JEUDIG’ #16 // ‘What You Won’t Do For Love’ de Bobby Caldwell, crooner blanc

Aujourd’hui, je dig What You Won’t Do For Love de Bobby Caldwell.

 

Black or White?

What You Won’t Do For Love : derrière ce timbre de voix, on imagine sans trop d’effort un chanteur soul noir… Et pourtant.

La culture afro-américaine domine indiscutablement le rythm and blues et la soul aux États-Unis dans les années 1970. Dans les Jeudigs de Billy Paul, Leon Ware, Leo’s Sunshipp ou encore celui de Donald Byrd et Marvin Gaye, on a montré que la musique a été pour les américains d’origine africaine, une véritable arme d’affirmation.

On le redisait encore la semaine dernière dans l’article sur le brit-funk de Central Line. De ce côté-ci de l’Atlantique aussi, la musique permet de faire bouger les lignes. Dans les clubs, ça se traduit par plus de mixité. À la ville, par des collaborations entres artistes blancs et artistes noirs de plus en plus fréquentes.

 

Stratagème

Mais revenons-en à Bobby Caldwell. What You Won’t Do For Love est signé en 1978 chez TK Records, le label disco-soul de Floride.

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Cover de ‘What You Won’t Do For Love de Bobby Caldwell

La pochette de l’album, stylisée, dessine la silhouette d’un homme en ombre chinoise. Il est assis sur un banc dans une posture qui le laisse apparaître plutôt détendu, au moment de ce qui pourrait être le lever ou le coucher du soleil. De l’homme, on ne peut distinguer les traits, seulement son allure et le chapeau qu’il porte. Avec une telle pochette, comment ne pas imaginer Bobby en crooner noir ?

Mais à une époque où le rythm & blues qui passe sur les ondes est, on l’a dit, largement dominé par des musiciens afro-américains, TK Records n’a aucun intérêt à afficher l’exception dont Bobby Caldwell fait figure. D’où la représentation via sa silhouette sur la pochette et une communication volontairement approximative autour de l’artiste.

Mais Bobby Caldwell est blanc. Né le 15 août 1951 à New York, c’est à Miami qu’il passe la plus grande partie de sa carrière et rencontre les gars de TK Records.

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On s’en doute, le secret de sa couleur de peau ne pourra plus être caché par le label dès les premiers concerts de l’artiste… L’histoire ne dit cependant pas que le public de Caldwell décroisse pour autant. Il séduit avant tout par son sens délicat et affûté des codes du rhythm and blues qu’il maîtrise parfaitement et parvient à transcender. What You Won’t Do for Love, paru en 1978, en est la preuve évidente.

 

 « Soul aux yeux bleus »

Blue Eyed Soul. C’est le terme spécialement conçu pour désigner ces chanteurs soul aux « yeux bleus ». Autrement dit, les blancs. Bobby Caldwell, auteur-compositeur-interprète-claviériste-guitariste, brille par son talent. Dans cet album, il est partout : à la guitare sur My Flame, une belle balade qu’il aurait aimé faire tube. Mais c’est le titre éponyme  (B2) qui battra tous les records. En effet, après une première mouture de l’album qui ne satisfait que raisonnablement son producteur car il n’y entend pas encore le tube espéré, ce dernier a le nez fin en lui proposant d’entrer en studio une seconde fois. C’est là que Bobby Caldwell enregistre ce titre, qui entrera dans tous les tops 10.

La part belle est aussi faite à la disco, dans Special To Me (A1), Love Won’t Wait (A3) : disco, disco toujours… Down For The Third Time, dernier titre de la face B, fait définitivement son entrée dans la liste des morceaux sous-estimés de l’album, ainsi que dans notre playlist estivale. Hop-là.

 

Un tube passé à la postérité

Dès sa sortie, l’album est acclamé et rapidement reconnu par ses pairs. What You Won’t Do for Love est repris dans la foulée par Roy Ayers, puis c’est Michael Boothman ou encore Phyllis Hyman qui livrent leurs re-lectures du tube.

Toute la nouvelle génération d’artistes R&B s’y colle. Le morceau est samplé par 2Pac, dans son morceau Do For Love, par les reines Aaliyah, Tatyana Ali ou encore Erykah Badu. Et 53 (oui, 53) autres versions, selon le site whosampled.com.

La musique de Bobby Caldwell – et celle d’autres grands soulmen aux « yeux bleus » comme Van Morrisson par exemple -, prouve que les barrières entre les styles musicaux tendent à être de plus en plus poreuses au fil des années 70. Et c’est ce qui la rend si riche…

Quant à nous, la première saison de Jeudigs s’arrête ici ! En attendant la rentrée, avec de nouvelles découvertes, de nouveaux morceaux à ajouter à vos playlists et de nouvelles histoires à vous raconter en musique, on se quitte sur ce slow de Bobby. Bel été !

 

Paloma Colombe

 

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