JEUDIG’ #22 // ‘Mauvaises nouvelles des étoiles’ de Gainsbarre (1981)

Aujourd’hui, je dig Mauvaises nouvelles des étoiles de Serge Gainsbourg (1981)

 

L’idée de génie d’un producteur

« Alors je me trouvais là, dans ce lieu à moitié désert et je n’entendais rien d’intéressant. Minuit arriva mais les punks ne sont pas montés sur scène. En attendant, le DJ passait de vraies pépites – du punk et du reggae. Alors ça m’est venu, comme un éclair (…) j’ai appelé Serge et j’ai dit,  ‘Il faut qu’on aille en Jamaïque enregistrer un album reggae’. ‘Banco!’, m’a-t-il répondu. »

C’est Philippe Lerichomme, le producteur de Gainsbourg, qui lui suggère le premier d’enregistrer un album reggae, en 1979. Ce sera le premier volet du diptyque reggae, Aux armes et caetera.

 

« Quand Gainsbourg se barre, Gainsbarre se bourre »

Septembre 1981. Aux armes et caetera a été un grand succès critique, commercial – et a surtout fait polémique. Sa Marseillaise reggae fait couler autant d’encre que monter du sang aux joues – et aux poings – des militaires parachutistes notamment qui parviennent à faire annuler un concert à Strasbourg en 1980. Ce n’est pourtant pas le premier à se prêter à l’exercice de la réinterprétation de l’hymne national : les Sex Pistols avec God Save The Queen ou Hendrix avec The Star-Spangled Banner joué à Woodstock en 1969 ; eux aussi ont déchaîné les passions…

Dans La nostalgie camarade, Gainsbourg se venge de ses ennemis jurés en dénonçant et condamnant leurs crimes. Construite comme un dialogue entre un para et un camarade, le para justifie ses actes par un sentiment de « nostalgie » hyper-réactionnaire… C’est un vrai portrait au « canif » qu’il dresse.

 

Du chaos naît les étoiles

Malgré le succès d’Aux armes et caetera, Gainsbourg vit une rupture douloureuse avec Jane qui, lassée de ses frasques, l’a laissé seul et reclus dans son hôtel particulier du 5bis rue de Verneuil. Dans les vapes du cocktail clopes-bullshots (vodka, bouillon de bœuf, tabasco), il décide d’enregistrer le second volet du diptyque.

Gainsbarre se barre, donc. Il s’enlove au Compass Point Studios de Nassau aux Bahamas où il compose Overseas Telegram, une lettre d’amour et de rupture à Jane, outre-Atlantique.

Et puisqu’ « on ne change pas une équipe… » il s’entoure des mêmes musiciens que sur l’album précédent : Robbie Shakespeare à la basse, Sly Dunbar à la batterie, Mikey Chung à la guitare, Dougie Bryan à la guitare rythmique, Ansel Collins à l’orgue, le célèbre percussionniste Uzziah « Sticky » Thompson et les I-Threes, le trio de choristes de Bob Marley & The Wailers qui comprend Rita Marley, la femme de Bob.

En quelques nuits blanches, les paroles sont écrites et en quelques jours, l’album est enregistré. Son titre ? Mauvaises nouvelles des étoiles.

 

Un deuxième volet sous-estimé

L’album tient son nom d’un tableau de Paul Klee de 1913 acquis par Gainsbourg qui nous rappelle que sa passion première était la peinture.

serge_gainsbourg peintre tafmag jeudig paloma colombe

Ce deuxième volet du diptyque reggae, quatorzième album studio, est resté dans l’ombre d’un premier album, trop connu ? Certains le disent « bâclé » ou « inabouti », oubliant l’absence de lien de cause à effet entre la brièveté du temps de composition et d’enregistrement et la densité d’une oeuvre.

Ses détracteurs rappellent à l’envi la présence du titre Evguenie Sokolov, création d’un Gainbarre provocateur resté bloqué au stade anal – on y entend des bruits des pets –, l’utilisant comme argument d’un manque de crédibilité… Mais depuis quand apprécie-t-on Gainsbourg – pour son sens du sérieux ?

Humour noir, mélancolie, farces douteuses se côtoient ici en douze titres moins ensoleillés que dans l’album précédent dont il se révèle en fait complémentaire, indispensable, comme les deux faces de la même médaille. Mais comment ignorer qu’entre les deux albums a eu lieu une tragédie pour le monde du reggae : la mort de Bob Marley…

Shush Shush Charlotte, lettre d’amour tendre paternel pour sa fille Charlotte :

« Ce n’est pas Bob Marley qui a initié la France au reggae, » se vantait Serge dans l’un de ses moments historiques d’emphase, « c’est moi ! ». Alors Gainsbourg s’est barré.

 

Paloma Colombe aka. Double Dove

 

 

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