CINÉMA // Baptist Penetticobra, cinéma au hip-hop fataliste

Et si nous aussi, on était acteurs ? Hors cadre mais dans notre propre vie. Où s’arrête la réalité, quand commence la fiction ? C’est ce qu’interroge le cinéma du jeune Baptist Penetticobra avec, pour bagage, trois courts métrages dont le dernier For Real, tho (2016). Autour d’un café bellevillois, Baptist nous livre ses tourments, son cinéma, son univers.

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Jeudi Saint & Amérique

Très tôt, caméscope à la main, Baptist filme tout et n’importe quoi mais surtout ceux qui l’entourent. Cette patte se retrouve dans son premier court métrage de fin d’année, Entertainment Capital of the World (2014). Il fait de ce film un agglomérat de souvenirs de son année passée aux Etats-Unis dans l’Ohio, les rassemblant ainsi dans une même journée emblématique, le temps d’un Thanksgiving dans une famille inconnue.

S’imprégnant de chaque personne, de chaque discours, de l’ambiance ; prenant des clichés de cette fête, il cherche à se souvenir de chaque instant. Carnet en main, Baptist écrit des bribes de conversation, photographie tant le défilé à la télévision que la dinde sortant du four. Un jeudi Saint digne des films américains.

Mais plus qu’un film, la réalisation a été pensée comme une installation, avec diffusion sur trois écrans distincts pour immerger complètement le spectateur. Le film tourne pour lui aujourd’hui au fantasme, où souvenirs réels et fictifs se mêlent et s’entremêlent. Point de départ du projet, bien qu’il déteste aujourd’hui ce film. Mais il les déteste tous.

 

Alors parfois, même le film se venge

Son style derrière l’œil de la caméra est perceptible : culture US, détournement des codes et ambiance nocturne. Pas de doute, la nuit est l’aura de Baptist. L’écriture est lunaire et les lieux, chimériques. Pour lui, l’atmosphère de la nuit « rend tous les lieux comme des espèces de non-lieux, les détails sont là mais on ne donne pas toutes les informations ».

Chercher les significations de ce que l’on voit dans les indices de décors, c’est une prédilection pour ce jeune réalisateur. Et si certains aimeraient qu’il fasse des films de jour, Baptist est un spectateur impatient qui sait ce qu’il veut et où il va. Il précise : « Pour For Real, tho il était prévu qu’il y ait des séquences tournées à l’aube. J’ai essayé et ça m’a vite gavé. » Son credo ? Jouer sur les codes de ce qu’est un film. Alors parfois, même le film se venge : dans « FRT », il efface par exemple les sous-titres.

 

Un cinéma au hip-hop fataliste

Et si celui-ci n’était pas lui-même un personnage à part entière ? L’un des jeunes personnages, habillé en jogging US, s’adresse au film comme à un camarade. Toutes ces effractions confèrent une touche de cynisme dans chacun des films de Baptist. Il se justifie : « Souvent on me le dit, oui. On me dit aussi pessimiste. Mais cynique non. Je dirais plutôt fataliste, un fatalisme à la française qu’on ne trouve pas dans les films américains. C’est cette rencontre entre esthétique US et fatalisme à la française qui m’intéresse. Le cynisme, j’essaye de m’en débarrasser. » On conclue donc d’un commun accord : un cinéma au hip hop fataliste.

Le fatalisme à la française que l’on retrouve dans le cinéma indépendant est apprécié du réalisateur pour sa liberté et son hyper naturalisme. Mais Baptist s’inspire autant du cinéma indé français que des blockbusters américains : « Les deux sont tout aussi intéressants. Il ne faut pas rejeter les blockbusters que le cinéma américain sait si bien faire . »

Deux intérêts qui l’amènent à une véritable hybridité dans la vidéo. Le cinéaste souhaite faire en sorte que les films fonctionnent aussi bien en exposition qu’en salle. Du reste, FRT a été diffusé au cinéma et sera installé au Palais de Tokyo en janvier 2017.

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For Real, Tho

C’est ce dernier film soutenu par les Inrocks qui lui fait rencontrer les trois productrices d’Hirvi Production, dans une « bonne énergie, bordélique mais cool ». Une nouvelle façon de travailler qui donne à Baptist l’impression de moins faire mais de faire mieux et surtout, de se concentrer sur l’écriture. Baptist endosse alors parfaitement le rôle de capitaine du bateau même ça le fascine toujours que des gens acceptent de venir travailler pour lui.

Et quand on lui demande si lui aussi a un crew, il se dit réalisateur ingrat : « Je suis hyper impatient, je ne peux pas rester deux heures dans une salle de cinéma sans avoir envie de péter un truc. » Baptist est honnête : « Les crews de réalisateurs pour l’instant, je ne trouve pas ça hyper sexy. ». Dans son entourage, quelques réalisateurs tout de même dont Naia Lassus, l’amie avec qui il a réalisé le web série The Game Of Life (2015) pour le magazine Congrats et avec qui également il « partage son cerveau ».

Aujourd’hui, Baptist tend vers de nouveaux projets excitants : sélectionné pour le festival Rhode Island Film Festival qui vient de se terminer aux Etats-Unis et aussi booké pour des clips. Il a commencé le tournage du clip de Myth Syzer (du label Savoir-Faire/Bromance). Et ça tombe plutôt bien puisque le jeune réalisateur est fan de rap mais trouve les clips du genre trop « flemmards »… Une pause clip s’impose alors, sans pression, caméra à l’épaule. On l’attend également prochainement dans l’écriture d’un long métrage. Nouvelle plongée nocturne ?

Manon Beurlion

Baptist Penetticobra, le site officiel.

 

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