JEUDIG’ #28 // Kimiko Kasai et Herbie Hancock : rencontre d’un géant US du jazz fusion et de l’icône du groove japonais

Aujourd’hui, je dig Butterfly de Kimiko Kasai et Herbie Hancock (Sony, 1979)

Kimiko et Herbie : deux carrières au firmament

Kimiko est née en 1945 à Kyoto au Japon. Chanteuse de jazz très populaire dans son pays et grande amatrice de musique afro-américaine, elle chante aussi bien dans sa langue natale qu’en anglais, collaborant avec les plus grands jazzmen de son temps, parmi lesquels un certain Herbie Hancock.

Herbie Hancock est né quant à lui en 1940 à Chicago, Illinois. Pianiste virtuose, investigateur de nouvelles formes musicales, il passe d’abord du classique au jazz, puis du jazz à la fusion avec une curiosité sans cesse renouvelée. Il compose aussi des B.O de films. Blow Up d’Antonioni, c’est lui. Il revient ensuite à un son plus funk et « accessible », dans la veine de Sly and the Family Stone, dès 1973 avec son groupe, The Head Hunters. Sunlight, en 1978, marque son retour à un jazz hybride, une sorte d’ « électro-funk » mâtiné de pop et de disco.

Deux continents, deux cultures. Rien ne destinait particulièrement les deux artistes à se rencontrer, et encore moins à collaborer.

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Un improbable duo exotique

Pourtant, Herbie choisi d’engager Kimiko Kasai pour enregistrer un album de reprises de Sunlight, revisitant les morceaux originaux. Un projet pour le moins inattendu l’occupe dès 1979.

L’album s’appelle Butterfly. I Thought it Was You, la reprise du tube de l’album original, y côtoie les titres Sunlight, Butterfly, Maiden Voyage, et Tell Me A Bedtime Story ainsi qu’une autre reprise… As, de Stevie Wonder parue quelques années plus tôt, en 1976.

À l’époque, Stevie, Herbie, Kimiko ainsi que Minnie Riperton et son producteur de mari, Richard Rudolph, font partie du même cercle de connaissances où s’infusent les origines culturelles de chacun.

 

L’ « afro-nippon » groove ?

Sur la pochette, Kimiko arbore une coiffure afro qui laisse présager du mélange des genres de Butterfly : l’accent japonais au phrasé si particulier s’invite sur des paroles en anglais, le scat jazz dans le groove, la voix « vocodée » d’Herbie derrière le timbre clair de Kimiko dans I Thought It Was You.

Le Vocoder – cet effet des débuts de l’ère de la musique électronique permet de distordre le son, créant des tonalités qui sembleraient venues tout droit de Mars. (Voir l’usage du Vocoder par Herbie en studio ici)

Si il est aujourd’hui largement répandu, le recours à cet artifice par Hancock est décrié à l’époque par les critiques et une partie du public, plus réceptifs aux albums jazz d’Herbie. Mais il affirme une nouvelle fois l’attrait du jazzman pour les expérimentations.

 

Explorateurs des marges musicales

Depuis sa sortie en 1979, Butterfly est un album culte sous-estimé, étonnant et unique, qui a ouvert le champ à l’usage de sonorités électroniques dans le funk-jazz. Une « fusion » qui s’est depuis peu à peu démocratisé. Kimiko et Herbie sont les explorateurs audacieux des frontières entre les genres musicaux, de ces « espaces entre », restés vacants. Des genres qui se révèlent versatiles. Just like a butterfly.

Après avoir produit 24 albums en trente années de carrière, Kimiko s’est reconvertie dans la bijouterie et vit entre Tokyo et Los Angeles avec son mari Richard Rudolph, veuf de Minnie Riperton, avec qui elle s’est mariée en 1990.

Pour poursuivre votre découverte de « HH », je vous conseille sa période Head Hunters à partir de 1973. Pour poursuivre celle de « KK », un seul morceau qui allumera le feu de votre dancefloor de ce premier weekend de 2017 : We Can Fall In Love. En bonus, un edit de Herbie par Todd Terje : Magic Numbers

À dans deux semaines !

Paloma Colombe

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