JEUDIG’ #5 // ‘Blacks & Blues’ de Bobbi Humphrey

Aujourd’hui, je dig Blacks & Blues de Bobbi Humprey

Blacks and Blues, paru en 1973 sur le label Blue Note est le troisième album studio de l’artiste. C’est la gérante d’un petit resto dans lequel je fais des extras à 18 ans qui me fait découvrir ce jazz-funk doux et entêtant comme un parfum. Des mélodies qui rythment nos pas pendant les heures de service. Harlem River Drive (A2),Chicago Damn (A1)… C’est comme ça que je découvre que Bobbi n’a pas volé son surnom de « première dame de la flûte ».

Première grande dame à signer sur Blue Note Records

Cette américaine élevée à Dallas, arrive à New-York dans les années 1970, sur les conseils du trompettiste Dizzy Gillespie. Le pari est réussi : elle est alors la première femme à signer sur le mythique label de jazz Blue Note, en 1971.

Rapidement, elle collabore avec les plus grands jazzmen : Duke Ellington, Herbie Mann, Donald Byrd – ou encore Stevie Wonder, pour qui, en 1976, elle jouera de la flûte sur son titre Another StarSi ça vous dit quelque chose, c’est qu’il a été repris version brésilienne par Salomé de Bahia, dans son tube Outro Lugar !

Le truc de Bobbi, c’est cette flûte aérienne qui nous entraîne, de titre en titre, dans une ambiance fantasmée de ce qu’a pu être le New York des années 1970, loin jusqu’à l’intérieur de ces cabarets de jazz enfumés et confinés.

Enregistrement d’un album spécial

Pour Blacks and Blues, Bobbi a su particulièrement bien s’entourer : les frères Mizell sont de la partie. Producteurs de quelques-uns des plus beaux albums de jazz-funk de cette période, pour Marvin GayeDonald Byrd ou encore Michael Jackson. Pour Bobbi, Larry Mizell s’occupe surtout de la prod tandis que Fonce est aux instruments : trompette, clavinet et chœurs.

A la flûte bien sûr, Bobbi. Virtuose. Celle qui sera élue deux fois meilleure femme instrumentiste des Etats-Unis et meilleure flûtiste ne laisse planer aucun doute sur la maîtrise de son art.

Mais sur Blacks & Blues, pour la première fois, elle pose sa voix sur deux titres : Just a love child et Baby’s Gone. Un style vocal qui peut rappeler par certains aspects celui de Minnie Riperton, avec des paroles aussi touchantes que celle de l’artiste qui faisait l’objet de notre JEUDIG’ #2.

Certains sous-estiment parfois cet album, à cause de sonorités de claviers jugées trop « cheesy »… Ecoutez le solo d’ARP de Fred Perren sur Chicago Damn pour vous faire votre propre avis. Pour les curieux, c’est d’ailleurs le même clavier qu’utilise Alain Mion sur l’album Troupeau Bleu – voir JEUDIG’ #3.

Le nombre de groupes ayant samplé Blacks & Blues prouve toutefois qu’il a acquis au fil des années un statut de classique : Erik B & Rakim, Mobb Deep, Digable Planets, pour ne citer qu’eux.

Une pochette 70’s comme on les aime

Bobbi, avec son afro et sa flûte, tout sourire se présente sur la couv de Blacks & Blues. Avec en prime, un texte de présentation de l’album bien perché, rédigé par un certain Leonard Brown et imprimé directement sur la pochette.
Ma copie est le pressage original, avec le macaron « Blue Note » en bas à gauche. Elle provient de l’un des temples du vinyle new-yorkais, A-1 Records. Ce n’est pas un vinyle rare, on peut le trouver à Paris pour des sommes raisonnables. Se le procurer reste la solution la moins onéreuse pour voyager dans le New York de Bobbi Humphrey et des frères Mizell.

Paloma Colombe
Blacks & Blues de Bobbi Humprhey, Blue Note Records (1973)

 

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