Eugène Atget, le génie documentaliste

C’est l’Art Gallery du New South Wales en Australie qui a tout compris : une rétrospective de l’art d’Eugène Atget dévoilant plus de 200 clichés d’un des premiers génies photographiques. Eugène Atget est né en 1857 à Libourne, à 30km au nord-est de Bordeaux, bien loin de Paris, donc. Pourtant, il est aujourd’hui une des principales références du Paris du 19ème siècle.

Acteur raté, peintre maudit, il se lance dans la photographie avec une vision documentaliste de l’art nouveau. Aujourd’hui, Atget est considéré comme le fondateur de la photographie documentaire. Plus que l’esprit créatif et esthétique, Eugène Atget s’est penché sur la photographie à caractère social, politique et même scientifique. L’esprit social, c’est la photographie comme travail d’archive qui nous laisse en héritage  un Paris à la fois artistique et historique.

L’artiste a longtemps tâtonné dans la photographie avant de se focaliser sur le vieux Paris alors en pleine transformation. Il photographie ainsi avec un oeil neuf ce qui réforme Paris, comme en témoignent les bitumiers, les clichés de portes d’entrées et de détails de cages d’escaliers.

Le travail d’archive qu’il a laissé compte 2 000 clichés qui ont inspiré la nouvelle génération de photographes surréalistes comme Walker Evans, Man Ray ou encore Brassaï.

Walter Benjamin est reconnu comme philosophe investi dans la critique photographique. D’Eugène Atget, il écrit qu’il « recherchait ce qui se perd et ce qui se cache, et c’est pourquoi ses images contredisent la sonorité exotique, chatoyante, romantique des noms de ville : elles aspirent l’aura du réel”.

Les clichés d’Atget incitent à chercher une interprétation, à comprendre la société à une période précise, définie. C’est l’ « aura » de Benjamin : l’unicité d’une photographie liée à un moment donné, aussi loin soit-il. L’aura, c’est donc le tissage du temps avec l’espace, dans toute son étrangeté. Lorsqu’on regarde un cliché, l’espace-temps semble annulé, annihilé par le pouvoir de la photographie ; il n’existe plus de temps ni d’espace, mais tout est lié et relié pour qu’on se sente proche de la personne ou de la chose photographiée.

Eugène Atget est fasciné par la modernisation de son pays natal. Il concentre son travail sur l’architecture changeante de Paris et prête son attention aux bâtiments datant d’avant la deuxième partie du 19ème siècle, bâtiments qui ont échappé aux mesures de réformes modernistes du Baron Haussmann. On retrouve un Paris modernisé par les grands magasins né en même temps que lui (Le Bon Marché ouvre en 1852, quelques années avant la naissance d’Atget), une mode changeante, marquée par la toute fin du 19ème siècle.

Eugène Atget a ouvert une brèche dans la modernité. Quatre-vingt cinq ans après la mort de l’artiste, sa photographie documentaire offre un ensemble d’archives exceptionnelle.

 

Pauline Guillonneau

 

 

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Eugène Atget

 

The Art Gallery of New South Wales in Australia gets it. The gallery offers a reflective selection of Eugène Atget’s work, presenting over two hundred images from one of the world’s first photographic geniuses. Atget was born in 1857, thirty kilometres northeast of Bordeaux,in Libourne, France. Despite his remote upbringing, Eugene Atget is an iconic photographer of Paris in its modernistic development of the nineteenth century.Failed actor and ‘cursed painter’, Atget embarked upon recreational photography with the simple idea of documenting what he saw. This unconsciously developed into a desire to document arts in every form; from painting to architecture, and even to history. Today, Eugène Atget is considered the founding forefather of ‘documentary photography’. Surpassing creative or aesthetic vision, the documentary photograph is designed to focus on elements of social, political and scientific character.

Early in his photographic career, Atget studied the archival aspect of the camera.  If the artist initially fumbled for his photographic stamp, he quickly found his style. He rapidly became the expert of both Old and modern Paris, at the time when the city was in the midst of modernisation.

The archival work of Atget is comprised of over two thousand photographs that have inspired a generation of surrealists. These surrealists include the talented Walker Evans, Man Ray and Brassaï.

Walter Benjamin is a German philosopher who has also delved into the world of photographic criticism. Of Atget, he writes that he ‘looked for what was unremarked, forgotten, cast adrift,’ and thus such pictures work against the exotic, romantically sonorous names of the cities; they suck the aura out of reality like water from a sinking ship.

Atget’s shots call for an interpretation; they offer points of reflection within their specific social context. Benjamin describes an ‘aura’: the uniqueness of a photograph connected to a particular moment that once physically existed, no matter how distant in time. This aura is precisely the ‘strange weaving of space and time’ depicted in A small history of Photography. When we look at a picture, the space-time continuum is annihilated by the power of photography’s realism; we are connected to what we see in the picture, and we feel an intense closeness with the person or the object photographed.

Everything in Atget’s photographs invokes the aura; his work remarkably modernist at the time of photography’s humble beginnings.

Eugène Atget seemed fascinated by modernism. He keenly followed the evolution of the city as Baron Haussmann transformed Parisian architecture. Through Atget’s shots, we are able to vividly imagine nineteenth century Paris; for example, the arrival of fashion department stores (Le Bon Marché opened in 1852, just a few years before Atget’s birth).

Eugène Atget sparks an insight into modernity, an insight into the Paris of yesteryear. His images allow us, as active members of Parisian life in the twenty-first century, to be submerged within the epitome of modernism in the French capital.

 

 

 

Pauline Guillonneau

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