JEUDIG’ #20 // ‘Curtis’ de Curtis Mayfield

Aujourd’hui, je dig de Curtis de Curtis Mayfield paru en 1970

jeudig tafmag curtis mayfield 

Treize ans, des pattes d’éph et du narguilé

C’est chez mon pote Brayat que j’ai découvert Curtis. J’avais douze ans-. Peut-être treize. Brayat, un beau brun avec la peau mate, avait les cheveux si bouclés qu’ils en étaient presque crépus. Il les portait longs, en afro. On passait nos samedis soirs dans sa petite chambre en mezzanine, avec la bande de copains. Pantalons patte d’éph’, tissus bariolés, grosses bagues berbères et effluves de nos narguilés fraîchement rapportés du Maghreb. C’est dans cette chambre que l’on découvre, interloqués, la puissance de ce titre d’ouverture :

 Sisters, niggers, whities, jews, crackers : don’t worry ! If there’s hell below, we’re all gotta go!

 

Premières années : gospel et The Illusions

Curtis Mayfield naît à Chicago le 3 juin 1942. Sa mère lui apprend le piano dans ses premières années et il n’a que 7 ans quand il commence à chanter dans une chorale gospel. Il en a 14 quand il rejoint The Roosters, groupe qui deviendra en 1956, The Impressions.

Curtis saisit l’opportunité d’un départ du leader du groupe pour le remplacer. Il compose alors plusieurs morceaux qui deviendront incontournables : We’re a winner, l’hymne du Black Power en 1965 et Keep On Pushing, celui du mouvement des droits civiques.

 

Icône de la fierté noire

Sans le vouloir, Mayfield écrit la BO d’un été de révolutions. Tous les étudiants afro-américains chantent ses chansons lors des manifestations. Martin Luther King utilise même Keep On Pushing, People Get Ready et We’re A Winner pour leur capacité à motiver les manifestants.

 

“With everything I saw on the streets as a young black kid, it wasn’t hard during the later fifties and sixties for me to write my heartfelt way of how I visualized things, how I thought things ought to be.”
– Curtis Mayfield

 

Dans Curtis, son premier album solo sorti en 1970, on trouve déjà les thèmes qu’il développe au fil de sa discographie : dans Miss Black America, Wild & Free et Move on Up, Mayfield est l’un des premiers soulmen à mettre au centre de ses textes les difficultés rencontrées par la communauté noire, à l’instar de James Brown ou de Sly Stone. Mais toujours en prônant l’espoir :

Hush now child and don’t you cry / Your folks might understand you by and by / So in the meantime, move on up towards your destination / Though you may find from time to time complications
– Move On Up

 

Superfly, la B.O culte

En 1970, Curtis Mayfield quitte The Impressions pour Curtom Records, label connu pour ses signatures soul. Deux ans plus tard, avec son album Superfly, BO du film du même nom, sa carrière atteint son apogée. Il n’est certes pas le premier à se prêter à ce jeu de la compo pour un film de blaxploitation, comme Isaac Hayes avant lui avec Shaft, mais contrairement à ce dernier, Mayfield ne glorifie pas le héros dans tous ses excès… Dans les colonnes de Rolling Stone, on peut d’ailleurs lire que « le message anti-drogue de Mayfield est bien plus fort en réalité que le film lui-même ». Pauvreté, criminalité et drogue dans les ghettos en sont les thèmes récurrents.

Superfly devient un album culte, étendard d’une nouvelle conscience sociale aux côtés de What’s Going On de Marvin Gaye ou de  Innervisions de Stevie Wonder.

 

New World Order

Après des années 70 et 80 foisonnantes, la carrière scénique de Mayfield est abrégée par un malheureux accident scénique en 1990 à Brooklyn, qui le paralyse. Cela ne l’empêche pas de continuer à composer et à chanter : son dernier album, New World Order, sort en 1996. Sa carrière est couronnée par deux Grammys en 1994 et en 1995. Il nous quitte en 1999 mais son pouvoir magique et révolutionnaire continue à créer des chocs musicaux et esthétiques chez des générations de jeunes gens dont nous faisons tous partie…

 

Paloma Colombe

About The Author: