Dom la Nena, la jeune voix du violoncelle

Dom la Nena TAFMAG musique interview

Délicatesse. Celle des doigts qui glissent et sautent sur les cordes du violoncelle, celle de  l’archet qui tire des notes graves et sensuelles, celle de la voix qui murmure des airs en portugais ou en espagnol, au gré des rêves et des souvenirs.

Dom et son violoncelle, c’est comme un moineau qui rebondit sur les branches d’un cerisier japonais : c’est doux, c’est frais, c’est poétique et plein d’espoir.Dominique est née à Porto Alegre au sud du Brésil il y a 24 ans. Fille unique, il n’y a pas de musiciens dans sa famille sauf son grand-père, violoniste, qui a cessé de jouer suite à une tragédie, longtemps avant sa naissance. Mais dans la famille on ne manque pas d’inspiration et de créativité. Sa mère « un peu barge » est fan de Proust et de Duras au point d’organiser des soirées à thème, quant à la musique, elle ne sait pas vivre sans : « Chez ma mère c’est insupportable, elle écoute de la musique 24h sur 24, pour elle c’est vital ! ».

Alors Dom commence le piano à 5 ans au Brésil dans une école qui applique la méthode Suzuki, méthode basée sur le plaisir de jouer. A 8 ans, en chemin pour une rencontre d’écoles Suzuki, elle se retrouve assise pour de nombreuses heures de bus à côté du professeur de violoncelle avec qui elle copine et décide d’apprendre à jouer de ce noble instrument. Quelque mois plus tard, son père est envoyé à Paris et la voilà en France où elle étudie le violoncelle au conservatoire de Paris. Elle découvre alors la rigueur de cette institution et même si son nouveau professeur est très strict, l’affection qu’elle lui porte lui permet de se dépasser pour aborder les grands thèmes du répertoire classique.

Mais Dom n’est pas qu’une prodige du violoncelle, c’est aussi une geek comme elle nous le répète plusieurs fois, un vrai produit de la génération Y. Au point que quand elle doit quitter la France pour rentrer au Brésil où elle ne retrouve pas le niveau espéré elle cherche par tous les moyens technologiques de rentrer en contact avec la grande violoncelliste Christine Walevska qui accepte de lui donner des cours… à Buenos Aires. Dom se retrouve alors seule en Argentine à 13 ans afin d’embrasser sa passion corps et âme. Elle est tellement jeune par rapport aux autres élèves du conservatoire de Buenos Aires que ses amis la surnomment affectueusement « la nena », la petite.

Dom la Nena est toujours « à fond » à tel point qu’elle confesse : « A l’époque j’étais tarée, je jouais 8-9h par jour, du coup j’ai finis le lycée en cours par correspondance ! ». De retour à Paris, elle intègre l’Ecole Normale de Musique et le CNSM (Conservatoire National Supérieur de Musique). Là, elle se sent en décalage avec les autres élèves, ne s’identifie plus avec la mentalité de conservatoire et aspire à plus de liberté d’interprétation. Il faut dire que Dom est l’enfant de deux continents, de deux cultures : « Ce qui m’a fait du bien c’est d’avoir la balance entre la rigueur de la musique classique en France et le plaisir qu’on apprend en Amérique Latine ».

La « nena » rencontre alors par hasard Edith Fambuena, musicienne et productrice notamment d’Etienne Daho et Jane Birkin. Cette dernière lui propose d’accompagner les deux artistes en tournée : c’est un déclic pour la petite fan de Gainsbourg. Même si au début elle ne pensait pas s’en sortir sans partition et sans professeur elle se considère finalement « assez décomplexée dans la musique ». Après deux ans de tournée internationale sur l’album Enfants d’hiver de Jane, elle se met à composer dans son coin et à chanter, presque inconsciemment. C’est à ce moment qu’elle rencontre l’auteur-compositeur Piers Faccini dont elle étant fan en Argentine et qui lui propose d’enregistrer une maquette en une semaine dans les Cévennes pendant qu’il part en tournée. A son  retour, Dom n’osant rien lui demander de plus, lui laisse un disque dur avec plusieurs chansons auquel il ajoute spontanément cœurs et guitare : le premier album Ela de Dom la Nena voir le jour en janvier 2013. « On ne s’en était jamais vraiment parlé mais c’était génial, Piers est le musicien avec lequel j’ai le plus d’affinité musicale, on est très complices ».

Sur scène, Dom est seule avec son violoncelle, des clochettes au pied, un ukulele, un petit clavier, une guitare et un boitier pour faire des boucles. Si au début elle n’avait pas le choix, aujourd’hui c’est un parti pris : « J’aime bien le risque, si ça se passe mal au moins il n’y a pas de cache-misère ». Son style ? C’est elle, de même que l’album, qu’elle a fait comme elle avait envie de l’entendre. Un genre de trova des temps modernes avec des chansons à texte et des instruments de toutes influences, à la croisée de la folk et de la world music ; des paroles tantôt nostalgiques, tantôt émerveillées. Un truc sincère, un yaourt nature… un velouté.

Si Dom la Nena vit d’amour et de musique fraîche, elle travaille dur : quelques mois seulement après Ela elle sort l’EP Golondrina (Hirondelle) en octobre et travaille sur un projet violoncelle-voix très épuré avec Rosemary Standley, la chanteuse du groupe Moriarty, dont l’album Birds on a Wire sortira le 31 mars prochain. En attendant, comme elle a la bougeotte, elle virevolte de-ci de-là, au grand plaisir de ses fans qui voyagent grâce aux photos empruntes de mélancolie qu’elle poste régulièrement sur sa page facebook. Musicienne et geek jusqu’à la fin.

 

Anne Etienne-Bubaire.
Crédits photos : Anthony Bubaire

 

www.domlanena.com

 

About The Author: TAFMAG