Jeudig’ #4 // ‘The Existential Soul of Tim Maia’ de Tim Maia bien sûr

Aujourd’hui, je dig The existential soul of Tim Maia, du même Tim Maia.

La compilation paraît en 2012 sur le label de world-music américain, Luaka Bop. David Byrne, le fondateur des Talking Heads, y édite et y réédite notamment, depuis les années 1980, pépites brésiliennes et ouest-africaines. On lui doit notamment le pressage de la rétrospective en huit albums du musicien nigérian William Onyebor,  devenue culte, Who is William Onyeabor? (2013),

Portrait musical d’un Tim : 1m80 et presque autant de large

The existential soul of Tim Maia a pour ambition de dresser le portrait musical du grand Tim : 1m80 et presque autant de large, 5 mariages, au moins autant d’enfants connus et le fameux combo arrestations-détentions-addictions.

Dix-neuvième enfant d’une famille de Rio, Tim a dix-sept ans quand il s’envole réaliser son rêve d’Amérique avec 12$ en poche. Là-bas, il découvre la musique noire américaine, avec en tête la funk et la soul d’Isaac Hayes, James Brown ou Barry White. Il sera d’ailleurs par la suite comparé à ces maîtres de la soul pour sa voix chaude et enrouée.

MPB et Tropicália brésilienne

Arrêté pour un joint fumé en Floride, il est renvoyé au Brésil après 6 mois de prison, mais l’empreinte de ces musiques ne le quittera plus.

De retour chez lui, il découvre les deux mouvements qui cartonnent, la MPB ou Musique Populaire Brésilienne, un des prolongements de la bossa nova, et la Tropicália, un courant culturel plus large qui fait suite au coup d’État de 1964. Sans complexe et avec génie, il est le premier à démocratiser et à populariser sur le long terme la synthèse audacieuse de la musique de ses deux pays de cœur : , guitares électriques rock et percussions traditionnelles.

Rencontre avec une secte extra-terrestre

Mais en 1974, Tim l’excessif fait la découverte de la Cultura Racional, une secte qui pense que les humains viennent d’une planète extra-terrestre et qu’ils seront un jour sauvés par des soucoupes volantes.

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Dorénavant, Tim ne portera plus que des vêtements blancs, quitte alcool et drogues – mais pas la musique. Sa voix, libérée de toutes substances, est plus belle que jamais. Mais ses paroles font l’apologie des théories farfelues prônées par son culte. Refusé par sa maison de disques, il édite alors Mundo Racional I, et II sur son propre label. Trop perchés, les morceaux ne passent pas en radio et Tim perd ses fans…

Après que le gourou de la secte se soit envolé (en soucoupe ?) avec sa petite amie, Tim, furieux, quitte la secte… Et ses démons reviennent : « Nobody Can live forever » (C1), chante-t-il sur son album en 1976.

 « I am so groovy now, and I don’t care ! »

Celui qui a brûlé sa vie nous quitte à 55 ans et presque autant d’années d’excès. « I am so groovy now, and I don’t care !», chante-t-il. A l’écoute de sa musique, même 40 ans après, impossible de le contredire. Si vous parlez anglais, regardez donc les interviews, compilées par Luaka Bop, des ex-membres de son groupes. Hilarantes.

The existential soul of Tim Maia est le moyen parfait de naviguer entre les différents univers du pionnier soul en 15 morceaux. Son classique Que Beleza en pleine période « Mundo racional », O Caminho do bem pour apprécier sa tessiture de Barry White brésilien. Et mes préférées : le tube funk Do Leme Ao Pontal (B4), la puissante Nobody Can live forever (C1), I Don’t care (C2) typique du mélange des « styles Maïa » avec riffs de guitare et instruments traditionnels, ou encore, pour finir, la douce balade Over Again (C5).

 

Paloma Colombe
The Existential Soul of Tim Maia, 2012, Luaka Bop

 

 

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