PORTRAIT// Jérôme Barbosa : Viva la Psychose

Robert Crumb le décrit comme un « outsider aliéné »*. Avec « Viva la Psychose » sa nouvelle expo très lowbrow, Jérôme Barbosa dessine en noir et blanc, avec humour et à la limite du politiquement correct, un monde boiteux rongé par la propagande médiatique.

Jerome Barbosa Spacejunk tafmag

C’est à Bayonne en septembre dernier que Jérôme Barbosa a ouvert la douzième saison artistique de Spacejunk, réseau associatif de centres d’art dédié à la nouvelle création contemporaine. L’expo se déplacera à Lyon le 28 novembre. L’artiste y présente ses dessins, ses colères et ses obsessions.

Né en 1978 et avant d’être illustrateur, Jérôme Barbosa est photographe. C’est dans les manifs anti FN en 2002 que lui vient la passion du reportage. Photographe humaniste, il a capturé le quotidien de drogués du centre d’Athènes et photographié la communauté Molokane en Arménie. Même s’il a pris des cours de dessin étant petit, il a attendu les manifs anti-CPE de 2006 pour retoucher à un crayon. Appareil photo en main dans les rues de Paris, il sympathise avec un peintre venu lui aussi assister à la révolte lycéenne. Jérôme Barbosa dessinera son nouvel ami en train de peindre. « Il faisait de la peinture en 3D. Il intégrait à l’acrylique, des vrais cheveux de femmes récupérés dans des salons de coiffure. J’ai eu envie de redessiner. Car le dessin n’impose aucune limite. C’est un médium auquel je fais appel quand je ne peux exprimer ce que je ressens par les mots ou la photo. »

 

Jerome Barbosa Spacejunk tafmag4

Jérôme Barbosa revendique son appartenance au lowbrow. Mouvement apparu à Los Angeles à la fin des années 70, il se réapproprie l’iconographie des médias populaires (le graffiti, la pub, le comics, le dessin animé) ; techniques et médias n’étant pas considérés comme des « beaux arts » classiques. « J’ai découvert ce courant en tombant sur des œuvres de Todd Schorr, l’une des principales figures du lowbrow. Il utilise les codes picturaux de la Renaissance auxquels il intègre des personnages de cartoon. » L’humour des œuvres de Schorr a interpellé Jérôme Barbosa qui s’est immédiatement identifié à ce mouvement pop-surréaliste.

 

Jerome Barbosa Spacejunk tafmag 0

 

On retrouve du Jean Solé dans les oeuvres du dessinateur : un mélange de réalisme et d’absurde. Par exemple : le dessin du Jésus hyper musclé cloué à sa croix survolant le World Trade Center. Sur la croix on peut lire l’inscription « I love NY ». C’est provocant, drôle et cynique.
Autre père technique de Jérôme Barbosa : Claude Serre, célèbre pour avoir montré dans ses dessins l’absurdité de nos sociétés. Ses dessins sont anti-publicitaires. « Je ne vais pas vers le joli. Car ce n’est pas la vérité. Les gens ont peur de la vieillesse et de la laideur, car c’est vrai. » Jérôme Barbosa dépeint dans un style provocateur proche du cauchemardesque la grossièreté du monde.

 

Julie Maury
Jérôme Barbosa, le site.

A Bayonne jusqu’au 15/11/2014
A Lyon du 28/11/2014 au 24/01/2015
A Grenoble du 06/02/2015 au 04/04/2015

*Extrait d’une lettre de Robert Crumb à Jérôme Barbosa en 2010. 

About The Author: Julie

Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *