JEUDIG’ #10 : La funk hawaïenne de Nohelani Cypriano

Aujourd’hui, je dig Nohelani de Nohelani Cypriano

L’archipel américano-océanien d’Hawaï est d’une richesse musicale peu connue. Pourtant, quand on pense à cette musique, on pense souvent seulement à ses éternels clichés : ukulélé, « lap steel » guitare, jeu « slack key », contrebasse… Cet album de Nohelani Cypriano enregistré en 1979 nous offre, bien avant que ce soit une norme, un voyage funk, oui, mais sous les cocotiers.

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Disco, funk, touristes et drogues

Tout comme la musique brésilienne, la musique hawaïenne est de par son histoire, un vivier de brassage culturel. Ainsi, dans les années 1970 et 1980, Honolulu bouillonne. La musique live « traditionnelle » est omniprésente. Les bons musiciens courent les rues et les club. C’est également à cette période que disco et funk font leur entrée dans les clubs de la capitale en même temps qu’y affluent les touristes, en masse, et la drogue.

Du mélange de la musique traditionnelle – colliers de fleurs, chants maori et danses hula – avec des musiques noires du continent américain dont les 137 îles hawaïennes dépendent, naît cet album culte : Nohelani.

Les chants d’oiseaux qui ouvrent ce groove tropical nous transportent dans une douce rêverie à Lihue, sur l’île de Kauai ; l’« île jardin » du Pacifique, comme on la nomme… Nohelani, en tenue arc-en-ciel, danse dans un clip tourné au Paradise Park d’Honolulu, « Memories of You and Me in Lihue ».

 

« I don’t write typically Hawaiian songs, but definitely living in the Islands has influenced my music and writing » – N.C

 

Héritage hawaïen

Nohelani Cypriano, « brume céleste » en hawaïen, revendique l’héritage de la musique hawaïenne traditionnelle légué par sa mère. Cette dernière, multi-instrumentiste et chanteuse, est une figure de la scène musicale du quartier de Waikiki – quartier qui donne son nom à la célèbre plage. Dans les bars d’hôtels et les clubs où elle se produit, elle partage parfois l’affiche avec une certaine Billie Holiday…

Dans ce contexte, Nohelani enfant apprend piano, guitare et basse et commence à chanter tout juste adolescente.

Mère et fille voyagent ensemble, parfois jusqu’au Japon, et se produisent en duo. Puis Nohelani s’émancipe et intègre ses premiers groupes : un girls band tout d’abord puis, à la fin des années 1970, un groupe jazz-psych-rock, Golden Throat dont les albums ne sont pas passés à la postérité.

« We tried to create a new sound for the Islands, and came up with songs and arrangements that incorporated funky beats and vocals, toere, drums, slack key guitar, and blended them together » – Nohelani Cypriano

Après cette expérience, elle se lance en solo  avec l’album qui nous intéresse aujourd’hui ; son tout premier, Nohelani. [N.B. Sur tous les autres supports, l’album s’appelle Around Again.]

 

 

Un classique de black music

Si l’album est resté un classique près de quarante ans après sa sortie et qu’il tient sa place dans les tous les classements des meilleurs albums de black music de l’archipel, c’est que Nohelani n’a pas hésité à mélanger tous ses styles musicaux favoris.

L’album est souvent répertorié « funk-soul » ou bien dans une sous-catégorie « funk hawaïen ». C’est en fait bien plus que ça.

En effet, cette fan de Steely Dan, de Earth, Wind and Fire, des Beatles ou encore de Chaka Khan a pu produire des tracks mainstream avec une production américaine : Dancin’ in the streets par exemple, reprise de la classique chanson du même nom plus connue dans sa première version de Martha and the Vandellas :

Et puis Moon Of Monakoora, standard hawaïen repris à la perfection et qui est l’une de mes préférées. Des percussions aux poétiques paroles insulaires, on voyage : « The moon of Manakoora filled the night / With magic Polynesian charms / The moon of Manakoora soon will rise again / Above the island shore »

Il y aussi South Sea island magic et sa ligne de basse carrément funk ou l’expérimentale balade You Are So Beautiful qui mélange des paroles en hawaïen à un style musical plus mainstream.

 

Un joyau méconnu

À sa sortie, le titre Lihue est un grand succès, en radio en particulier et ce jusqu’aux USA. Ce succès est dû entres autres à la parution du titre sur la compilation Homegrown II : les DJs du monde entier pouvaient le jouer alors que le vinyle était introuvable depuis son pressage original sur HanaOla records.

Le joyau a été réédité par Be With Records l’année dernière seulement (2015) ; ce label londonien qui nous régale de ses rééditions exotiques. On conseillera, pour poursuivre cette virée musicale tropicale, l’excellent In the music…The Village Never Ends de Letta Mbulu, autre sortie de Be With.

 

Paloma Colombe

 

 

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