CINÉMA // « REVENGE » LE PREMIER FILM DE CORALIE FARGEAT: UNE REVANCHE SANGLANTE EN PLEIN SOLEIL

Depuis notre première rencontre il y a deux ans pour son court métrage « REALITY + », j’étais bien décidée à suivre l’actu de Coralie Fargeat avidement. Toronto, Sundance, Gerardmer… Les festivals s’arrachent le film et sa réalisatrice. J’ai pu suivre l’ascension fulgurante de ce long métrage qu’elle qualifiait déjà en 2016 de « Revenge movie entre Kill Bill et Délivrance. Quelque chose de très cash, violent, moderne. Ce sera très graphique, très visuel, très épidermique, » avait-elle alors promis.


 

 

  • PAROXYSME DE SENSATIONS FORTES

Ainsi la vision de « Revenge » était bien établie dès le départ. La réalisatrice nous avait habitué à un univers sonore et visuel particulier (« REALITY + »), angoissant (« LE TELEGRAMME ») voire perturbant. Elle atteint un paroxysme de la sensation forte ici. Le début du film est idyllique : une belle femme et un bel homme qui s’aiment dans un cadre de rêve ; l’atmosphère est joyeuse mais laisse traîner derrière elle un arrière-goût d’angoisse, de drame en suspend. À l’image de cette pomme appétissante qui se fait lentement dévorer par des fourmis.

Bien vu. Le rêve bascule dans l’horreur et toute la seconde partie du film devient cauchemar puis résurrection puissante pour l’héroïne. Rien ne sera épargné aux yeux du spectateur : à coups d’hémoglobine ruisselante et de prothèses de chair humaine, les plaies seront béantes, les corps détruits, explosés et boursouflés. « Ce qui m’intéresse, c’est les extrêmes », déclare la réalisatrice, « plus ils seront beaux, plus la fonction cathartique de la violence destructrice aura de sens ». Mais plus que l’horreur, Coralie excite notre goût pour la revanche ; elle nous pousse au bout de nos limites physiques et sensorielles pour chercher justice. C’est une quête qui n’aura de cesse que jusqu’au dernier combat, labyrinthique et ensanglanté. Ultime vengeance.

La bande-son électro signée Robin Coudert, aux accents rock seventies, tape dans le dur et pourrait être le synonyme de la barbarie qui se déroule sous nos yeux. Coralie offre un film de genre dans la plus pure tradition du style : sans se soucier d’être réaliste ou juste. Elle veut raconter une histoire, sale et dégoutante, mais incroyablement vivante. En témoigne l’humour irréaliste du grand méchant de l’histoire ; une cerise sur le gâteau. Sa force de persuasion n’a pas besoin de vérités ou de morales pour nous entraîner sans mal dans ce bain de sang exutoire.

 


 « CE QUI M’INTÉRESSE,
CE SONT LES EXTRÊMES » 


 

 

  • LA VOIX FÉMININE

La réalisatrice l’assume, ce film est cathartique. Il symbolise sa prise de parole féminine qu’elle résume à « sortir du système et le dénoncer ». Elle explique qu’on a autant besoin de discours et d’éducation sur les inégalités entre les sexes et les systèmes d’oppressions machistes que de représentation dans l’art et la culture ou de projets portés par des femmes. La jeune femme sait qu’une prise de conscience s’est déclenchée avec l’affaire Weinstein et que la révolution est en marche : « Pour moi ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Il faut maintenant que les couches populaires s’en emparent ! »

Et plus encore par ces choix scénaristiques, ce film est un écho salutaire de son époque. Le point de bascule de cette histoire, pop et amusée, en chasse à l’homme dans le désert est un viol. Coralie explique : « Pour moi c’est une représentation physique et symbolique de toutes les projections des hommes sur les femmes et leurs droits à disposer de leurs corps. »  Son actrice est provocante au début du film et toujours aussi sexy durant sa transformation en guerrière ; elle ajoute : « Elle ne va pas devenir forte parce qu’elle met des vêtements. » Ce film amène intelligemment le genre de rôle féminin fort qui manque au cinéma de genre, au cinéma tout court, dans la lignée d’Ellen Ripley ou de Beatrix Kido.

 

 

« Revenge » de Coralie Forgeat
Avec Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe
En salle à partir du 7 février 2018

 

 

About The Author: Céline Cossez

Un grand voyage ensolitaire. Des rencontres et puis la littérature, le cinéma et la musique. S’affranchir du cadre et faire rêver. Aujourd’hui ce qui m’éclate le plus c’est de construire des histoires comme des puzzles. Phrase par phrase, une anecdote après l’autre. Peut-être qu'après, je m’attaquerai aux idées ?