JEUDIG’ #11 : ‘Where Is My Man’ d’Eartha Kitt

Aujourd’hui, je dig Where Is My Man d’Eartha Kitt (Streetwise)

De « la jaune » à « Miss Kitt »

Eartha est née en 1927 dans les plantations de coton du petit village de Saint Matthews, en Caroline du Sud, d’un rapport non consenti entre une esclave d’origine africaine et Cherokee et un père blanc. Il s’agissait probablement du fils du propriétaire de l’exploitation, sans que cela puisse jamais être confirmé. Eartha n’a d’ailleurs connu sa date de naissance exacte qu’à l’âge de… 71 ans.

La petite métis est alors rejetée en raison de la couleur de sa peau , « ironiquement autant par les Noirs que par les Blancs », témoignera plus tard sa fille Kitt Shapiro. En effet, celle qu’on appelle grossièrement « la jaune » est même écartée par sa mère qui n’hésitera pas à l’abandonner quand elle trouvera un homme. À la mort de sa mère, Eartha est envoyée chez une cousine à New York. C’est une chance que la petite ne tardera pas à saisir : la future star n’a alors que 8 ans. C’est elle que l’on surnommera bien plus tard, partout dans le monde et jusqu’à la Maison Blanche, « Miss Kitt ».

La danse est le premier art auquel Eartha s’adonne en rejoignant en 1943, la Katherine Dunham Dance Company, première compagnie afro-américaine et antiségrégationniste de danse contemporaine. Elle part en tournée jusqu’en Europe où elle apprend notamment le français. À son retour, l’artiste interprète ce qui sera un de ses tubes de la première période de sa carrière de chanteuse, C’est si bon !


« Most exciting woman on the planet »

Eartha danse, chante et joue. Ses performances sensuelles à Broadway la font d’ailleurs remarquer en 1950 par un dénommé Orson Welles. Ce dernier l’embauche dans le rôle d’Hélène de Troie pour sa pièce The Tragical History Of Doctor Faustus. Après leur collaboration, Welles qualifiera la multi-talentueuse artiste de « Most exciting woman on the planet ». Rien que ça !

La carrière de comédienne d’Eartha se poursuit dans les années 1960 pendant lesquelles elle incarne la première Catwoman noire dans la troisième et dernière saison du Batman télévisuel, faisant même voler en éclat les tabous des relations mixtes en flirtant à l’écran avec le Batman blanc, Adam West. Elle devient aussi activiste du mouvement des droits civiques dans les sixties et se déclare contre la guerre du Vietnam. La CIA ne manque pas de la ficher, lui affublant l’étiquette un tantinet sexiste de « sadique-nymphomane ». Eartha doit quitter les Etats-Unis avec sa fille mais elle ne s’arrête pas de chanter…

 

Tube disco planétaire

En 1983, Eartha alors âgée de 56 ans sort l’EP qui nous intéresse ce jeudi. Where Is My Man paraît sur le label new-yorkais Streetwise, connu pour une sélection musicale pointue, de Loleatta Holloway à New Edition, pour ne citer qu’eux.

Le morceau Where Is My Man, rapidement suivi par l’album I Love Men l’année suivante, prouve qu’Eartha, en plus d’être une artiste polyvalente, possède aussi la capacité de se renouveler. On est là bien loin de Santa Baby, son tube de Noël sorti trente ans plus tôt, en 1953 qui fût un succès planétaire.

Where is my man?

I need a man who can bring my relief,
From all the stress and strains of the day with just a tiny stroll thru Cartier
Eartha Kitt, Where is my man

Dans Where is my man, elle interprète, de râles incandescents en soupirs mystérieux, une femme vénale qui attend le retour de son homme pour aller faire un tour chez Cartier. « Where is my baby when will he start? To use his Visa right to my heart » Avec ce tube disco, elle devient une icône des dancefloors, en particulier ceux de la communauté gay. Sur la pochette de l’EP, Eartha pose, ornée d’un turban, ongles et rubis flashy, telle une divinité exotique.

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Avant de s’éteindre en 2008, l’étoile métis aux multiples talents déclarait : « I’m an orphan. But the public has adopted me, and that has been my only family. » On ne se lasse pas de faire tourner son EP suave sur nos platines.

 

Paloma Colombe
Where Is My Man d’Eartha Kitt, paru en 1983 sur le label new-yorkais Streetwise

 

 

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