JEUDIG’ #36 // Warda-la-rose, diva libre, algérienne et pailletée

Aujourd’hui, je dig Nagham el Hawa de Warda paru en 1999 chez Emi Music Arabia

 

« C’est très loukoum mais ça a plu ! » – Warda

 

Paris : le talent précoce du Tam-Tam

Warda ( « la rose ») naît en 1939 à Paris. Son père est algérien, sa mère, libanaise. Les parents tiennent un cabaret dans la quartier Latin : le Tam-Tam. « T » pour Tunisie, « A » pour Algérie, « M » pour Maroc. Des artistes nords-africains (on ne dit pas encore « maghrébins ») s’y produisent chaque soir. On peut déjà y croiser la future star de la musique égyptiptenne Farid El Atrache, entre autres. Warda n’a que 11 ans mais déjà la ferme envie de les rejoindre sur scène. Elle explique : « C’est très drôle parce que c’est à Paris que j’ai appris à aimer l’Algérie et l’Égypte, la musique du monde arabe. »

C’est sa voix incroyable qui l’a fait repérer alors qu’elle participe à une émission télévisée pour enfants, diffusée par la RTF. Chaque jeudi, elle assure la présentation de l’émission et chante une chanson devant son jeune auditoire.

 

Warda al-Jazairia enfant

 

Dans la foulée, elle enregistre un premier single, La Jeune Ouarda, chez Pathé-Marconi. Ses premières chansons sont des chants patriotiques algériens : sa famille est impliquée dans la lutte pour l’indépendance nord-africaine. Certains disent que des armes destinées au FLN sont retrouvées au Tam-Tam. L’établissement est obligé de fermer, sa famille est expulsée. Direction le pays de sa mère, le Liban.

 

Beyrouth : exil forcé

La mère de Warda meurt avant d’arriver à destination. Un événement tragique qui pousse Warda à défendre ses chansons dans les clubs de Beyrouth, dès 1958. L’une de ses chansons préférées à l’époque, c’est Jamila, un chant pour l’indépendance des femmes. Warda fait partie de la grande tradition d’interprètes exceptionnelles n’écrivant pas leurs chansons : elle préfère s’entourer de talentueux compositeurs dont elle dira les mots et la musique. C’est comme cela qu’à Beyrouth, elle rencontre le compositeur égyptien de comédies musicales Helmi Rafla qui lui fait signer un contrat : la chanteuse poursuit une carrière musicale et cinématographique… en Égypte !

 

Warda al-Jazairia, actrice

 

Alger : dix ans de silence

Apparemment moins douée à l’écran qu’à l’interprétation vocale, elle se rend finalement en Algérie pour un concert, à la mort de son père. Là-bas, elle fait la rencontre d’un officier avec lequel elle se marie. C’est le début de dix ans de silence pour Warda, interdite de chanter par son mari qui la préfère voir élever leurs enfants à la maison (!)

Mais, après ces années de silence forcé, elle prend le prétexte d’une invitation du président algérien à venir chanter pour la 10ème commémoration de l’indépendance du pays pour rompre son jeûne vocal – et en profite pour divorcer. Libre, c’est le début d’un envol artistique qui durera jusqu’à la fin de sa vie.

 

 

Le Caire : naissance d’une diva

Elle quitte Alger pour Le Caire où elle rencontre Baligh Hamdi, l’homme clé de la suite de sa carrière et de sa vie de femme. Il est le compositeur talentueux des titres les plus « modernes » d’Oum Kalthoum, la star égyptienne. Après leur mariage, Baligh se met à composer pour Warda, en même temps que tous les plus grands compositeurs égyptiens se mettent à composer pour elle. Warda est surnommée avec affection par les égyptiens, Warda «Al Jazairia », « la rose algérienne. »

Ses titres se font de plus en plus courts, pour répondre à des exigences de diffusion. Alors que, sur scène, elle peut interpréter une chanson d’amour d’une heure, un certain Salah Charnoubi lui écrit des chansons bien plus courtes, qui sont aujourd’hui ses plus grands succès : Haramt Ahibek, Betwenes Bik et Ya khsara, aujourd’hui incoutournables dans toutes les fêtes orientales, à Paris, Alger ou au Caire.

 

 

Warda, l’incontournable

Dans une interview, elle tourne presque en dérision sa chanson Betwenes Bik. « Un loukoum ! » dit-elle, se moquant gentiment de l’attrait des maghrébins pour des chansons d’amour parfois douceureuses, de ces friandises orientales si sucrées qu’elles en deviennent presque écœurantes.

Cela n’empêche pas la chanson de faire polémique et de manquer d’être interdite à la radio, en 1993. En effet, si dans le dialecte arabo-égyptien, on comprend bien « je passe un bon moment avec toi », à Baghdad, on entend quelque chose de bien plus cru…

Quel que soit le registre, des chants patriotiques aux chansons d’amour, Warda maîtrise son art en virtuose. « Intonations, ton, sens du rythme, maîtrise des nuances », selon Daniel Caux qui font d’elle une des plus grandes stars de tout le monde arabe, comme en témoignent ses dizaines de millions d’albums vendus. À l’instar de Leila Mourad, Oum Kalthoum, Sabah ou Fairuz.

Une rose qui flirte toujours avec le too-much, avec une sincérité aussi grande que ses excès : de maquillage, de paillettes, de kitsch, comme en témoignent ses clips. Elle réussit pourtant cet exploit d’incarner la quintessence d’un style indémodable, comme une rose qui ne saurait faner.

 
Et pour poursuivre l’ambiance orientale de votre journée, je vous invite à écouter cette playlist, concoctée pour l’occasion !

 

Paloma Colombe
www.palomacolombe.com

 

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