JEUDIG’ #3 // Cortex, ‘Troupeau Bleu’

Aujourd’hui, je dig Troupeau Bleu, de Cortex.

Cet album paru en 1975 est considéré aujourd’hui comme un album culte du jazz fusion. Ce courant musical qui commence dans les années 1970, mélange au jazz des influences rock et funk. Alain Mion, fondateur de Cortex, pianiste de jazz et fou de claviers, est en effet un grand amateur de funk, à une époque où cette musique n’est pourtant pas encore bien populaire en France.

Alain Mion, fou de funk et de claviers

Inspiré par les jazzmen américains Herbie Hancock, Chick Corea, le groupe funk Parliament et la musique brésilienne – Sergio Mendes en tête -, il crée Cortex en 1974. L’album Troupeau bleu est de loin le plus connu du groupe. Le génie en compose tous les titres, sauf Automne, et joue des claviers.

Ça tombe bien, le studio dans lequel il enregistre l’album en regorge : Rhodes, Moog, Korg, ARP, Clavinet… Ce dernier – prononcez « clavinette » – est inventé au départ pour remplacer le clavecin, trop encombrant, dans la musique classique. Il a fini par être totalement détourné par la musique africaine et notamment par le reggae. Sur Troupeau bleu, on peut l’entendre sur Sabbat (1ère partie) (B4). Aux claviers s’ajoutent une batterie, à la fois carrée et très inventive, des lignes de basse funk, un sax et la voix de Mireille Dalbray qui entonne des mélopées si aériennes qu’on en perd parfois le sens des paroles écrites, elles aussi, par Alain.

La Face B ne contient que des titres instrumentaux ou « scatés » : une technique de jazz vocal consistant à utiliser des onomatopées plutôt que des paroles. La Face A regroupe quant à elle les titres La Rue, hallucination sensuelle et urbaine, Automne, reprise jazz de la chanson populaire, Colchiques dans les prés (si, si), L’enfant samba, une bossa-nova et l’une de mes préférées, et le titre éponyme, Troupeau Bleu.

Cortex et le rap américain

Cortex est l’un des groupes français le plus samplé par le rap américain. Si vous en doutez, allez donc faire un tour sur la page Who Sampled, consacrée au groupe. Parmi les titres les plus samplés, on retrouve Huit octobre 1971 (B3), ou Chanson d’un jour d’hiver (B1). La liste des ‘repreneurs’ est longue : MF Doom, Curen$y, Lupe Fiasco, Wiz Khalifa, le jeune profige irlandais Rejjie Snow et même Rick Ross qui sample Prélude à ’Go Round’ sur son tube Amsterdam.

Au vu des commentaires YouTube des fans du rappeur qui le tiennent comme l’un des « meilleurs » de ses titres, on se demande s’ils savent qu’il n’en est pas l’auteur… Pour Alain Mion s’engage alors, avec certains rappeurs, la bataille du pot de fer contre le pot de terre pour récupérer les royalties qui lui sont dues.

Dans le documentaire Hunting for rappers, il déclare d’ailleurs avec humour, en référence au nom de Tyler & The Creator, qui a samplé Huit octobre 1971 sur son titre Odd Toddlers : « Tyler The Creator ? J’ai pas trop compris ce qu’il faisait, comme création…!»

De ce côte-ci de l’Atlantique, Troupeau bleu est aussi considéré comme un classique et une influence majeure pour des groupes français disco et funk contemporains comme L’Impératrice ou Bon Voyage Organisation.

Pressage et repressage

Après le pressage original sur Disques Espérance (1975), le vinyle est repressé régulièrement, comme un standard : sur Dare-Dare (1999), Underdog Records (2008), puis Trad Vibe Records qui a déjà du le represser plusieurs fois depuis 2013, au vu de son succès commercial. Le vinyle original atteint les 1300€ sur Discogs…

La bonne nouvelle, c’est que Cortex est à présent reformé autour de son leader et qu’on pourra les voir en concert, mercredi 25 mai sur la scène du Petit Journal Montparnasse, qui a déjà accueilli le groupe plusieurs fois. L’autre bonne nouvelle, c’est que TAFMAG vous fait gagner 2×2 places pour aller voir Cortex en live ! Jouez vite, c’est par ici.

 

Paloma Colombe
Cortex, Troupeau bleu. Pressage original : Disques Espérance, 1975. Aujourd’hui sur Trad Vibes Records

 

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