JEUDIG’ #26 // The Lijadu Sisters, les emblématiques jumelles de l’afrobeat nigérian

Aujourd’hui je dig Horizon Unlimited des Lijadu Sisters paru en 1979 sur Afrodisia.

Nigeria, musique au cœur

De la musique nigériane, on connaît Fela Kuti, bien sûr, celle de sa progéniture tout aussi talentueuse, Femi et Seun. Certains auront aussi sûrement entendu parler de William Onyebor, ce mystérieux musicien pour qui le label Luaka Bop (le même label qui a pressé l’album dont on parlait dans le Jeudig’ sur Tim Maia) a sorti une compilation il y a quelques années. Bien que naturalisée britannique, la reine Sade est elle aussi née au Nigéria. Plus récemment, le duo Ibeyi emprunte son nom au Yoruba, langue nigériane dans laquelle il signifie « jumelles »…

Jumelles et nigérianes, comme les sœurs Lijadu. Taiwo and Kehinde naissent à Jos, à l’est de la capitale Abuja, le 22 octobre 1948. Leur mère les pousse vite vers la musique et le chant, les abreuvant de disques nigérians et ouest africains autant que d’Aretha Franklin ou de Ray Charles. Influences musicales diverses qui feront le terreau de leur propre style musical : un mélange d’afrobeat, de jazz, de disco et de funk. Une version africaine des Pointer Sisters, dira-t-on.

 

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Métissage musical

Le duo façonne une musique éclectique, mêlant guitare électrique et « tambour parlant » – « dumdum » en Yoruba – un instrument traditionnel au son fascinant, présent dans l’introduction de chacun des morceaux qui composent Horizon Unlimited.

Dès le morceau d’ouverture, Orere-Elejigbo, on se frotte à l’afrobeat. Comme une envie de se lever ? Puis, l’afrobeat côtoie la funk tout autant que le rock, la pop et la musique traditionnelle Yoruba.

Les paroles, majoritairement en Yoruba, parfois en anglais, les deux sœurs les écrivent depuis l’enfance. Sous l’influence de Franklin, Makeba, Charles et de Kuti (qui est en réalité leur cousin issu de germain), elles prennent souvent une tournure revendicatrice. Kehinde explique : « All our records include songs with deep messages. Artists should be the voice of the world*. » Pas seulement tournées vers la politique, les soeurs Lijadu composent aussi des odes joyeuses, comme Gbowo Mi chanté au piano et percussions, hommage à Oshun, la déesse des rivières en Yoruba.

*« Tous nos disques comprennent des chansons avec de profonds messages. Les artistes devraient être la voix de ce monde. »

 

Le déclic Biddy Wright

Biddy Wright est, pour les sœurs, une rencontre déterminante. Le talentueux multi-instrumentiste et arrangeur est aussi à l’aise avec la musique traditionnelle Yoruba que le rock et la pop. À ses côtés, elles se permettent toutes les libertés. De leur premier album Urede, jusqu’à Horizon Unlimited, il les accompagne tout au long de leur discographie.

Les sœurs n’ont enregistré que 5 albums : une carrière bien brève comparée à la longévité d’un Fela. Dans une industrie musicale nigériane à la fin des années 1970 largement dominée par les hommes, elles ne semblent pas avoir eu la tâche facilitée par leur sexe…

 

Où sont les femmes ?

Dans la vidéo ci-dessous extraite du film de Jeremy Marre : Konkombe, The Nigerian Pop Music Scene tourné aux alentours de 1979, on retrouve Taiwo et Kehinde qui explique ce qu’elles pensent de leur maison de disques : « They don’t give one fig about the artists !». Elles expliqueront plus tard : « The music business was hard for women in Nigeria. Back then, they didn’t think women had brains. ».*

On comprend aisément que ces difficultés n’aient pas été un accélérateur pour leur carrière. Le coup de grâce est donné quand Kehinde se blesse gravement en tombant dans les escaliers de leur appartement new-yorkais…

 *Ils s’en foutent de leurs artistes ! 
** L’industrie musicale était dure pour les femmes au Nigeria. À l’époque, on pensait que les femmes n’avaient pas de cerveau

 

Come Back

… Puis arrive 2011. Knitting Factory Records, le label connu pour son travail de réédition des disques de Fela Kuti –  toujours lui – décide de represser leurs 4 derniers albums des Lijadu, devenus alors introuvables. Kehinde s’est depuis remise de sa blessure, les jumelles précurseuses et novatrices sortent de l’ombre et de la pratique religieuse dans laquelle elles s’étaient plongées ces dernières 20 années et les repress sont maintenant épuisés.  : “We are back, and we are going to perform again », jurent les jumelles. Wait’n’see.

 

Paloma Colombe

 

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