JEUDIG #33 // Virgin Ubiquity de Roy Ayers (BBE, 2004)

Aujourd’hui, je dig Virgin Ubiquity, Unreleased Recordings 1976-1981, de Roy Ayers, sorti en 2004 chez BBE.

 

De Roy à Sir Roy Ayers

Ayers est né à Los Angeles de parents musiciens. Il commence la musique tout jeune, à 5 ans, quand – selon la légende – le grand vibraphoniste Lionel Hampton lui offre ses premières baguettes de vibraphone.

Sa carrière débute vraiment en 1963, il est alors musicien pour Herbie Mann. Puis en 1970 à New-York, il fonde son propre groupe, Roy Ayers Ubiquity. Il ne met pas longtemps à trouver son propre style : longtemps influencé par ses maîtres (Herbie Hancock, Miles Davis, Hebrie Mann), il crée un son qui n’appartient qu’à lui, à la fois jazz langoureux et groove-funk percussif, envoûtant et chamarré.

En 1973, il réalise la BO du film blaxploitation Coffy, s’inscrivant dans la veine des grands compositeurs de musique pour des films blaxploitation, aux côtés d’autres grands génies : Hancock (Fat Albert Rotula, 1969) Isaac Hayes (Shaft, 1971) ou Curtis Mayfield dont on a déjà parlé dans le Jeudig #20.

En 1976, il sort l’album Everybody Loves The Sunshine avec son inoubliable pochette colorée. Le titre éponyme devient le plus connu de l’artiste. Everybody Loves The Sunshine sera samplé et repris au moins 117 fois, selon le site whosampled.com. Parmi les fans, on compte Dr Dre, Mary J Blige, D’Angelo ou Seu Jorge. Roys Ayers devient mythique…

… À moins qu’il ne soit mystique : en 1980, il raconte avoir eu une “expérience spirituelle très profonde” avec Fela Kuti, grand génie de la musique Nigeriane. “Travailler avec lui n’était pas juste très excitant, cela m’a aussi mis en contact très direct avec mes racines africaines “. L’album qui naît de cette collaboration, Music Of Many Colors, est un OVNI hyper dansant de seulement 2 titres de respectivement 18 et 17 minutes chacun.

 

Roy Ayers, alchimiste sonore

À la fois précurseur de l’acid jazz, et mine d’or d’inspiration pour le hip-hop et le R&B, il travaille aussi bien avec des musiciens afrobeat comme Fela, que soul comme Erykah Badu.

Au départ plutôt jazz et hard bop, il y ajoute des éléments disco, R&B et funk pour créer en résultat qui peut se fondre organiquement dans n’importe quel autre style. Sa musique accepte tous les qualificatifs : sur son site internet, on peut lire “Godfather of “neo soul” and “acid jazz”…

“Vous savez, les gens essayent toujours de définir votre musique. Par exemple, Quand j’écoute ce que je fais, je ne peux le définir par un “type” de musique », dit-il avant d’ajouter :  “En fait, j’ai évolué, je suis polyvalent, jamais emprisonné dans un style musical ou un autre. »  Il explique que toutes ses rencontres artistiques ont justement été le moyen de s’approprier des univers sonores : “All these artists enhanced my ability as an artist and their sound became my sound.”

Une habilité à s’approprier la musique des autres qui, on dirait, pousse les autres à s’approprier la sienne : il est aujourd’hui l’un des musiciens les plus samplés de sa génération avec James Brown.

 

13 morceaux totalement inédits

À la fin des années 1970, Ayers est un artiste extrêmement prolifique – on dit qu’il peut composer jusqu’à 40 morceaux par jour. À ce rythme, difficile de tous les publier, malgré une discographie imposante de 63 albums.

Cependant, Ayers conserve tous les enregistrements de cette période chez Polydor entre 1976 et 1981 : de l’écriture au mastering, tout est méticuleusement enregistré.

Au début des années 2000, BBE, label anglais décide de remettre la main sur les précieuses cassettes. En tout, 134 morceaux méticuleusement sélectionnés, pour sortir dans 3 compilations au fil des années 2000 : Virgin Ubiquity, Virgin Ubiquity II puis Virgin Ubiquity Remixed.

En général, pour ce genre de compilation on peut s’attendre à des morceaux de qualité légèrement inférieure à ceux des albums, car ils en sont les “chutes”. Ce n’est pas le cas de cette compilation où chacun des 13 morceaux qui la composent a été choisi avec grand soin par Peter Adarkwah, l’un des 2 DJs qui a fondé BBE. Panorama qualitatif, donc et représentatif de Ayers dont certains titres sont devenus des classiques. Trois voix féminines accompagnent la sélection : Merry Clayton, Carla Vaughn (Boogie Down, Mystic Voyage) et Sylvia Cox.

Merry Clayton, plus connue pour son duo avec Mick Jagger sur Gimme Shelter des Stones présente quasiment de bout en bout de la compilation, apporte une patte soul sidérante de profondeur.

Sur plusieurs morceaux, c’est Ayers qui chante, ou pose ses mots, notamment sur la dernière, une puissante invocation cosmique I Am Your Mind.

La version plus connue du morceau, I Am Your Mind Part 2 est quant à elle sortie sur le 2ème volet de la compilation BBE.

 

“True beauty of music is that it connects people”

Soul cosmico-romantique (Oh What A Lonely Feeling), jazz-funk aquatique (Green And Gold) terrestre (What’s the T), disco-funk douce-amère (Sugar), balade jazz à la Yasuko Agawa (Mystic Voyage) soul des entrailles de la terre (I Just Wanna Give It Up)….

Un hommage merveilleux rendu au prince versicolore de la musique de nos âmes, qui dit : “And I guess that the true beauty of music is that it connects people in that it carries a message and we, the musicians, are the messengers. I am versatile because I want my message to reach all people. I have always played soul music.”

Soul toujours.

Paloma Colombe

 

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