LITTÉRATURE // « Ce qu’il reste de nuit » de Sophie Pujas : l’art commence où cesse la politesse

Sophie Pujas plante le décor : ça sera les années 1980, Paris, le terrain vague de la Chapelle, le street art. Et Lokiss. La journaliste dresse le portrait de la figure emblématique du graff français qui a emprunté son nom de taggueur à un personnage de Mérimé. Lokiss aka Vincent Elka, est l’un des premiers à s’être imposé sur les murs et les métros de la capitale.

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Les pages s’ouvrent à l’adolescence de Lokiss. On sent déjà l’enfant turbulent (« vaguement tête à claques », préfère écrire Sophie Pujas) qui ne fera rien comme les autres. « Il faut du génie pour faire de l’adolescence une époque heureuse », prend parti la journaliste devenue écrivaine. Car Ce qu’il reste de nuit n’est certainement pas un livre de recherches, d’explications ou d’informations sur ce qu’a été le street art ou comment est né le hip-hop en général en France. Loin des tons journalistiques de ceux que l’on connaît pour leurs nombreuses recherches sur le sujet, Olivier Cachin et Thomas Blondeau pour ceux qu’on a lus*, Sophie Pujas a choisi de faire de la prose.

Un air de roman

Plongée sombre et émouvante dans la vie d’un homme qui a créé ses propres codes, dans la vie et sur les murs qui l’encadrent. On se retrouve dans les ténèbres de la nuit où Lokiss a ce besoin urgent de cracher sa rage au jet d’encres et de bombes. « Il fallait qu’il devienne schizophrène ou artiste », écrit Sophie. Ça sera peut-être un peu des deux, mais surtout l’art. L’art urbain.

Au sein de ce portrait, Sophie Pujas incruste l’histoire du graff, son débarquement depuis New York dix ans avant que Lokiss ne commence, l’adolescence en peine, le terrain vague de La Chapelle où Dee Nasty a lancé les premières free parties, les filles qui écoutent The Cure, les nuits à Paris, les premiers procès de graffeurs, Kool Schen… On se plonge dans un Paris gris, où les jeunes s’ennuient. Un Paris en crise, où la haine que ressentent certains de ses habitants se cristallise. Pour certains, elle sera obligée de sortir, directement sur les trains et les fondations. « L’ivrese et la rage, une culture était née. »

L’urgence de tagguer

On ne reviendra pas ici sur l’histoire du graff, et pas que sur la vie de Lokiss. On parlera surtout de la nécessité de comprendre ce qu’est le graff, pour ces âmes qui parcourent la nuit pour enfreindre les règles. Pour ceux qui comme Lokiss, ont arrêté le graff un temps mais sont revenus avec une ferveur urgente de reprendre les murs qu’ils avaient délaissés. Ce qu’il reste de nuit explique comment un street artist tâche, en graffant, de mieux appréhender le jour qui revient

Ce qu’il reste de nuit, de Sophie Pujas est paru le 3 mars 2016 chez Buchet-Chastel. Retrouvez, tous les vendredis du mois de mars, un extrait du livre.

 

Pour en savoir plus

•  On vous conseille vivement de regarder le film de Banksy, Exit Through the Giftshop.
• Dans le premier numéro de la revue TAFMAG, un dossier a été dédié au hip-hop. Procurez-vous vite la revue via ce lien !
•  Olivier Cachin, L’offensive rap, Découvertes Gallimard, 1996, 128 p.
• Thomas Blondeau et Fred Hanak, Combat Rap : 25 Ans de hip-hop, Le Castor Astral, « Castor Music » 2007, 214 p.

 

About The Author: Pauline Guillonneau

Après avoir travaillé en télé, en radio et en presse écrite à Paris, Londres et Sydney, j'ai finalement opté pour la presse web dans cette bonne vieille capitale française en créant TAFMAG.

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