JEUDIG’ #18 // Cette semaine, on dig le ‘Soleil soleil’ d’Ahmed Fakroun

Aujourd’hui, je dig Soleil soleil de Ahmed Fakroun (1983 chez Paris Disques)

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Fender bass et darbouka

Ahmed Fakroun est né à Benghazi en Libye en 1953. Son intérêt se porte, depuis tout petit, vers les musiques de tout horizon : aussi bien les musiques traditionnelles de son pays que l’Inde ou les productions internationales, pop et rock en particulier.

Il joue aussi bien d’instruments « traditionnels » : oud – un instrument à cordes pincées très répandu au Moyen-Orient -, saz, mandoline, darbouka… que d’instruments « occidentaux » : basse, guitare, claviers, harmonica.

Le multi-instrumentiste, compositeur et chanteur est un pionnier de ce qu’on appelle la « world music », cette expression fourre-tout censée regrouper les musiques ayant des influences traditionnelles. Cela s’applique pourtant davantage aux musiques africaines, asiatiques ou océaniennes qu’au bon vieux biniou breton. On évitera ainsi d’employer ce terme peu éloquent.

 

Le « son Fakroun »

Sa curiosité le pousse hors de sa Libye natale ; en Italie, puis en France. C’est d’ailleurs chez Disques Paris que sort, en 1983, son futur tube : Soleil soleil.

Le clip, devenu culte, a amplement participé à la diffusion du titre. Clipé par Jean-Baptiste Mondiano, Coluche y incarne une épave avachie devant la télé. Il y fantasme ses visions arabisantes et colorées, bien plus galvanisantes que celles de son écran brouillé… Fruit d’une imagination candide et débordante, prise alcaloïde hallucinatoire ? On vous laisse vous faire votre propre avis :

La musique que Fakroum compose, dès le milieu des années 70, emprunte autant à l’Orient qu’à l’Occident. Dès son premier EP, Auidny,  il affirme déjà un style bien personnel, mélange de sonorités et d’instruments arabes avec des compositions électroniques. Le rythme, lui est calqué sur la dance music.

 

Retour difficile dans une Libye ostracisée

Ahmed poursuit son travail d’harmonisation et de compréhension des cultures musicales mondiales après qu’Auidny a fait de lui une star dans le monde arabe.

Mais quand il retourne en Libye au milieu des années 80, le pays traverse une période de crise, avec, notamment, en 1986, les bombardements meurtriers par les Etats-Unis des villes de Tripoli et de Benghazi. La Libye connaît par la suite des années de sanctions internationales qui entravent la liberté des citoyens.

Le renforcement des frontières ne complique pas seulement la tâche des libyens voulant quitter le pays : il imperméabilise aussi les échanges culturels avec le reste du monde.

Alors qu’on commence à exporter le raï des algériens Khaled et Cheb Mami, Fakroun ne bénéficie pas de cette exposition de la musique maghrébine en Europe. Sa carrière est sur le déclin. Comme il le dit lui-même, sa revue de presse prend un brusque coup d’arrêt avec les bombardements américains de 1986.

 

Redécouverte sur le tard

Mais en 2007, un DJ new-yorkais, Prince Language, retombe sur Soleil soleil. Il la réédite sous un nouveau nom : Yo Son.

Les clubbers trempent la piste. Les journalistes trempent la plume, comparant l’edit de Prince Language à une « pépite 80’s » digne d’une reprise d’un « groupe de R&B arabe par les Talking Heads ».

2007 ne connaît pas encore Shazam, on trépigne de savoir qui est l’auteur de Yo son. Un blog musical finit par retrouver son auteur : Fakroun.

Quelques mois plus tard, un collectif de DJs français, Les Edits du Golem, sortent sur leur EP un titre nommé Pyramide qui est en fait un edit de… Nisyan, autre morceau de la star libyenne, paru en 1977.

En tout cas, ce n’est pas Fakroun qui se plaindra de ces 2 edits. Tout interdits qu’ils sont, ils ont largement contribué à lui rendre ce qui lui appartenait en propre. Il se dit heureux que ces morceaux soient « restés dans la tête des gens grâce à des DJs qui les jouent, les éditent, les renouvellent… » avant d’ajouter : « Du moment qu’ils respectent le copyright… ».

 

Paloma Colombe

 

 

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