HIGH FIVE // Tours et détours à la Biennale des photographes du monde arabe

9h30, direction la 2ème biennale des photographes du monde arabe contemporain en avant-première à la MEP… J’arrive en retard, la salle est déjà bondée mais qu’importe, ce qui prime ici, c’est la vue.

Direction le sous-sol pour un premier café. Sur mon chemin, je croise la première photographe Farida Hamak : une approche visuelle tout en douceur avec atmosphère pastel, des paysages qui invitent à la poésie puis des portraits chaleureux et accueillants. Premier contact avec une Algérie douce et envoûtante.

Sirotant tranquillement mon café devant les images inhabitées de Xenia Nikolskaya, je vois arriver une flopée de journalistes se précipiter sur l’unique barista du buffet. Le signal est lancé, cela signifie que la salle principale est vide.

Je remonte fissa pour découvrir le travail d’Hicham Benohoud, photographe connu des contemporains. Je reste toutefois scotchée sur la démarche du photographe. Pour la série The Hole, Hicham s’invite chez les casaouis. Il investit les lieux, démolit un ou deux murs, fait poser ses modèles dans leurs nouveaux habitacles. Rassurez-vous tout est restauré par la suite ! Mélangeant mises en scène et reportages, nous voilà face à un quotidien brut de poésie. On questionne alors le lien entre l’Homme et l’habitacle, l’habitacle et l’espace, l’espace et l’Homme. La boucle est bouclée. Une version plus funeste traverse mon esprit : écho de guerre et de destruction dans une partie du monde arabe, comme l’indique la thématique de la biennale.

‘The Hole’ © Hicham Benohoud

Quelques pas plus tard, cet écho se confirme : je découvre le travail de Michel Slomka, jeune photo-reporter qui présente un documentaire visuel sur les traumatismes des victimes de crimes de guerre. Il s’intéresse plus particulièrement au massacre des Yézidis, au nord de l’Irak. Entre massacre et esclavagisme, exile et espoir, on apprend le mot « humilité » à travers les yeux des modèles photographiés.

Premières prises de contact avec la Biennale. Il est temps de se diriger vers les lieux que TAFMAG avait repérés : La Cité des arts pour l’exposition Ikbal/Arriveés. 20 jeunes photographes nous offrent leurs visions de leurs pays, de leurs traditions, de leur quotidien. Voici notre top 5 à voir absolument !

 

1. KARIM TIDAFI

Quoi de plus commun que les transports en commun ? La série Aperto Libro nous offre un triptyque qui attire l’œil dès l’entrée de l’exposition, vision parfaite pour s’identifier et juxtaposer notre vie parisienne à celle des habitants d’Alger. Nous voici en quelques secondes en train de décrypter chaque mouvement, chaque expression des passagers. La démarche est simple mais efficace ; on se retrouve vite plongé dans un bus d’Alger.

Aperto libro © Karim Tidafi

 

2. YOUCEF KRACHE

Je continue jusqu’au fond de la salle où je découvre la série 20 cents de Youcef Krache – j’avais dès l’entrée de l’expo sauté sur ses cartes postales. Coup de cœur visuel absolu, au vu du noir et blanc, contrasté à souhait et de l’action prise sur le vif. Je suis en plein Aid-el-Kebir où les acteurs principaux sont des moutons sacrifiés.

  • KRACHE Youcef, série 20 cents, Biennale des photographes du monde arabe, Paris, 2017, © Youcef Krache

 

3. ATEF BERREDJEM

La foule me pousse directement vers le fond de la salle à l’étage : la scénographie, simple et efficace, balade mon œil de série en série. J’ôte mon pull ; il fait encore plus chaud. Me voilà en suspense devant le road trip de Atef Berredjem qui a parcouru 629 km en train de sa ville natale, Annaba, à Alger. Il propose un carnet photographique des plus vivants, nous laissant passer de voyageur en voyageur pour découvrir tout un mode de vie. On s’interroge aussi bien sur les conditions des transports en commun, que sur la limite des frontières, jusqu’au libre accès de la circulation dans son propre pays. Et puis indirectement, on y parle voyage, bien sûr…

‘To Here From Here’ © Atef Berredjem

 

4. OUSSAMA TABTI

D’ailleurs, je continue le mien vers le troisième étage, l’escalier bouchonne, ce n’est pas grave, je peux jouer à Où est Charlie ? avec la série Fake de Oussama Tabti, loin du petit bonhomme au pull rayé rouge et blanc, ici se sont les palmiers qu’il faut trouver. La série interroge sur le mobilier urbain et les symboles de l’exotisme dans la Cité ocre. Un Eugène Atget contemporain ?

  • TABTI Oussama, série Fake, Biennale des photographes du monde arabe, Paris, 2017, © Oussama Tabti

 

5. RAMZY ZAHOUAL

Me voici devant le dernier mur : une dizaine de photos se suivent ; elles enchaînent la même prise de vue frontale, la même ligne horizontale qui relie d’un trait uniforme les contrastes colorimétriques, rythme l’assemblage photographique. Nous sommes en face de rues inanimées, presque abandonnées, où différentes carcasses de voitures et de bus jonchent les trottoirs. Scène d’apocalypse. Sauf que de chaque image se dégage une certaine beauté. Je m’arrête sur le cartel et lis : « Cette série est une étude photographique sur la laideur de mon environnement. » Efficace.

Handpicked Wrecks © Ramzy Zahoual

 

Je dois m’en aller. Je zappe a contrecœur le final à l’Institut du Monde Arabe, surtout qu’il y avait notre grand coup de cœur, Rania Matar. Son sujet principal ? La féminité. Dans sa série Becoming, la photographe a l’art de capturer cette transition si délicate de la fillette à la femme. Ça parle d’innocence, de confiance d’épanouissement. Heureusement qu’on vous présentait son travail dans le second Flash Photo du Mardi ! Et pour le reste, heureusement que le weekend contient deux jours entiers…

 

Aurore Lucas
La Biennale des Photographes du Monde Arabe Contemporain

 

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