HIGH FIVE // Nos 5 coups coeur du Festival du Film de Cabourg

Depuis 31 ans durant son Festival du Cinéma Romantique, Cabourg réunit sur grand écran des êtres antinomiques, voit se déchirer des couples perdus, rit d’amitiés improbables ou pleure devant des âmes esseulées. Ne vous méprenez pas, la programmation n’accueille aucun film à l’eau de rose mais de vraies œuvres projetées sur grand écran, révélant de merveilleux scénaristes, réalisateurs et acteurs accomplis ou en devenir. TAFMAG a résisté à la tentation… du beau temps et de la mer et s’est enfermé en salles durant 4 jours pour vous livrer ses coups de cœur.

 

1. 120 battements par minute de Romain Campillo (long métrage)

Il est rare de voir un film qui fait absolument l’unanimité. Il n’est pas le premier à parler des années 1990 et du SIDA en France mais assurément celui qui pose le problème avec objectivité et intégrité à travers le portrait de militant d’ACT UP et d’amoureux séropositifs. Un film grave dont on ressort étourdi par la puissance du propos, le jeu des comédiens qui n’en est plus un et une rage d’injustice face à cette terrible maladie empêtrée dans les lobbies économiques. Après Les Revenants et Eastern Boys, Romain Campillo s’impose comme une incontournable référence du cinéma français.

 

2. Jeune Femme de Léonor Serraille (long métrage)

Laetitia Dosch joue une looseuse qui gagne vraiment à être connue. Après une période à l’étranger que l’on devine de désert, elle revient à Paris pour en traverser un autre. Attachante, émouvante, irritante, stridente, elle occupe tout le film et tout l’écran, nous asphyxie par son opportunisme, nous fait rire par sa maladresse, nous tient en apnée tant ses réactions et ses chemins de pensée sont perturbés et imprévisibles. Elle s’accroche à la vie, elle s’accroche à nous tout au long de cette peinture sociétale où la fiction rejoint la réalité.

Jeune Femme sert parfois la soupe mais il est difficile de bouder le plaisir de regarder une battante emprunte de naïveté qui nous fait parfois nous rappeler nos propres galères. Leonor Serraille a tapé dans le mille et non dans le mielleux avec un premier long métrage qui lui ouvre une voie toute droite vers le respect.

 

3. Pas de Rêve, Pas de Baise de Sabrina Amara (court métrage)

On en parle dans Bubble Gum, les 50 artistes qui nous éclatent. On en reparle ici. Hind est une beurette de banlieue. Hind pourrait s’appeler Hint car elle est une allusion à la vie facile, au libertinage, aux rapports Tinder, rien que pour le plaisir. À moins qu’elle ne soit tout simplement une illusion pour tous les zonards du quartier, tous les ringards désœuvrés qui fument du shit et assènent les filles de « Eh, mademoiselle » de manière si caricaturale. Le sexe est là et à la portée de tous car c’est elle – et rien qu’elle – qui décide : Hind fait sa loi de la jongle et choisit elle-même ses coups.

Mais Moktar qui se trouve dans son filet se défile, ne voulant pas d’une relation facile, dépourvue de sentiments. Il se lance le défi de devoir rêver de Hind pour pouvoir considérer ses avances. L’arroseur arrosé va devoir donc user de strataj’aime pour occuper les pensées nocturnes de son chevalier blanc… La scénariste Sabrina Amara réalise son premier court-métrage avec brio, en s’inspirant de sa moitié masculine et de sa moitié féminine pour redéfinir les règles des « je ».

 

 

4. Grains de Poussière de Léopold Kraus (court métrage)

Lucien est un lycéen comme les autres, qui s’ennuie en cours de philo et ne sais pas comment s’y prendre pour chopper des filles. Son adolescence semble aussi morne que son tableau de chasse et il n’en tient qu’à la lecture accidentelle et providentielle d’un livre de Nietzsche pour commencer à voir les choses d’un autre œil. C’est sans compter l’apparition du philosophe « himself » qui, tel un Jiminy Cricket, va l’épauler dans ses démarches pour conquérir le cœur de Louise, une lycéenne tout aussi coincée que lui… Le très jeune réalisateur Léopold Kraus, né en 1998, s’est inspiré de sa propre expérience pour signer l’écriture et la réalisation de ce premier court métrage. Parti de rien mais aidé du regard bienveillant de son père travaillant dans le cinéma, Léopold a commis le petit exploit de livrer un petit film original, bien ficelé, bien joué, qui se permet même de bien respecter les règles basiques de l’écriture, servit d’un épilogue ingénieux. À faire, à suivre.

 

5. Mobile Homes de Vladimir de Fontenay (long métrage)

Ali et Evan ne dorment jamais au même endroit, jamais dans un vrai lit. Ils errent entre les Etats-Unis et le Canada, vivent de petits larcins pour subsister, se contentent de peu mais rêvent du meilleur. En se faisant passer pour tuteurs légaux, ils récupèrent Bone, un môme de huit ans qui devient rapidement leur souffre-douleur et leur souffre-plaisir. Ces Bonnie and Clyde des temps modernes foncent tout droit dans le ravin, en se mettant à aimer le gamin comme leur propre fils. En déroute sur la route, le trio fonce vers un destin qu’ils ne méritent pas forcément mais qui leur tend les bras pour mieux les engloutir…

Mobile Homes est l’adaptation du court métrage éponyme sorti en 2013 et sélectionné entre autres à Clermont Ferrand et au SXSW d’Austin. Pour ce deuxième long métrage, Vladimir de Fontenay retient notre souffle au rythme de celui embué de ces superbes 3 protagonistes.

 

Nicolas Nithart
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