JEUDIG’ #21 // ‘Be Thankful For What You Got’ de William DeVaughn

Aujourd’hui, je dig Be Thankful For What You Got de William DeVaughn

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Sur la Highway One

Octobre 2011 à San Francisco. Un samedi d’été indien, nous décidons d’emprunter pour le week-end la Highway 1, route culte qui longe la Californie sur la côte Pacifique, du Sud de Los Angeles jusqu’au nord de San Francisco, en passant par les villes évocatrices de San Luis Obispo, Santa Cruz ou Big Sur.

À travers les fenêtres et le toit grands ouverts, nos peaux se repaissent des rayons du soleil californiens : d’un éclat sans pareil, dorés et enveloppants, c’est cette lumière qui a inspirée tant de photographes et d’artistes. Même Sartre et de Beauvoir y ont goûté…

Allongée sur la banquette arrière, je me laisse imperceptiblement envahir par la douce plénitude de ces instants – que l’on devine en les vivant déjà – uniques.

Le regard flou, perdu dans la vague de l’immensité Pacifique, sur la route mère des beatnicks qui nous amènera dans quelques heures à la dernière demeure d’Henri Miller, je m’assoupis, bercée par les paroles de ce morceau – de cette caresse, devrais-je dire – inconnu qui vient parachever la beauté du voyage.

« Though you may not drive a big, big Cadillac
Gangster whitewalls, TV antenna in the back
You may not have a car at all
But just remember brothers and sisters
You can still stand tall
Just be thankful for what you’ve got »

 

Fonctionnaire du Philly Sound

William DeVaughn, natif de Washington, produit avec Be Thankful For What You Got, un morceau dans la lignée du Philly Sound. Le ‘Philadelphia Sound’, on en parlait déjà dans notre sixième Jeudig’ sur Billy Paul.

Le tenor n’est pourtant pas musicien ni chanteur de formation mais… fonctionnaire d’état. C’est dans son temps libre qu’il il écrit cette chanson : A Cadillac Don’t Come Easy qui deviendra, en 1972, le hit Be Thankful for What You Got. À cette époque, on peut, contre une poignée de dollars, s’entourer d’excellents musiciens pour enregistrer ses morceaux. William décide de collecter toutes ses économies (un total de 900 dollars) pour emmener son titre dans les mythiques studios du son de Philadelphie : les Sigma Sound Studios.

 

Rencontre décisive avec le MFSB

C’est au Sigma Sound que le MFSB – pour Mother Father Sister Brother – l’excellent groupe de musiciens de studio enregistre pour les stars du Philly Sound. C’est notamment eux que l’on peut entendre sur plusieurs albums de Billy Paul.

Au Sigma Sound, William a la chance de faire la rencontre de John Davis, membre du MFSB. En plus de compter d’excellents musiciens, le groupe possède aussi d’excellents arrangeurs et producteurs. Le talent de production de John Davis, au service de la composition et de la voix de William DeVaughn, produit un chef-d’oeuvre absolu.

Et ce sont les musiciens du MFSB que l’on peut entendre sur l’album avec entre autres, Vince Montana au vibraphone. Le « parrain » de la disco.

 

Hit planétaire…

À sa sortie au printemps 1974, le titre est un gigantesque tube et fait presque deux millions de ventes. Aux Etats-Unis, il atteint la première place des charts. En Angleterre aussi, le titre atteint aussi des sommets…

… Et une carrière-éclair

Avec sa voix de aigüe, ses paroles optimistes et ses mélodies smooth, DeVaughn est souvent comparé à Curtis Mayfield… Dont il ne partage cependant pas l’engagement, ni la longévité de la carrière.

Il se lasse vite du milieu de la musique et revient à sa première carrière de fonctionnaire après seulement deux albums. Aujourd’hui âgé de 68 ans, on l’imagine coulant des jours heureux à Washington D.C et croulant sous les royalties de son énorme tube. Envie de road-trip peut-être ?

« Diamond in the back
Sunroof top
Digging the scene with a gangster lean »

Pépite moderne : en 1991 dans son premier album, Blue Line, Massive Attack reprend « Be Thankful » :

 

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