JEUDIG’ #34 // ‘Make It Fast, Make It Slow’ de Rob ‘Roy’ Raindorf (1978, représsé en 2012)

Aujourd’hui, je dig Make it Fast, Make It Slow de Rob (1978), repressé en 2012 sur Soundway

 

 

L’enfant prodige ghanéen

L’Afrique de l’Est, et ses villes côtières en particulier, de Accra au Ghana à Luanda en Angola, en passant par Lomé, Togo, est un vivier de talents musicaux qui semble inépuisable. On a beaucoup parlé du Nigeria avec Les Lijadu Sisters, William Onyeabor ou encore la « dynastie » des Kuti, qui apparaissent en filigrane dans de nombreux Jeudig [à relire sans hésiter].

Aujourd’hui, on découvre un musicien ghanéen peu connu mais dont l’album attise les convoitises des diggers internationaux.

Rob ‘Roy’ Raindorf est né sous le signe du taureau en 1949 à Accra, capitale ghanéenne. Comme Rim Kwaku Obeng, le percussionniste afro-funk dont on parlait il y a un an déjà lors du tout premier Jeudig’ pour son album Too Tough, Rim & Kasa.

 

 

Bon timing

C’est à Cotonou, au Bénin, qu’il fait ses classes musicales. Comme Wally Badarou les y avait faites, tout jeune. Une fois ses études pianistiques terminées, il joue avec deux bands locaux bien implantées : Les Black Santiagos, un band dont la notoriété dépasse largement les frontières béninoises : le « Tout Puissant » Orchestre Poly-Rythmo, de Cotonou, comme on le surnomme.

Véritable institution, c’est l’un des plus grands orchestres africains et le plus ancien encore en activité. Avec eux, Rob découvre une musique d’influences variées : funk, soul américaines – ils assument être influencés par James Brown -, soukous, une sorte de rumba congolaise, high-life ghanéen, afrobeat nigérian et autres rythmes vaudous. Ils jouent avec les plus grands artistes du continent : Fela, Manu Dibango, Miriam Makeba…

 

Retour en terre natale

À la fin des années 1970, Rob ‘Roy’ Raindorf retourne dans son pays de naissance avec la ferme envie d’apprendre à composer lui-même ses propres morceaux.

Il y rencontre un groupe formé par un certain Amponsah Rockson. Mag-2 – du nom d’une arme – est l’un des groupes de l’armée ghanéenne. Leur mission : divertir les soldats et se produire de ville en ville avec le bus de tournée de l’armée. À l’époque, l’armée met à disposition des musiciens du matériel de qualité, difficilement trouvable autrement : guitares Hofner, claviers Yamaha et une section entière dédiée aux cuivres.

Rob apprécie particulièrement les cuivres et le son de ce groupe en général : il leur propose d’être les musiciens de studio sur ses deux albums : le premier, Funky Rob Way en 1977, puis le second, qui nous intéresse aujourd’hui, un an plus tard : Make It Fast, Make It Slow.

 

Veni, Vidi, Vici

Dans ce second album, on sent toute l’influence de la musique funk et soul américaine. Rob est un grand admirateur de Wilson Pickett, Otis Redding, James Brown ou Ray Charles. La leçon fusion donnée par l’Orchestre Poly-Rythmo semble avoir portée ses fruits : aux influences américaines s’ajoutent les inspirations africaines.

Le titre éponyme Make It Fast, Make It Slow est un hymne érotico-afrobeat sur lequel le protagoniste s’exprime par râles : « Sometimes… I make it fast. Sometimes, I make it slow ». À faire rougir le 69, année érotique de notre Gainbourg national… Une galette unique qui s’arrache à prix d’or sur Discogs.

I’ve Got to See You Again, Lord est également un excellent titre afrobeat. Écoutez la voix rauque de Rob, particulièrement étonnante sur ce titre.

 

Mais où est Rob ?

Le hip-hop a lui aussi payé son tribut en 2007 quand J Dilla sample Make It Fast pour le morceau de Guilty Simpson.

Néanmoins, la gloire ne sera jamais au rendez-vous : on raconte qu’à l’époque, Rob a été obligé de voyager à Hambourg pour trouver une autre source de revenus… Un talent qui n’a donc jamais vraiment reconnu, à part parmi quelques aficionados, avant deux repress : en 2011 chez Analog Africa pour son premier album, suivi en 2012 par celui dont nous parlons aujourd’hui sur Soundway.

L’histoire ne dit pas ce qu’il fait ni où il en est aujourd’hui…

Paloma Colombe

 

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