CINÉMA // Un film pour deux talents qui crèvent l’écran : ‘Ava’ révèle Léa Mysius

Le temps semble s’accélérer pour Léa Mysius, sortie depuis trois ans seulement de la Fémis. Entre écriture et réalisation, son premier long métrage Ava, – présenté dernièrement à La Semaine de la Critique à Cannes et en salle depuis le 21 juin – fait couler beaucoup d’encre et de larmes de plaisir.

 

Au-delà d’un scénario parfaitement imbriqué et d’une réalisation jusqu’au-boutiste, miroir de plusieurs faces de notre société actuelle, Léa Mysius a géré un casting irréprochable mêlant acteurs confirmés – la sublime Laure Calamy -, jeunes premiers – Juan et Tamara Cano – et figurants avec de vraies gueules de cinéma : la scène du mariage en regorge.

Autant d’étapes franchies avec succès qui adoubent la jeune réalisatrice et lui offrent un fauteuil de maitre à côté de Rachel Lang, Justine Triet, Antoine Cuypers ou Xavier Dolan.

Léa Mysius

 

Installée sur la terrasse du Grand Hôtel de Cabourg, Léa Mysius savoure quelques instants plus calmes pour répondre une nouvelle fois aux questions de TAFMAG avant de venir à la rencontre du public qui découvre le film sur grand écran. Ava la vista !
On peut teaser un peu sur l’histoire du film ? Elle ne le dit pas dans la question ci-dessous.

TAFMAG : Après les Oiseaux Tonnerre réalisé en 2014, tu changes de cap avec Ava qui a démarré sa promo en salle en le mois dernier. Quelle est la genèse du film ?

Léa Mysius : Je me suis inspiré de plein, plein de choses mais sans références en particulier. Ce que je voulais faire ici, c’est mélanger les genres dans le type d’écriture et de narration. Je ne voulais pas seulement faire un film naturaliste mais bifurquer vers le conte, quelque chose de plus romanesque. Finalement, cela ressemble aux Oiseaux Tonnerre au sens où il y a un cauchemar et des tentatives de narration différentes. Ava est cependant moins méchant et moins rêche. Il est plus généreux pour le spectateur. Il a un côté un peu primitif qui bouscule l’inconscient, un truc un peu sous-terrain, angoissant peut-être et à la fois plus solaire et plus facile d’accès dans le bon sens du terme. Avec de la musique, un aspect plus pop, plus dans le plaisir immédiat.

Extrait des Oiseaux Tonnerre

 

TAFMAG : Tu espères toucher un panel de spectateurs un peu plus large ?

Léa Mysuis : On verra. En tout cas, Ava est beaucoup plus dans la jouissance même s’il conserve un côté sombre… J’ai écrit le scénario peu de temps après avoir tourné les Oiseaux Tonnerre, le film de fin d’études de Mélissa Malinbaum, une élève en production à La Fémis, qui m’avait choisie pour le réaliser. Donc comme j’étais en scénario, il fallait que j’écrive un long et ce fut Ava. J’avais très peu de temps et je l’ai écrit vraiment dans la continuité. Dans un grand élan.

TAFMAG : Es-tu satisfaite du rendu final par rapport aux attentes que tu as en tant que réalisatrice ET scénariste ?

Léa Mysuis : Le film est extrêmement fidèle à part quelques scènes que j’ai enlevées. En relisant le scénario, je me suis aperçue qu’il était très littéraire et le résultat correspond en tout point à ce que j’avais en tête.

Extrait d’Ava

 

TAFMAG : Fais-tu partie des réalisateurs qui s’investissent partout et veulent tout contrôler ?

Léa Mysuis : Complètement. Tout le temps, partout. À la fois parce que j’aime toutes les étapes d’un film mais aussi parce que j’ai une vision très précise de ce que je veux. Même si je fais confiance aux gens et qu’ils s’investissent beaucoup, cela reste toujours difficile de tomber pile dans ce que l’on projette d’obtenir.

TAFMAG : On imagine que le casting a dû être un moment clé pour Ava. Comment as-tu abordé cette étape ?

Léa Mysuis : Bien ! Noée Abita (qui n’avait jamais joué auparavant) était là le premier jour de casting et j’ai eu le coup de foudre. Dès qu’elle est rentrée dans la pièce, je savais que ça allait être elle. Elle incarnait d’emblée le personnage même si elle le décalait un peu. D’où une nouvelle fois l’importance pour moi d’être là physiquement.

Extrait d’Ava

 

Ça a été pareil pour tous les autres comédiens retenus. Je savais que ça allait être eux alors qu’il n’avait même pas encore ouvert la bouche. J’ai un grand rapport aux corps, aux visages, à l’attitude, au ton de la voix, à ce que les personnes dégagent. Après, c’est une question de travail pour amener la personne là où je veux l’amener.

TAFMAG : Le public a eu le coup de foudre pour le film. Penses-tu avoir mis le doigt sur un sujet, sur un univers particulier ?

Léa Mysuis : Je ne suis pas sûr que ce soit grâce au sujet car je me fais pas mal critiquer sur ça, sur le fait que ce soit le roman initiatique d’une jeune adolescente, chose qu’on a vu au cinéma 1500 fois. J’espère que c’est le côté généreux du film, l’authenticité de jeu des acteurs.

TAFMAG : Peut-on facilement repartir dans un processus d’écriture alors que le film qu’on a terminé il y a un certain temps ne fait que démarrer son exploitation ?

Léa Mysuis : Maintenant que le film est en salle, pour moi il ne m’appartient plus du tout. Il est fait et il s’est détaché de moi. Et de toute façon, j’ai toujours besoin d’être sur plusieurs choses à la fois, de ne jamais m’arrêter. Je commençais déjà l’écriture d’un nouveau scénario alors qu’on ne faisait que démarrer la post-production d’Ava… Il faut toujours avoir quelque chose de sympa à quoi penser.

Nicolas Nithart

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