Chère Elena : Myriam Boyer face à la barbarie moderne

Quatre élèves de terminale sonnent à la porte de leur professeur, Elena Sergueïevna, pour lui souhaiter un bon anniversaire. Emue, Elena les invite à entrer, loin de se douter qu’ils veulent en réalité la clef du casier où dorment leurs copies ratées d’examen de maths. Une nuit effroyable s’annonce, témoin d’une confrontation violente entre deux générations de la Russie des années 80 : Celle des valeurs communistes contre celle, plus jeune, aspirée par l’individualisme.

Myriam Boyer Chere Elena Theatre Tafmag

Ludmilla Razoumovskaïa a écrit Chère Elena en 1981, dans une URSS ravagée par une crise économique qui anéantit tout idéalisme collectiviste né de la révolution de 1917. La jeune génération de l’époque, incarnée par les quatre élèves, rêve d’occident. L’idéal communiste a vécu et laisse désormais place au matérialisme. Dans la pièce, l’auteur oppose les idéaux humains d’Elena au cynisme dévastateur des lycéens, prêts à tout pour arriver à leurs fins.

Myriam Boyer et quatre jeunes comédiens portent avec brio la pièce mise en scène par Didier Long. Le spectateur est tiraillé entre espoir et dégoût : Elena, au-delà du communisme, défend des valeurs humaines qu’on espère, déteindront sur ces pauvres âmes usant des plus viles techniques de persuasion dans un but somme toute banal. Chantage, prise d’otage, saccage, viol… Face à cette montée en puissance, le spectateur est sous tension, mal à l’aise, et impuissant.

Chere Elena Myriam Boyer Tafmag Theatre

« On a monté la pièce en moins d’un mois, confie Myriam Boyer. Avec Didier Long, on ne tourne pas autour du pot. » Si le résultat est réussi, il est à l’image de la façon de travailler du metteur en scène : efficace. « Didier sait manier les talents. Il n’applique aucune méthode. Avec lui on travaille « de ventre à ventre », comme il dit. Ça vient des tripes », renchérit Myriam Boyer qui travaille avec Didier Long pour la troisième fois. Son jeu, désarmant de simplicité, rend le personnage d’Elena à la fois naïf et touchant, victimaire et digne.

« Les quatre jeunes comédiens ont été logés à la même enseigne », précise Myriam Boyer qui n’a pas cherché à jouer les profs pendant les répétitions. Face à elle, Gauthier Battoue et Julien Crampon font leurs premiers pas sur scène. Ils jouent les personnages qui ont besoin de corriger leurs copies. Ils sont influençables mais attendrissants. Jeanne Ruff, que l’on a déjà pu voir dans le Jeune et Jolie d’Ozon, incarne la jeune fille rêvant de devenir une femme aisée. Elle n’est pas prête à tout et représente le soutien féminin d’Elena. Le réel face à face a lieu entre Elena et Volodia, le plus pervers de tous : Lui n’a pas besoin de corriger sa copie. Il fait ça « pour le sport », pour le plaisir de manipuler. Volodia est emmené par François Deblock, découvert dans les mises en scène de Jean Bellorini.

« Ces quatre jeunes me font penser que cette génération de comédiens est douée », conclut Myriam Boyer.

 

Julie Maury
Crédits photos : Aurore Lucas et Pascal Gely 

 

Chère Elena de Ludmilla Razoumovskaïa, mise en scène par Didier Long au Théâtre de Poche Montparnasse.
Tous les jours sauf le lundi, à 21h.
Le dimanche à 15h.

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