CINÉMA // Fanny Sidney, icône goguenarde d’un nouveau cinéma français

C’est son court métrage, Ugh! qui nous a d’abord tapé dans l’œil. Un début sur fond d’image kaléidoscopée avec pour musique, Main dans la main d’Elli et Jacno. Ugh!, c’est l’histoire de Charlotte qui découvre que son mec s’apprête à lui faire une demande en mariage hypra calibrée avec tous leurs copains. Elle préfère alors faire l’autruche et prendre de l’ecsta en plein après-midi en sprintant sur du Flavien Berger que de voir la réalité en face : elle s’apprête à partager sa vie, à vie, avec Idir.

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Du jeu à la vision

À première vue, le pitch parait banal, avec une histoire de nanas comme on les aime parfois, mais Fanny Sidney à ce don de traiter les sujets et l’image avec une honnêteté brute et un recul rempli de dérision qui ne peut que plaire universellement.

Avec une mère plasticienne, Fanny a rapidement « le goût pour l’art en général ». Faute de faire de la peinture ou du collage petite, c’est le foot qu’elle choisit. Le ciné viendra plus tard. Après son bac, elle teste les classes libres du Court Florent. Passée pas mal devant la caméra dans Respire, Hippocrate ou encore Dix pour cent, la série de Cédric Klapisch, elle a très vite décidé de reprendre les cours à la Femis pour approfondir son désir de réaliser. « Une évidence, presque plus que le jeu » dit-elle de la réalisation. C’est à se demander si elle n’est pas « rentrée » par le jeu d’acteur pour mieux s’atteler à gérer les comédiens en tant que réalisatrice.

Fanny le sait, elle n’a pas peur de l’échec. Ou si peu. « J’essaye des trucs pour me planter », admet l’effrontée. Elle préfère foncer dans le mur maintenant que plus tard. « Quand je fais de la mise en scène, j’ai que moi à décevoir, contrairement à quand je suis actrice. » Alors elle s’entête à s’émanciper et travailler sur mille projets de réalisation. « Je me suis laissée prendre au jeu… », avoue-t-elle.

 

Égéries modernes

Intéressée autant par l’image que par la musique, elle mélange les deux dans chacun de ses courts. Pour Ugh!, c’est d’ailleurs la chanteuse de RnB, Bonnie Banane qui tient le rôle principal et Flavien Berger en charge de la bande son.

L’égérie de ses films sont des femmes de la nouvelle génération. Ça a été Bonnie Banane, ça aurait pu être Oklou ou les autres filles de TGAF (These Gyals Are On Fiyah). « Ces femmes de l’internet », comme on les appelle, avec leur dégaine urbaine-sport, leur franchise brutale et leur j’men foutisme insolent. Fanny souhaite en effet revoir les canons de beauté et penser d’abord à la « cinégénie brute », celle qui fonctionne à l’écran, pas seulement auprès du spectateur. À l’image de nombreuses séries américaines comme Broad City, qu’elle nous fait découvrir et dont on a adoré ses anti-héroïnes, Fanny concentre ses films sur l’acteur.

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Où il est toujours question de maternité

Puis on a regardé son autre court, Match, qui met en avant une équipe de femme de football et la maternité de l’une d’elle. Toujours avec un recul impressionnant, Fanny Sidney parvient à évoquer les sujets qui lui sont chers avec un sarcasme éclatant. Ses films parlent de maternité, d’engagement, de lien filial ou de la possibilité d’en créer un. « Le questionnement de l’injonction à la maternité », comme elle le résume, en toute simplicité.

Chaque court est une expérience cinématographique que l’on adore. Chacun transpire la vision brute, sincère et goguenarde de Fanny. Représentation complète de notre génération : drôle et légère mais aussi sérieuse et anxieuse, impulsive, démerde et débrouillarde. Ses influences principales ? Le cinéma anglo-saxon, des comédies grisantes de Ken Loach ou de John Cassavetes (et particulièrement Gloria) aux comédies sociales en général ou L’été de Kikujiro de Takeshi Kitano, « un dosage formidable d’humour et de larmes. ». Et surtout, toujours ce sujet de la naissance d’un lien intense entre un enfant et un parent substitut.

À l’image de sa personnalité, Fanny Sidney aime la spontanéité et l’improvisation. Comme dans son tout premier court tourné largement grâce à l’impro de ses acteurs, Les petits chats et dont le titre est inspiré d’une chanson de Renaud. Elle même improvise, teste et expérimente. Son dernier dada ? Le travail sous hypnose qu’elle pratique avec un coach et « une équipe bienveillante » : « L’hypnose permet de mettre en confiance les acteurs, leur apprendre à dépasser les barrières », dit-elle, maternelle.

 

Prochains projets à suivre de franchement très près : la websérie Loulou, dont elle prend les rennes pour le premier épisode, l’adaptation en long-métrage de Match, un nouveau court avec son acolyte de la série Casting(s), Ali Marhyar et quand même un peu de jeu, avec la deuxième saison de Dix pour cent qui reprend à la rentrée. Ugh!

Pour vous lecteurs, TAFMAG offre 10 mots de passe pour voir Ugh! et Match aux 10 premiers à nous contacter à l’adresse suivante : contact@tafmag.com

 

About The Author: Pauline Guillonneau

Après avoir travaillé en télé, en radio et en presse écrite à Paris, Londres et Sydney, j'ai finalement opté pour la presse web dans cette bonne vieille capitale française en créant TAFMAG.

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