ILLUSTRATION // Tina Maria Elena : « Que désirons-nous réellement comme vie sexuelle? »

Les couples s’envoient ses peintures par messages afin de pimenter leurs longues journées au bureau. Inspirantes, exaltantes, ses aquarelles explorent l’extase des relations sexuelles et les énergies du masculin et du féminin.

© Bobby Mandrup

 

Une esthétique erotico-chic

Tina Maria Elena, artiste peintre franco-danoise, s’est prêtée au jeu des questions-réponses et nous a parlé de plaisir, de féminité et du pouvoir de l’érotisme. Un entretien qui donne envie de poser son après-midi.

 

 

Parle-moi de toi et de ton parcours artistique.

Je suis une artiste peintre de 33 ans, j’habite à Odense, au Danemark. Ma mère est danoise, mon père est français. Même si je suis très fière de mon héritage français, je me sens plus danoise. Je suis mariée et j’ai deux magnifiques jumeaux de sept ans.
Comme tout le monde, j’ai commencé à dessiner quand j’étais enfant. Mais je n’ai jamais arrêté. Je me considère comme une artiste autodidacte.

 

Penses-tu que ta double nationalité a une influence sur ton art ?

Je me sens plus danoise que française, car je n’ai pas beaucoup de contact avec mon père. Mais je sais que mon tempérament passionnel n’est pas typique des caractères scandinaves. Je pense que cela vient de mes gènes français et italien, car ma grand-mère était à moitié italienne.

 

Pour quelles raisons as-tu commencé à faire de l’art érotique ?

Dans mon travail, j’explore la sensualité et l’érotisme à partir de mon propre point de vue de femme. Je cherche à y intégrer l’amour et le désir. Le thème principal est le plaisir. Les fantasmes sont toujours le produit de ta propre imagination. Pour moi, il est important d’être sensible et de nourrir mon imagination, parce que ma créativité ne serait rien sans mes images mentales.

 

 

Pourquoi l’aquarelle est-elle une technique que tu privilégies ? Quels effets recherches-tu à travers elle ?

J’ai commencé à travailler l’aquarelle en 2016. Je la trouve très sensuelle car elle a une expression liquide, ce qui permet aux amants de se fondre réellement l’un dans l’autre. Tout comme les couleurs se fondent les unes dans les autres ! Plus précisément, je cherche à exprimer la beauté de l’intimité et le rayonnement des énergies lors de l’acte sexuel. J’aime beaucoup m’exprimer à travers des techniques différentes, je joue souvent avec les couleurs et j’aime recadrer les corps de telle façon à ce que ça semble abstrait et qu’on ait l’impression de voir un paysage au premier abord.

 

Tu utilises des couleurs très vives : du fuchsia, des rouges, oranges… mais aussi des couleurs plus sombres. Pourquoi ces choix de couleurs ?

Les couleurs que je choisis représentent des énergies, il est rare que je peigne des couleurs de peau réalistes. J’aime jouer avec les couleurs, c’est presque comme si elles étaient choisies en avance. Parfois, je décide de travailler une couleur et je finis par en utiliser une autre. Je me laisse juste porter.

 

J’ai remarqué que tu peignais parfois l’homme en noir et que sa couleur déteignait sur la femme pendant l’étreinte.

C’est simplement ma façon de montrer artistiquement comment les énergies masculines et féminines fusionnent, de montrer la connexion qu’il y a lors de l’acte sexuel. Lorsque j’utilise le noir ou les tons sombres pour l’homme, c’est pour créer du contraste et représenter le pouvoir masculin.

 

 

Ton art me fait un peu penser à Petites Luxures, une illustratrice française qui ne dessine que des portions de silhouettes dans le but de suggérer l’acte sexuel plutôt que de le montrer. Ton l’usage de l’aquarelle sert-il le même but ?

Je n’y ai jamais pensé de cette façon-là, mais oui, même si je représente l’acte sexuel j’aime laisser quelques aspects libres à l’imagination de chacun.

 

Es-tu inspirée par le tantrisme et la sexualité sacrée ?

Oui, je pense d’ailleurs que mon art a toujours quelque chose à voir avec le plaisir, l’extase, le bien-être et le sentiment d’être aimé. J’espère pouvoir être une inspiration à mon tour.

 

Quels sont les artistes qui t’inspirent le plus ?

Je suis inspirée par de nombreux artistes très variés, mais je dirais que l’artiste qui m’influence le plus est AlphaChanneling. Je ne suis pas sûre que j’aurais osé entrer dans le monde de l’art érotique et sensuel si je n’avais pas été touchée par son travail.

 

On trouve parfois quelques éléments tirés du sadomasochisme dans ton art. Y a-t-il une raison à cela ?

Ce n’est pas quelque chose auquel je m’identifie. Il est vrai que je créé des pièces où la femme a une position de soumission, mais c’est juste une chose vers laquelle je suis tirée. Je ne mets pas ce genre d’étiquettes sur mon art.

 

Quelle vision de la femme cherches-tu à représenter ?

Je veux que les femmes ressentent de l’amour et de la passion. Je veux qu’elles se réveillent, et qu’elles réfléchissent à leur propre sensualité, à leur énergie sexuelle, à leur relation avec leur partenaire et avec elles-mêmes. Avez-vous des orgasmes absolument époustouflants ou est-ce que cela n’arrive que dans vos rêves ? Que désirons-nous réellement comme vie sexuelle ? À travers mon art, je m’exprime en tant que femme. Je raconte des histoires au sujet de ce que j’aime et ce qui me fascine. Les fantasmes mettent du piment dans votre vie, vous pouvez les partager avec votre partenaire ou bien les garder secrets, comme vous le souhaitez.

Beaucoup de gens m’écrivent et me parlent des émotions qu’ils ressentent lorsqu’ils voient mes peintures… émotions qu’ils espèrent avoir, qu’ils sont contents d’avoir, ou qui les inspirent. Je veux que les hommes et les femmes se sentent désirables et dignes d’être aimés. Quand j’ai commencé ma série « Make Love », je me suis sentie puissante et j’ai ressenti une force vitale à travers le thème de l’érotisme et de l’amour sensuel. J’ai senti que je pouvais laisser aller mes inquiétudes et me sentir aussi belle, sensuelle et érotique que mon art. Je trouve cela tellement intéressant de peindre des couples faisant l’amour, que ce soit du sexe sauvage ou de la sexualité tantrique lente. Le plus important pour moi c’est que mon travail reste délicat – non vulgaire – à mes yeux. Les aquarelles m’aident à aller dans cette direction, car elles ont une douce vibration sensuelle.

 

 

Tu as travaillé avec Erika Lust, une réalisatrice suédoise de films pornographiques féministes. Je ne suis pas étonnée que vous soyez entrées en contact. Te considères-tu également comme une féministe sexe-positive ?

J’ai été contactée par la boîte de production d’Erika Lust qui avait choisi les meilleurs artistes érotiques sur Instagram afin d’illustrer la sortie de « XConfessions Vol.10 », une compilation des fantasmes de 100 personnes qu’elle a mis en image. C’était une collaboration très sympa. Oui, je me considère féministe dans le sens du droit des femmes et de l’égalité des sexes. Et je suis sexe-positive également. Mais en réalité je ne réfléchis pas trop à ces étiquettes. Je suis seulement une artiste qui cherche à représenter la beauté de la nature sensuelle.

 

Tina Maria Elena
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L’Instagram 

 

 

About The Author: Diane Micouleau