après le controversé Let’s Make A Baby. People Power est représentatif du son particulièrement funk et percussif de l’album. Les paroles engagées expriment la volonté de l’interprète de voir le peuple prendre conscience de son propre pouvoir et de s’en saisir.

Le titre est arrangé par Dexter Wansel, un autre grand du « Philly Sound » que j’affectionne particulièrement. Ses brillants arrangements sur ce morceau montrent un talent qu’on retrouve, par exemple, sur un titre comme The Sweetest Pain, de l’album Time Is Slipping Away paru quelques années plus tard, en 1979. Ecoutez-donc l’edit très réussi de Ooft ! , autre facette sensuelle du « Philly sound ».

Face A toujours (A3), Let The Dollar Circulate. Ecrite et composée par Billy Paul lui-même, ce morceau est le plus percutant de l’album, et de loin mon préféré ; parfait pour réchauffer la première heure de mes DJ sets. J Dilla et 9th Wonder l’on d’ailleurs samplé, sans égaler l’originale. La preuve que Billy n’est pas juste un (talentueux) interprète !

 

Let’s Make A Baby, censure d’un tube

Le dernier morceau de la Face B, Let’s Make A Baby, fait scandale à l’époque. Le pasteur Jesse Jackson évoque des « paroles pornographiques qui avilissent la sexualité au lieu d’inspirer l’esprit humain ». Il parviendra à faire censurer le titre de certaines stations de radio. Le plus choquant pourtant, ce ne sont pas les paroles – qui évoquent un couple amoureux décidant d’avoir un enfant…

« Come on, come on, let’s make a baby (…) Let’s bring another life into this world
A little boy, a little girl
Take my hand while we walk slowly to the room
Can’t you see tonight I’m gonna make sweet, sweet love to you? »

… Mais le pamphlet anti-avortement de Gamble, le producteur. Au verso du vinyle, on peut en effet lire : « Avortement !!!! Quand je te regarde, mon frère, ma sœur, je vois Dieu. (…) Quand le monde commence à tuer la manifestation ou la preuve matérielle de l’existence de Dieu, il est temps pour Dieu de s’exprimer. (…) Continuons à procréer pour pouvoir construire cette nation puissante ».

 

 Mother Fucking Son Of A Bitch?

Les musiciens qui travaillent à enregistrer l’album aux côtés de Billy Paul sont les musiciens de studio du P.I.R, les MFSB. Cet acronyme peut désigner, au choix, « Mother Father Sister Brother » ou, dans une version moins politiquement correcte, « Mother Fucking Son of a Bitch ».

Quoi qu’il en soit, MFSB, c’est ce groupe formé de dizaines de musiciens qui enregistrent pour tous les artistes du label au Sigma Sound Studio. When Love Is New sera leur dernière collaboration avec Billy Paul. Les MFSB auront aussi une brillante carrière solo. Leur plus grand tube, TSOP, pour « The Sound Of Philadelphia », paraît en 1973. On ne se lasse pas non plus du très beau morceau Love is the Message, remixé, entre autres, par Danny Krivit. Encore une fois, caractéristique de cette période féconde à Philadelphie, dans l’ami Billy fait amplement partie.

 

Plus de lecture ? L’article de Libération sur la vie du chanteur
Et puis quand même, si vous souhaitez réécouter Mr. and Mrs Jones, c’est ici !

Paloma Colombe

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