JEUDIG’ #15 // ‘Walking Into Sunshine’ de Central Line. Où comment bien préparer les vacances

Aujourd’hui, je dig l’EP Walking Into Sunshine de Central Line, paru chez Mercury en 1981.

Too many rainy days

La version 12’’ en maxi ci-dessus reste la meilleure mais le clip du radio edit vaut quand même le coup d’œil. On y découvre le groupe défendre une version live survitaminée du titre tandis que pendant les plans de coupe, on reconnaît les membres du groupe, accoutrés en ouvriers besogneux portant de lourdes statues dans une ville froide et sombre.

Dans un sursaut d’inspiration inconsciente (ou inavouée ?), Central Line n’auraient-ils pas tenté de nous offrir une version funk de Blanche-Neige et les Sept Nains ?

L’humour est en tout cas présent dans ce clip dualiste où les trimards opposent à leur dure vie de labeur, les visions d’une vie d’oisiveté éternelle. On y retrouve les cinq potes rêvant sous un palmier peint en trompe-l’œil…

Too much rainy days
Rainy days
Find so much lazy ways
Lazy ways

I’ve got to get away, baby
This kind of life is not for me

 

Phoenix de la Brit-funk

Central Line est un groupe londonien de la fin des années 70, début des années 80 qui a appartenu à la vague du Brit Funk en même temps que des groupes comme Hi-Tension, David Joseph ou encore Loose-Ends. Leur nom est évidemment une référence à la Central Line, la ligne de métro qui traverse Londres d’est en ouest, ainsi que, dit-on, à leur son qui serait un ‘équilibre parfait’ entre soul et funk.

Le groupe, tel le phénix, naît des cendres de TFB, formation est-londonienne au nom qui ne cache pas son jeu : TFB pour Typical Funk Band. Le batteur, Errol Kennedy, rejoindra plus tard la grosse machinerie funk Imagination connue pour son Just An Illusion.

Le premier single de Central Line, Wot We Got est un hit et le groupe tourne rapidement avec des stars : Roy Ayers, Grover Washington, Fat Larry’s Band…

 

Un nouveau genre en mouvement

Le Brit Funk participe à la reconnaissance du son noir par les artistes blancs en Grande-Bretagne. Wham!, le duo pop formé par George Michael et Andrew Ridgeley, pour ne citer qu’eux, lorgne clairement du côté de ce revival pour lancer sa carrière au début des années 1980.

La popularité grandissante du genre dans les années 1970 avait déjà fait tomber quelques barrières raciales dans les clubs londoniens, tandis qu’artistes blancs et noirs sont amenés à travailler ensemble.

I’ll up and fly away
Where the sun always shine
Eight days a week

Cause there’ll be sunshine
Yes, I’ll be walking into sunshine
Sunshine, give me the sun
Rainy days will all be gone

 

Walking Into Sunshine est un énorme hit, à sa sortie en été 1981, sur les dancefloor et chez les disquaires. C’est à la même période qu’on lieu les premières émeutes meurtrières qui écorchent le sud londonien, à Brixton.

Comme souvent, la funk et la disco sont des genres qui cachent bien leurs jeux. Sous des dehors entraînants, upbeat, avec un clip manichéen et une pochette digne du plus cheesy de la disco ‘sunshine’, les paroles sont une réponse au climat étouffant.
Brixton 81 Looting BW

I could board a bus
I’m checking into my early flight
I’ve got to get away
To see what’s right for me

 

Softpower ?

Que faire quand tout fout le camp ? Quand on appartient à une catégorie marginalisée, paupérisée et que personne ne bouge pour nous sortir de l’ornière ? Quand des policiers impartiaux et barbares perpétuent les inégalités par des actes tristement actuels, faisant régner la terreur ? [Lisez ici l’article de Libération datant d’août 2011 sur le parallèle sur le fantôme des émeutes raciales des années 1980].

La réponse de Central Line dépasse la simple réponse musicale. Elle est politique : prendre sa voix la plus douce, l’assortir à son plus beau sourire, écrire un morceau qui tue. Rappelez-vous, James Brown l’avait crié en 1968 : Say it loud, I’m black and I’m proudQuand le beat est une arme.

Walking by the sea
That’s when I’ll be free
(No one to hurry me)

I can do as I please
And my mind is at ease
I won’t need worry at all

I gotta get away
I gotta do it now
Gotta walk into the sun, ha ha…

 

 

Paloma Colombe

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