JEUDIG’ #41 // L’acide douceur de Hubertus Richenel Baars

Aujourd’hui, je dig La Diferencia de Richenel (Music From Memory, 2017)

 

1980 : avoir 23 ans à Amsterdam

Au début des années 1980, Hubertus Richenel Baars est étudiant en costumes et décoration. En parralèle, il commence à se faire un nom dans les clubs de l’underground local. Le bel androgyne se travestit dans des performances qui mélangent danse et théâtre. Il aurait sûrement été membre de la House Of Drama s’il avait vécu à Paris en 2017.

Dans son école de la Rietveld, on mélange aussi les genres. Artistiques. Richenel y fait la connaissance des « Fetisj », un collectif expérimental artistique et musical. Punks politisés, intellos drogués, le collectif est aussi un label « cassettes-only ». Ensemble, le collectif en sortira en tout et pour tout 6 entre 1981 et 1982, toutes auto-enregistrées et diffusées. Parmi ces autoproductions, le premier album de Richenel, La Diferencia, enregistré en 1982.

 

La Diferencia, la lune et le soleil (à la fois)

L’album est un savant mélange : masculin et féminin, puissamment doux, punk et funk. Richenel à cœur ouvert nous offre une plongée dans ses émotions et les thèmes qui le préoccupent alors : désir, drague et drogue (Gentle Friend).

Ça sent fort la liberté et ça chante tutti-frutti, tutti-colori : italien, espagnol, anglais, français : « Je suis dans la discothèque et je vois tous les beaux gars, moi je pense quand je danse : ‘Je veux coucher avec ce mec’ » (en français dans le texte). Le track-titre La Diferencia, sorte de B.O de Mario Kart sous speed, est une plongée dans ses expériences de club : histoires de rencontres, de sexe et de « day-after ».

Autumn, un vrai tube funk avec sa méchante ligne de basse, ouvre l’album sur un tube plus romantique ; une métaphore de l’amour et de l’automne qui fane avec. On sent aussi ses influences de musicien disco (Richenel jouait dans le groupe Luxor) mâtiné de jazz (Slave Of the Body/Mind) mais on ne se prive pas non plus des grosses boites à rythme hyper slow à la Arthur Russell (I Won’t Bite)

 

Paris, 2017

Et puis il y a quelques mois, le label qualitatif Music From Memory décide de ressortir La Diferencia. L’album a été écrémé – on passe de 10 tracks à un EP de 6 – collage de prises alternatives et de deux morceaux exclusifs qui n’apparaissaient pas sur la tape originale fournie par Richenel.

La Diferencia vient nous rappeler la puissance évocatrice et sensorielle de la musique ; nous entraînant entre les clubs, les cœurs et les lits qui ont été les siens dans les années 1980. Sa musique transgenre trouve un écho particulier aujourd’hui, comme actuelle.

Une voix profonde et asexuée qui n’est pas sans rappeler celle de la contemporaine Fischbach (relisez notre article sur la nouvelle dramaturge de la pop française), peut-être tout aussi mâle que femelle.

 

 

Mais on n’en n’a pas fini avec Richenel : Music From Memory a annoncé prévoir d’autres rééditions du label Fetisj et du bel androgyne. On leur dit : « Baby please, do it now, until tomorrow, I can’t wait » (in Baby Please)

 

Paloma Colombe
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