JEUDIG’ #39 // Alice Coltrane, du jazz à l’ashram

Aujourd’hui, je dig The Ecstatic Music Of Alice Coltrane Turiyasangitananda.

Musique et spiritualité ne faisait déjà qu’un pour Alice Coltrane, bien avant l’ashram qu’elle a fondé. Une oeuvre profonde, que l’on a pu redécouvrir en mai dernier grâce au label Luaka Bop.

Alice + John = amour (fusion)

La musique, pour Alice McLeod c’est une affaire de famille. Dès ses 9 ans, elle est organiste à l’église baptiste de Détroit – comme sa mère au même âge. Puis elle se forme au piano, à Paris, auprès de Bud Powell.

C’est aux Etats-Unis qu’elle rencontre « Trane » (John). Ensemble, ils vivent un amour « suprême », pour reprendre le titre de l’album culte de John, fusionnant vie personnelle – ils ont 4 enfants – et vie professionnelle : elle rejoint le groupe de John en 1966.

Ensemble, ils sont liés par une vision commune de la musique et de la spiritualité, intrinsèquement mêlées. Music is the Healing Force of the Universe, titre de l’album d’Albert Ayler, pourrait faire office de profession de foi au duo qui conçoit la musique comme outil de guérison et la méditation comme moyen d’accès à sa créativité.

 

Alice Turiyasangitananda, gourou californienne

Mais en 1967, John meurt prématurément. Alice récupère la harpe initialement commandée par John et en joue divinement bien, tandis qu’une nouvelle tragédie survient en 1983 quand son fils meurt accidentellement. Elle suit alors la voie spirituelle jusqu’à ouvrir un ashram en Californie, prend le nom sanskrit de Turiyasangitananda – à traduire par « Le plus haut chant de Dieu » – et quitte progressivement les circuits musicaux traditionnels, continuant toutefois à enregistrer et diffuser pour sa communauté, via des cassettes audio.

 

« Vedic jazz »

Luaka Bop est le premier label à s’intéresser aux enregistrements de cette période, en compilant des chansons enregistrées entre 1982 et 1995. C’est la première fois, en sa carrière de 14 albums, qu’elle pose sa voix sur ses morceaux.

Sa musique est une rencontre entre be-bop, blues et gospel des débuts et les chants Vedic d’Inde et du Népal, en sanskrit. Harmonium, synthés, chœurs, cordes, percussions, claquements de mains… Les mélodies d’Alice sont originales, limite étranges et les structures, sophistiquées. Les musiciens et choristes, tous non-professionnels, sont des membres de l’ashram.

Une réédition bienvenue alors qu’on commence à peine à découvrir l’influence de la dame, entres autres sur la scène hip-hop-jazz américaine. Flying Lotus, Kamasi Washington, Joshua Abrams ou Amirtha Kidambi : tous semblent avoir hérité une vision décloisonnée du jazz de leur mère spirituelle.

 

Un film sur Alice est en préparation, réalisé par Vincent Moon (Petites Planètes, La Blogothèque) et Priscilla Telmon pour Luaka Bop. Pour qu’Alice ne soit plus juste retenue comme « femme de » mais qu’enfin on lui donne son statut de femme « à part ».

Paloma Colombe

 

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