JEUDIG’ #43 // Renata Rosa, alchimiste de la tradition brésilienne

Aujourd’hui, je dig Zunido Da Mata (2002) de Renata Rosa.

 

Le Nordeste à São Paulo, musique rurale en ville

Renata Rosa a beau grandir dans l’agglomération de Sao Paulo, elle puise ses influences dans le Brésil rural. Enfant, elle grandit dans le quartier du Brás, un quartier ouvrier rempli d’usines dans lesquelles travaillent de nombreux immigrés de la région du Nord-Est brésilien, le Sertão : « arrière-pays », littéralement.

Son père, poète et musicien, l’amène à fréquenter ces ouvriers paysans et musiciens qui pratiquent le « repente ».  Des joutes poétiques musicales caractéristiques de la région, issues des troubadours européens via les colons Portuguais et Espagnols. Improvisées et en vers, elles sont considérées aujourd’hui comme l’ancêtre du rap.

Adolescente, Renata est initiée aux rituels chamaniques des Indiens Kariri-Xocó qu’elle rencontre un été, puis retourne voir chaque année, s’inspirant de leurs chants polyphoniques pour ses futures chansons. Les belles rencontres s’enchaînent ensuite : alors qu’elle étudie la musique à l’université, elle part sur les routes avec l’un des musiciens contemporains brésiliens les plus novateurs, Sérgio Roberto Veloso de Oliveira alias Siba. Il lui transmet sa pratique du « rebec« , ancêtre médiéval du violon né au Maghreb et utilisé dans la musique nordestine dont elle est aujourd’hui l’une des seules femmes à jouer et à l’utiliser sur scène comme dans ses albums.

 

Samba de côco et co.

Zunido Da Mata est son premier album – elle en totalise 3 aujourdhui – alors qu’elle est installée dans l’état nordestin du Pernambuco (Pernambouc), dont la capitale est Recife. Avec cet album, elle s’inscrit dans la lignée de la nouvelle génération de musiciens brésiliens qui travaillent au corps le syncrétisme brésilien, mélange des cultures africaines, indigènes et européennes.

De ses influences variées elle tire un style musical unique. Rurales et urbaines, médiévales et contemporaines ; entre polyphonies complexes, violon rebec et joutes repente, le tout guidé par une voix puissante, toute en vibratos, influencée par l’étude des chants incantatoires des femmes caboclas (métis). Une belle réactualisation de la musique traditionnelle de ce « pays-monde » qu’est le Brésil, qui « n’est pas figée » mais « en constante transformation », comme elle le répète.

 

Une présence scénique rare

Comme dans la samba de côco des bals populaires, l’un des nombreux styles musicaux qu’elle convoque sur scène, dont le rythme syncopé, marqué avec les pieds, transforme le sol en percussion, Renata Rosa n’imagine pas la musique sans la danse.

Aussi, quand elle traverse l’Europe ou les Amériques pour ses tournées, elle envoûte de sa présence scénique lumineuse. Esméralda moderne tournoyant dans ses larges jupons colorés, elle entraîne son public avec elle dans une transe contagieuse. De la tête, ce visage angélique et souriant toujours auréolé de foulards ; aux pieds, nus, comme pour mieux se laisser traverser par cette musique venue d’un ailleurs lointain – autant sur la carte que dans le temps – qu’elle semble porter dans son sang. Héritage chevillé au corps et à l’âme, dont assurément – au delà des nombreux prix venus couronner son travail – elle a su se montrer digne. Renata, une puissance de louve doublée d’une grâce de félin.

Renata Rosa
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About The Author: Paloma Colombe