Chaze, du graffiti à l’électro indépendant

CHAZE This Was Your Town interview TAFMAGJ’arrive au 27 rue de la Ferronnerie aux Halles à côté d’une foule de gens. Je comprends plus tard que le magasin Wati B accueil un des membres du groupe éponyme. C’est donc soulagée que je fuis la foule et entre dans le magasin Homecore pour rencontrer Chaze, au calme.

Il ne s’est pas toujours appelé comme ça. Il y avait toute une époque, avant 1991. Chaze s’appelait Stem et taggait des métros et ses stations. En 91, justement, il tag la plus belle station de la RATP de l’époque, celle du Louvres. Ils étaient 3. « Ils ont mis le paquet pour nous retrouver, on a tous été perquisitionné un mois plus tard », se rappelle Chaze. Trois semaines en prison. Les premiers a être incarcérés pour tag en France.

La prison, ça les a un peu calmé. Sur le coup. « C’est tellement vieux, j’ai l’impression que c’était quelqu’un d’autre », avoue Chaze. Mais ça fait parti de leur histoire et depuis l’artiste fait toujours quelques toiles, dont deux sont exposées à la galerie Celal, rue Saint Honoré dans le cadre de l’exposition The Next Invasion, un groupe franco-américain de 5 artistes graffeurs.

Le graff, Chaze l’a découvert au collège, en 87. Un de ses amis sortait avec la nièce du 1er tagueur français Bando. « Un jour il est arrivé en classe avec un livre, Subway arts. Tout de suite, j’ai halluciné. », se rappelle-t-il. Ce livre sur les métros taggés depuis le début des années 80 l’inspire. A côté, il découvre le rap et la musique gogo grâce à des mixtapes que son beau-père ramenait de Londres.

Vers la fin des années 90, Chaze se dirige vers la musique. Il travaille pour le distributeur indépendant de disque, Chronowax. Il y rencontre notamment Dj Mehdi et découvre la production musicale. Il décide de se lancer dans la compo.

Chaze part à New York en 2001, juste après le 11 septembre. Entre le Queens, Spanish Harlem et Brooklyn, il travaille principalement sur du hip-hop. Mais avec l’évolution du rap hip-hop ces dernières années et le ras-le-bol d’un producteur indépendant, c’est tout naturellement qu’il prend la voie de l’électro. « Depuis longtemps, j’écoute de la house des années 90 ». Dj Sneak, Masters at Work (Kenny Dope et Little Louie Vega), Daft punk et leurs sons innovants venus des Etats-Unis et bien sûr, Dj Medhi.

L’année dernière, il a déposé ses valises à Paris. New York est d’une grande ouverture d’esprit, pleine de créativité selon l’artiste qui concède qu’il y en a également en Europe. Mais la vie est dure et Chaze estime que l’âme de la Grande Pomme s’est éteinte au lendemain du 11 septembre. « Je ne suis pas arrivé au bon moment, mais j’y suis quand même resté 12 ans », ironise-t-il. « New York se reconstruit, mais il n’y a plus la vibe qu’il y avait dans les années 90 », affirme Chaze.

La vie New Yorkaise a ainsi fait son temps, Chaze est de retour en France mais ne sait pas encore s’il va s’établir à Paris. « Il se passe pas mal de trucs pour moi », confie-t-il. Je lui fait remarquer qu’un de ses morceaux s’intitule Escape From Paris. Déjà envie de partir ? Il n’hésite pas : « Je connais bien Paris, je sais qu’il faut en sortir de temps en temps ». Alors il  réfléchit à un autre endroit où s’installer, peut-être Rome ou Barcelone.

Tout dépendra de comment avance son projet musical. Chaze a su s’entourer des personnes qui lui correspondent. Marc-Aurèle Vecchionne, ancien taggeur parisien a fait son 1er clip, This Was Your Town. Et Jay 1 – qui avait à l’époque dessiné son logo de taggeur, GT – a pris la relève. L’artiste parisien a fait le second, Indelible, une collaboration qui s’est faite naturellement entre deux amis de longue date. Chaze avait en tête des images  d’archives du New York des années 70, Jay 1 en a fait un montage pour montrer ces images indélébiles qui marquent ainsi à vie.

Chaze – de son vrai nom Ulysse – attend patiemment et calmement de voir ce que sa musique peut devenir. Il se lance dans le parcours classique, sortir un maxi, un EP, puis un album… Et peut-être qu’un jour, il contribuera à faire revivre les années 90, cette période d’ébullition artistique qui l’a tant inspiré, entre l’art de rue et la musique house et hip hop.

Pauline Guillonneau

Chaze à la galerie Celal : www.galeriecelal.com
www.chaze.eu
Crédit photo : Silvio Magaglio

 

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